Empêtré dans une crise du logement et après le rejet de deux textes par le Parlement, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a convoqué lundi des élections législatives anticipées, prévues le 29 novembre. Cette décision met en lumière les difficultés rencontrées par son gouvernement de coalition minoritaire, en l’absence d’une majorité franche au Parlement.

«Pour mener en profondeur les réformes en suspens dont nous avons besoin (...), nous devons nous mobiliser et obtenir que le Parlement nous accorde une majorité bien plus large, progressiste, grâce à laquelle nous pourrons faire plier les élites, conquérir de nouveaux progrès sociaux», a affirmé Pedro Sánchez dans une allocution solennelle prononcée du palais de la Moncloa, sa résidence officielle.

Au pouvoir depuis 2018, le dirigeant espagnol prend un pari risqué, alors que tous les sondages lui prédisent une défaite face au Parti populaire (PP) d'Alberto Núñez Feijóo. Mais il espère néanmoins réussir à mobiliser les électeurs de gauche pour soutenir sa candidature.

Des élections sous haute tension

Un des sujets brûlants de ces élections portera sur la crise du logement que subit l’Espagne. Ces dernières semaines, une vague de protestations s’est déclenchée suite à l’expulsion d’une femme de 87 ans de son logement qu’elle occupait depuis 70 ans. Le fonds qui avait racheté l’appartement souhaitait augmenter le loyer de 275%. Malgré une mobilisation importante, la femme est décédée deux semaines plus tard sans avoir pu regagner son logement.

Pour les ménages modestes, se loger est quasiment devenu une mission impossible. Selon les dernières données de l'Institut national de la statistique (INE), le salaire mensuel brut moyen s'établit en Espagne à environ 2 460 euros avant impôts. À titre de comparaison, la location d'un appartement de 50 m² dans la capitale espagnole coûtait en moyenne 1 170 euros par mois en septembre, selon le portail internet Idealista, soit quasiment la moitié du salaire brut moyen.

De nombreux Espagnols accusent les plateformes touristiques, comme Airbnb, et les fonds d'investissement de faire flamber les prix en achetant des biens immobiliers et en réduisant l'offre pour la population.

La campagne portera également sur la crise migratoire, après l’arrivée massive de migrants en provenance du Maroc fin juillet à Ceuta. Des centaines de personnes y vivent toujours dans des camps de fortune, alimentant des tensions avec la population locale. Pedro Sánchez, qui maintient un discours d'ouverture sur l'immigration à contre-courant de plusieurs pays européens, a essuyé de nombreuses critiques sur sa gestion de cette crise.

La figure de Pedro Sanchez a également été entachée par une série de scandales de corruption touchant son entourage proche, notamment son épouse et deux anciens proches collaborateurs.

Une victoire de la droite?

Dans ce contexte, les sondages placent le Parti populaire (droite), principale force d'opposition, devant les socialistes, mais sans majorité absolue, un scénario qui pourrait faire du parti d'extrême droite Vox, troisième force politique du pays et en progression dans les enquêtes d'opinion, l'arbitre de la gouvernabilité du futur Parlement.

Le chef du PP, Alberto Núñez Feijóo, affirme souhaiter «gouverner seul», tout en assurant qu'il ne compte pas «diaboliser» Vox, laissant ainsi ouverte la possibilité de négociations avec cette formation, avec laquelle le PP est déjà allié dans plusieurs régions du pays.

Pedro Sánchez oppose régulièrement son gouvernement progressiste à la «régression» que représenterait selon lui une coalition entre la droite et l'extrême droite, mais pour rester au pouvoir, lui aura besoin d'accords avec la gauche radicale, aujourd'hui en perte de vitesse.

Lors des élections de 2023, Alberto Núñez Feijóo a subi une dure déconvenue lorsque son parti a fini en tête mais sans pouvoir gouverner, car Pedro Sánchez avait réussi à négocier une majorité parlementaire.

Depuis, il affirme être «prêt» à prendre la tête de l’Espagne, même s’il pourrait ne pas obtenir de majorité absolue. En conséquence il a adouci son discours à l’égard du parti d’extrême-droite Vox, laissant la porte ouverte à un accord national.

Cependant, Vox reste très critique envers le PP, le traitant de «petite droite lâche». Son leader, Santiago Abascal, a annoncé des conditions pour une éventuelle alliance avec la droite : «la priorité nationale» dans l'accès aux aides sociales «afin que les Espagnols ne soient pas discriminés sur leur propre terre», et la «remigration, pour inverser l’invasion migratoire».