L’Éthiopie a accusé l’Érythrée, qui a déployé ces derniers jours des troupes dans le nord éthiopien, «d’agression flagrante», Asmara rétorquant que c’est l’Éthiopie qui mène contre elle une longue «guerre d’agression», dans une nouvelle escalade verbale entre les deux voisins qui fait planer le risque d’une guerre.
L’Éthiopie et l’Érythrée se sont affrontées entre 1998 et 2000 pour des différends territoriaux. Cette guerre avait fait des dizaines de milliers de morts. Depuis plusieurs décennies, les relations entre les deux voisins sont en dents de scie, et sont redevenues acrimonieuses ces dernières années.
La présence de troupes érythréennes entre 30 à 60 km à l’intérieur du Tigré, région du nord de l’Éthiopie frontalière de l’Érythrée, est un «acte d’agression flagrant qui justifie l’exercice par l’Éthiopie de son droit inhérent à la légitime défense», a dénoncé le ministre des Affaires étrangères éthiopien Gedion Timothewos, dans une lettre envoyée jeudi à la représentation française à l’ONU.
Une source diplomatique a confirmé à l’AFP qu’elle avait été envoyée à tous les membres du Conseil de sécurité onusien.
«La retenue dont l’Éthiopie a fait preuve pendant une longue période face à toutes les provocations érythréennes a été exceptionnelle», a également affirmé M. Gedion, soulignant le fait que «l’Érythrée est l’agresseur» et «l’Éthiopie est la victime».
«Le régime éthiopien mène, de fait, une guerre d’agression non provoquée contre l’Érythrée depuis plus de trois ans maintenant», a répondu de son côté vendredi sur X Yemane Gebremeskel, ministre érythréen de l’Information.
Les tensions déjà vives se sont accentuées le 1er octobre entre les deux voisins: l’Éthiopie a accusé l’Érythrée «d’actes d’hostilités et de belligérance», entraînant la rupture des relations diplomatiques rétablies en 2018 seulement, après deux années de guerre à grande échelle (1998-2000) suivies de 18 ans de relations glaciales.
L’Éthiopie et l’Érythrée n’ont recommencé à se parler qu’après l’arrivée au pouvoir du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed en 2018, celui-ci ayant obtenu le Nobel de la paix l’année suivante pour sa politique de rapprochement avec Asmara.
Mais depuis la fin de la guerre du Tigré en 2022, lors de laquelle les soldats érythréens ont appuyé les forces fédérales éthiopiennes, les relations sont à nouveau à couteaux tirés.
Addis-Abeba accuse Asmara de soutenir le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui dirige de fait, et illégalement selon Addis-Abeba, le Tigré et contre qui les forces du gouvernement fédéral éthiopien se battent depuis des semaines.
AFP