Les Houthis ont revendiqué dimanche des «opérations d'envergure» contre des aéroports et des infrastructures énergétiques saoudiennes, à l'issue d'une série d'attaques dont l'une a fait treize morts samedi, la plus meurtrière en dix ans dans le royaume.

L'ampleur des attaques visant Riyad ces derniers jours est inédite depuis le début en 2014 de la guerre au Yémen opposant les Houthis aux forces gouvernementales, qui bénéficient du soutien militaire d'une coalition conduite par l'Arabie saoudite depuis 2015.

Les Houthis pro-iraniens ont indiqué avoir mené «quatre opérations d'envergure au cours des dernières 24 heures, utilisant des missiles balistiques, des missiles de croisière et des drones».

Ils ont indiqué avoir ciblé, «en trois phases» à partir de vendredi soir, l'aéroport international de Riyad.

Samedi, une attaque a fait 13 morts et 309 blessés, dont quatre Saoudiens, deux Bangladais, un Américain, un Égyptien, un Argentin, un Syrien, un Palestinien, un Soudanais et un Indien.

Et dimanche, une nouvelle attaque contre l'aéroport a fait au moins un mort – un Pakistanais – et 11 blessés, selon l'Autorité saoudienne de l'aviation civile. La fermeture de l'aéroport a été prolongée de 24 heures, jusqu'à 21H00 GMT lundi, selon le site de suivi des vols Flightradar24.

Aramco ciblé

Les Houthis ont également revendiqué des opérations contre deux sites appartenant au géant énergétique Aramco: l'installation gazière de Shugadam et une raffinerie à Tanajib, toutes deux dans l'est de l'Arabie saoudite.

La quatrième opération a visé l'aéroport international de Dammam. «La frappe a atteint sa cible directement et a entraîné une perturbation du trafic aérien à l'aéroport», s'est félicité Yahya Saree, le porte-parole militaire des Houthis, dans un communiqué.

Selon le site officiel de l'aéroport de Dammam, de nombreux vols, au départ comme à l'arrivée, ont été signalés comme retardés.

Dimanche soir, l'Autorité saoudienne de l'aviation civile a fait état d'une nouvelle frappe contre l'aéroport de Dammam, précisant qu'une évaluation des dommages était en cours.

La coalition dirigée par l'Arabie saoudite, qui combat les Houthis au Yémen, a ensuite annoncé avoir abattu un drone dans l'est du royaume. Un missile balistique des Houthis a en outre été intercepté alors qu'il se dirigeait vers Khamis Mushait, ville qui héberge une importante base militaire dans le sud de l'Arabie saoudite, a indiqué lundi le porte-parole.

Avec la fin des chaleurs estivales, octobre marque généralement le début de la haute saison pour le pèlerinage de la Omra, des millions de musulmans du monde entier affluant vers le royaume.

Les Houthis ont renouvelé dimanche leur avertissement aux voyageurs, employés et compagnies aériennes, assurant que les aéroports saoudiens n'étaient «pas sûrs, à l'exception» de ceux des villes saintes de La Mecque et Médine. Ils avaient déjà revendiqué mercredi et jeudi des frappes contre l'aéroport de Riyad, qui avaient fait six morts au total.

«Crime de guerre»

La coalition a dénoncé l'attaque de samedi, y voyant «un crime de guerre» auquel elle a promis de répondre «avec fermeté».

Cette attaque est la plus meurtrière commise dans le royaume depuis août 2015 et un attentat suicide du groupe jihadiste État islamique (EI) qui avait fait 15 morts.

Malgré des différends diplomatiques avec Riyad, notamment au Yémen, les Émirats arabes unis ont exprimé leur solidarité envers le royaume et leur «soutien à toutes les mesures visant à préserver» sa sécurité.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, s'est entretenu dimanche au téléphone avec son homologue saoudien Fayçal ben Farhane. M. Araghchi «a souligné que s'en tenir à une approche militaire et ignorer une solution politique ne ferait que compliquer davantage la situation actuelle», a rapporté l'agence officielle iranienne Irna.

124 frappes saoudiennes

Au Yémen, les hostilités se poursuivent après l'offensive éclair lancée en septembre par les Houthis, qui ont pris le contrôle sur la mer Rouge du détroit stratégique de Bab el-Mandeb, déclenchant une contre-offensive gouvernementale.

Les Houthis ont dénoncé une «brutale agression saoudienne», faisant état de 124 frappes aériennes depuis samedi contre différents sites du pays, dont la capitale Sanaa, sous leur contrôle.

Des sources militaires du camp gouvernemental ont indiqué samedi à l'AFP que les forces yéménites avaient progressé autour du détroit, sans parvenir à le sécuriser.

Un responsable houthi a assuré que le mouvement tenait toujours l'île de Mayyoun, au cœur du passage maritime qui a gagné en importance depuis que Téhéran restreint la navigation dans celui d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule arabique.

AFP