Une frappe de missiles des Houthis contre l’aéroport international du roi Khaled à Riyad a fait 12 morts et 309 blessés. C’était la troisième attaque contre cette infrastructure en moins d’une semaine. En frappant ainsi le cœur du royaume, le groupe yéménite soutenu par l’Iran met à l’épreuve les capacités de défense saoudiennes.

Un bouclier antiaérien mis à l’épreuve

L’Arabie saoudite a pourtant investi des sommes considérables dans des équipements de pointe, dont les batteries américaines Patriot et THAAD (Terminal High Altitude Area Defense). Ce dispositif doit toutefois composer avec l’immensité du territoire à protéger, comme le souligne Andreas Krieg, du King’s College de Londres, cité par l’AFP : «même un système multicouche combinant Patriot, THAAD, avions de chasse et autres capteurs ne peut pas créer un dôme imperméable au-dessus d’un pays de la taille de l’Arabie saoudite». Le royaume s’étend sur quelque 2,2 millions de kilomètres carrés, et l’aéroport de Riyad en couvre à lui seul 225.

Le royaume doit également gérer la tension sur ses stocks. Selon deux responsables régionaux cités le 16 septembre par l’Associated Press (AP), Riyad a fait appel à la France, au Royaume-Uni, au Pakistan et à l’Égypte pour compléter ses capacités d’interception.

Les États-Unis, son principal fournisseur, ont eux-mêmes fortement puisé dans leurs stocks au cours de six mois de guerre contre l’Iran. L’analyste en défense Wolfgang Pusztai relève par ailleurs, dans Al Jazeera, que la défense antimissile saoudienne avait été pensée avant tout contre la menace iranienne. Selon lui, les Houthis, faute de missiles en nombre suffisant pour saturer ces défenses, privilégient des tirs isolés contre des cibles civiles moins protégées afin de paralyser le trafic aérien.

La Vision 2030, un enjeu stratégique

Le choix de l’aéroport de Riyad n’a rien d’anodin. Cette infrastructure est au cœur de la Vision 2030 du prince héritier Mohammed ben Salmane, qui veut faire de la capitale un pôle du tourisme et des affaires, rappelle Andreas Krieg. «Et les Houthis l’ont bien compris», ajoute-t-il.

La frappe est d’ailleurs survenue à la veille de l’ouverture à Riyad du Congrès mondial du pétrole, rapporte l’AFP. L’aéroport de Dammam a lui aussi été visé, et The Economist s’interroge sur l’affluence des dirigeants au Future Investment Initiative. Les organisateurs du «Davos du désert», prévu le 26 octobre, maintiennent néanmoins leur rendez-vous.

Le secteur pétrolier est lui aussi affecté. Après la fermeture de fait du détroit d’Ormuz, le royaume a réorienté ses exportations vers la mer Rouge. Les volumes transitant par Bab el-Mandeb sont toutefois passés de près de 4 millions de barils par jour en juin à un peu plus de 200.000 en août.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE), citée par Reuters, attribue en partie à ces attaques la chute de l’offre saoudienne d’août, tombée à son plus bas niveau depuis plus de trente ans.

Les alliés yéménites à l’épreuve du terrain

Sur le terrain, l’offensive éclair des Houthis en septembre le long de la mer Rouge, jusqu’au port de Mokha, a mis en difficulté les forces soutenues par Riyad. Une enquête de Reuters publiée le 16 septembre l’attribuait à plusieurs facteurs: les divisions entre factions anti-Houthis, une structure de commandement saoudienne non éprouvée ayant remplacé la supervision émiratie, un soutien aérien limité et une sous-estimation des préparatifs rebelles. La Foundation for Defense of Democracies, think tank basé à Washington, y voit aussi le prix de l’affrontement entre Riyad et le Conseil de transition du Sud (CTS), soutenu par Abou Dhabi.

The Economist décrit une progression lente, qui semble marquer le pas autour de Dhoubab. La contre-offensive lancée début octobre a néanmoins permis de reprendre une large partie de ce district, selon Reuters, et l’ambassadeur saoudien Mohammed Al Jaber a affirmé le 9 octobre que Bab el-Mandeb avait été débarrassé des Houthis.

Les conditions d’une sortie négociée

Le conflit oppose enfin deux acteurs aux enjeux très inégaux. Les Houthis financent leur guerre en taxant une population exsangue, alors que l’Arabie saoudite a bien davantage à perdre, observe l’hebdomadaire britannique. Pour Thomas Juneau, de l’Université d’Ottawa, cité par l’AFP, les attaques des Houthis signifient ainsi que «le prix pour conclure la paix ne cesse d’augmenter».

Une issue négociée supposerait toutefois de calibrer soigneusement les termes. Les Houthis exigeraient des avantages économiques et la levée du blocus aérien du Yémen, et The Economist met en garde contre un accord qui leur prouverait que frapper des infrastructures civiles constitue un chantage efficace.