Décidés à «ne rien lâcher» et soutenus par la militante suédoise Greta Thunberg, lycéens et étudiants sont de nouveau massivement descendus dans la rue mardi en France, appelant à rejoindre des manifestations contre «la vie chère», prévues samedi.
Selon l'intersyndicale de la jeunesse, 480.000 personnes ont manifesté à travers la France. Le ministère de l'Intérieur a, lui, fait état de 161.500 manifestants dans tout le pays, dont 41.500 à Paris.
Cette cinquième journée de mobilisation nationale s'est tenue alors que s'ouvre un débat crucial au Parlement sur le projet de budget du gouvernement, prévoyant 43 milliards d'euros de "mesures de redressement" des finances pour tenter de réduire la dette publique qui atteint 112 % du PIB.
Démarrée le 17 septembre en région parisienne, la contestation lycéenne s'est depuis étendue partout en France, et a été rejointe par les étudiants d'universités et certains syndicats.
Deux cortèges ont notamment défilé mardi après-midi dans le centre de Paris. Le candidat du parti de gauche radicale La France insoumise (LFI) à l'élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon a fait une apparition dans l'un deux, sous les acclamations des manifestants.
La préfecture de police a fait état de dégradations sur des commerces et de jets de projectiles sur les forces de l'ordre, qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes.
«On nous vole notre avenir»
Figure de la «Gen Z», la génération née avec les réseaux sociaux qui a été à l'origine de plusieurs mouvements de contestation depuis deux ans à travers le monde, Greta Thunberg s'est mêlée aux manifestants devant un lycée de Saint-Denis, au nord de Paris.
«On nous vole notre avenir» et «les écoles ne reçoivent pas les investissements dont elles ont besoin», a déclaré l'écologiste suédoise de 23 ans, keffieh sur les épaules. Mais «nous n'allons pas abandonner», a-t-elle poursuivi, se disant «fière des étudiants français».
A l'appel de cet «acte V», l'Union syndicale des lycéens exige notamment un plan de 10 milliards d'euros pour les lycées, dénonçant l'absentéisme des enseignants, les classes en sureffectifs ou encore la vétusté des établissements.
«J'ai le bac cette année et toujours pas de prof d'anglais et physique-chimie» depuis la rentrée, s'inquiète Lise, élève de terminale rencontrée à Paris.
«Dans notre lycée, il y a des fuites d'eau, des morceaux de plafond qui tombent dans les classes, pourquoi on devrait accepter ça ?», s'est interrogée Cloé, en première à Caen (nord-ouest).
Convergence samedi ?
Le ministère de l'Éducation faisait état à la mi-journée d'un "recul" des fermetures de lycées avec 214 établissements concernés mardi, contre 800 mardi 6 octobre au pic de la mobilisation.
Le ministère de l'Enseignement supérieur évoquait 35 % des établissements sous sa tutelle perturbés mardi, quand l'organisation Union étudiante affirmait, elle, que 90 % des quelque 70 universités françaises sont «bloquées» ou «fermées».
«On continue le blocus, on lâche rien», a expliqué Naouel, en première à Brest (ouest), avec «bon espoir» que le mouvement se poursuive après les vacances de la Toussaint qui débutent samedi.
À Rennes (ouest), Albane, élève de terminale, veut croire que «le 17 octobre va raviver le mouvement», en référence à un appel à opérer une jonction avec une mobilisation «contre la vie chère» ce jour-là.
Plusieurs organisations étudiantes et lycéennes, qui doivent être à nouveau reçues jeudi après-midi par les ministres de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, ont également appelé à "rejoindre le mouvement" de samedi.
36 enquêtes
Le ministère de l'Éducation nationale estimait mardi matin que si le «mouvement recule nettement», les «violences s'intensifient». Il disait avoir dénombré 147 personnels de l'Éducation blessés depuis le début du mouvement.
Lundi, le président Emmanuel Macron avait affirmé que la mobilisation devait se faire «dans le calme, dans l'ordre et dans le respect à la fois des personnes et des biens».
Après avoir privilégié une réponse répressive face à la multiplication des violences, avec des blessés parmi les forces de l'ordre mais aussi des mineurs grièvement touchés, le gouvernement a graduellement commencé à présenter des réponses plus politiques.
Le ministre de l'Éducation a promis que 3.000 professeurs remplaçants allaient être déployés en urgence dans les lycées où la situation est la plus critique.
La police des polices (IGPN) a annoncé mardi que 36 enquêtes internes avaient été ouvertes pour des faits présumés commis par les forces de l'ordre sur des manifestants.
AFP