Les élections législatives du 27 octobre en Israël s'annoncent particulièrement serrées et former une coalition gouvernementale sera a priori difficile, dans un paysage politique fragmenté où aucun des deux grands blocs ne semble en mesure d'obtenir une majorité.

Dans ces élections à la proportionnelle, les partis sont généralement loin d'atteindre seuls le seuil des 61 sièges nécessaires pour disposer de la majorité à la Knesset, le Parlement israélien, qui en compte 120, et sont donc contraints de former des alliances, plus ou moins larges et stables.

Voici les quatre principaux scénarios possibles, à moins d'une semaine du scrutin:

1. Une coalition se forme

Après la proclamation officielle des résultats, le président Isaac Herzog chargera un candidat de former un gouvernement. Pas forcément celui dont le parti sera en tête, mais celui qui sera jugé le mieux placé pour réunir au moins 61 députés.

Les négociations peuvent être longues et ardues, d'autant qu'elles impliquent en général au moins trois ou quatre formations différentes. À l'issue du précédent scrutin, en novembre 2022, il avait fallu 58 jours à Benjamin Netanyahou pour former son gouvernement.

Les sondages montrent que la coalition de droite et d'extrême droite de Benjamin Netanyahou et le bloc d'opposition, constitué autour de Gadi Eisenkot, font actuellement jeu égal, avec environ 50 à 52 sièges chacun.

Ces blocs sont figés depuis plusieurs semaines, ce qui préfigure un casse-tête mathématique, dans un camp comme dans l'autre, pour trouver la dizaine de sièges nécessaires pour atteindre la majorité absolue.

L'histoire politique israélienne est riche en rebondissements, et des défections ou autres retournements d'alliance ne sont pas à exclure.

Deux nouveaux partis de droite à la limite du seuil d'éligibilité (3,25% des voix) pourraient aussi jouer un rôle s'ils réussissent à entrer au Parlement, étant susceptibles de rejoindre l'un ou l'autre des deux blocs.

2. Un gouvernement minoritaire

Si aucun bloc ne parvient à réunir 61 sièges, un gouvernement minoritaire pourrait se constituer, en s'appuyant sur le soutien ponctuel de certains députés.

Dans cette configuration, les deux listes arabes israéliennes, la Liste unifiée et Raam, créditées d'environ 12 à 14 sièges au total par les sondages, pourraient jouer un rôle décisif en soutenant l'opposition.

La formation Raam de Mansour Abbas se dit prête à travailler avec le bloc de Gadi Eisenkot, et la Liste unifiée a proposé de fournir un «filet de sécurité» à toute coalition qui chasserait M. Netanyahou du pouvoir.

Mais les principales figures du bloc d'opposition se montrent réticentes à assumer publiquement une telle hypothèse, en raison de l'hostilité d'une grande partie de l'électorat juif à toute forme d'alliance avec les Arabes israéliens.

Ce qui n'a pas empêché M. Netanyahou d'axer sa campagne sur une possible coopération entre le bloc de M. Eisenkot et les partis arabes. En témoigne son principal slogan de campagne : «Soit la droite, soit la Palestine».

3. Un gouvernement d'union nationale

Cette hypothèse semble fantaisiste, vu l'extrême polarisation de l'échiquier politique en Israël. Mais l'union des partis dits «sionistes», excluant les formations arabes et ultra-orthodoxes, est régulièrement évoquée par les commentateurs.

Un sondage publié le 16 octobre indique que 55% des personnes interrogées préféreraient un gouvernement d'union nationale à de nouvelles élections si le scrutin ne dégageait pas de majorité claire.

Ce scénario a un précédent récent: en 2020, Benjamin Netanyahou et le centriste Benny Gantz avaient, malgré leur profonde inimitié, conclu un accord de partage du pouvoir après trois élections en moins d'un an, qui prévoyait une rotation au poste de Premier ministre. Mais l'attelage s'était défait au bout d'un an, entraînant un nouveau scrutin.

Selon des médias, le président Isaac Herzog œuvre aujourd'hui en coulisses à un rapprochement entre M. Netanyahou et M. Eisenkot pour réitérer l'expérience en cas de paralysie après le 27 octobre.

Mais cette hypothèse rencontrerait un fort rejet dans les deux camps, notamment dans le bloc de l'opposition qui fait de ce scrutin un référendum contre M. Netanyahou.

4. Une impasse et de nouvelles élections

Si aucun candidat ne parvient à former un gouvernement, la population israélienne devra retourner aux urnes.

Le pays a connu quatre élections entre avril 2019 et mars 2021 en raison de l'incapacité des forces politiques à s'entendre autour d'un projet commun durable.

Le candidat désigné par le président disposera en principe de 28 jours pour former une coalition, avec une prolongation possible de 14 jours. En cas d'échec, d'autres procédures peuvent être engagées avant une éventuelle dissolution de la Knesset.

Une nouvelle campagne prolongerait l'instabilité politique dans un pays encore marqué par les conséquences du 7-Octobre et par les conflits régionaux.

En attendant, M. Netanyahou resterait Premier ministre par intérim.

Par Gokan GUNES / AFP