Mardi, l’Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) a annoncé le déploiement de moyens supplémentaires en mer Noire suite à une réunion des ambassadeurs de l’organisation à Bruxelles.

L'Alliance atlantique «enverra des moyens supplémentaires dans la région, notamment pour soutenir les activités de surveillance, de reconnaissance et d'enquête», a souligné la porte-parole de l'Otan, Allison Hart, à l'issue de cette réunion.

«Nous continuerons à faire front commun et à veiller à ce que nous soyons prêts et capables de faire face à toute menace», a-t-elle assuré sur le réseau social X.

Martin O'Donnell, le porte-parole du commandant suprême des forces de l'OTAN en Europe, a précisé dans la soirée que les alliés «ont envoyé ou vont envoyer en mer Noire des avions de patrouille maritime supplémentaires, des systèmes radar, des équipes de neutralisation des explosifs, du personnel du renseignement, des drones et bien d'autres moyens encore».

Cette décision fait suite à une série d’attaques de drones contre des navires marchands en mer Noire imputées à la Russie. Un véritable test de confiance pour l’organisation, déjà marquée par des remous dans le cadre de la guerre en Iran.

Une zone stratégique

Située au carrefour de l’Europe, de la Méditerranée et de l’Asie centrale, la mer Noire est un espace stratégique dont l’importance a été amplifiée par la guerre en Ukraine. Six États sont établis sur son littoral, dont la Russie, l’Ukraine et la Turquie ainsi que deux membres de l’Union européenne: la Roumanie et la Bulgarie.

La Turquie détient le contrôle des détroits du Bosphore et des Dardanelles, un passage vital pour le commerce international et la sécurité alimentaire mondiale, car les exportations russes et ukrainiennes doivent passer par cet espace de transit. La circulation dans ces détroits est définie par la convention de Montreux de 1936.

Avec l’annexion de la Crimée en 2014, la Russie cherche à étendre son influence sur la mer Noire, grâce notamment au port de Sébastopol qui accueille une importante base navale. Cette dernière lui permet de renforcer sa présence militaire dans la région et de surveiller les routes maritimes. De son côté, l’Ukraine tente de défendre son accès à la mer Noire, qui est essentiel pour son économie. En effet, le port d’Odessa joue un rôle majeur dans l’exportation de ses productions céréalières comme le blé et le maïs.

Or, depuis début octobre, les attaques de drones se multiplient au large de la Bulgarie et de la Roumanie. Les 6 et 13 octobre, quatre navires marchands ont été frappés par des drones dans la zone économique exclusive bulgare en mer Noire. Deux ont coulé et 21 marins sont portés disparus. La Roumanie a en outre annoncé samedi avoir abattu deux drones russes au-dessus de la mer Noire.

Avec l'intensification de ses attaques dans la région, la Russie pourrait provoquer une crise alimentaire mondiale, a dénoncé mardi la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas, en appelant Moscou à cesser d'entraver l'exportation des céréales ukrainiennes.

«Six attaques en dix jours, par des drones soupçonnés d'appartenir à la Russie, constituent une escalade dangereuse et inacceptable en mer Noire», a dénoncé Mme Kallas, lors d'un débat avec les eurodéputés à Strasbourg.

Ces attaques ont des conséquences qui dépassent les frontières de l’Ukraine et de la Russie. En effet, la réduction des exportations ukrainiennes peut entrainer une hausse des prix alimentaires et fragiliser les pays qui dépendent de ces importations, notamment en Afrique et au Moyen-Orient.

Une présence renforcée

Depuis février 2022, l’OTAN a intensifié ses activités de veille et sa présence en mer Noire, mais également dans la mer Baltique, dans la mer Adriatique et en Méditerranée. En raison des attaques de drones contre des navires commerciaux, la Roumanie et la Bulgarie ont demandé à l’Otan d'accroître sa présence en mer Noire afin de renforcer la sécurité.

À la demande de la Bulgarie, un avion américain de patrouille maritime et de reconnaissance a déjà commencé à opérer au-dessus de la mer Noire. «Le P-8 Poseidon est un avion américain. Il a déjà commencé à patrouiller au-dessus de la mer Noire pour mener des missions de reconnaissance et détecter toute activité susceptible de présenter un risque. Nous attendons une aide supplémentaire», a déclaré mardi le Premier ministre bulgare Roumen Radev aux médias lors d'un déplacement à Tvarditsa, dans le sud-est du pays.

«À la suite de mes discussions avec le secrétaire général de l'OTAN et de notre demande d'assistance auprès de nos alliés, certains ont réagi très rapidement», a-t-il ajouté. Les données de la plateforme de suivi du trafic aérien ADS-B Exchange, montrent qu'un Boeing P-8A Poseidon de la marine américaine est arrivé dimanche à Varna, principal port bulgare sur la mer Noire, en provenance de Sicile.

La sécurité de la navigation en mer Noire ainsi que celles des États membres qui la bordent constituent une mission hautement stratégique pour l’OTAN. L’organisation souffre en effet d’un manque de cohésion et d’une crise de confiance, fragilisés par les critiques du président américain Donald Trump qui affirmait en mars «pourquoi serions-nous là pour eux s’ils ne sont pas là pour nous?».

«Je n’ai jamais été convaincu par l’OTAN. J’ai toujours su que c’était un tigre de papier, et Poutine le sait aussi, d’ailleurs», soulignait-il également en avril. Dans ce contexte, l’organisation doit montrer qu’elle est toujours en capacité d’agir et qu’elle ne se réduit pas à une «simple coquille vide».