Les menaces iraniennes contre les câbles sous-marins du détroit d’Ormuz font peser un risque sur les communications numériques et l’activité économique du Golfe. Routes terrestres, satellites et réseaux de secours peuvent limiter les perturbations, mais aucune de ces solutions ne remplace à elle seule les capacités de la fibre optique sous-marine.
Le détroit d’Ormuz ne transporte pas seulement du pétrole et du gaz. Ses fonds marins abritent également des câbles de télécommunications essentiels aux échanges numériques entre le Golfe, l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Le 21 octobre, Téhéran a menacé ces infrastructures en cas d’attaque américaine ou alliée contre des installations iraniennes. Une escalade militaire pourrait donc s’étendre aux réseaux qui soutiennent l’économie numérique.
Des câbles essentiels à l’économie
Les câbles sous-marins en fibre optique acheminent l’essentiel du trafic Internet international. Plusieurs systèmes desservent le Golfe, dont l’AAE-1 (Asia Africa Europe-1), qui relie l’Asie, l’Afrique et l’Europe, le FALCON et le Gulf Bridge International (GBI), qui assurent des liaisons régionales et internationales, ainsi que l’EPEG (Europe Persia Express Gateway), un réseau de plus de 10.000 kilomètres reliant l’Europe à l’Asie via l’Iran. D’autres liaisons relient Oman et l’Iran. Le câble SEA-ME-WE 5, auquel participe notamment Orange France, emprunte pour sa part la mer Rouge et ne traverse pas directement le détroit.
Selon des données publiées en mai 2026 par le Comité international de protection des câbles, cinq systèmes traversent cette zone et représenteraient moins de 1% de la capacité mondiale totale. Ce chiffre diffère de celui avancé par des responsables iraniens, qui évoquent sept câbles. L’impact d’une attaque dépendrait toutefois du nombre de liaisons endommagées, de leur capacité et des possibilités de rediriger le trafic.
Une coupure pourrait ralentir les connexions, augmenter les temps de réponse et saturer les itinéraires de remplacement. Les banques, les transferts financiers, les marchés boursiers, le commerce électronique, l’aviation, les hôpitaux, les services publics, l’énergie et les transports figurent parmi les secteurs susceptibles d’être touchés. Les échanges numériques entre l’Europe et l’Asie pourraient également subir des perturbations.
Le risque d’une panne mondiale est-il réel?
Pas nécessairement. Le trafic peut être redirigé vers d’autres liaisons, à condition que celles-ci disposent de capacités suffisantes. Si l’Iran possède des moyens navals lui permettant d’opérer dans le Golfe, rien ne permet d’affirmer qu’il pourrait couper simultanément un grand nombre de câbles.
La menace constitue donc un avertissement stratégique, non la preuve d’une capacité à provoquer une coupure massive. Le risque le plus immédiat serait celui de perturbations régionales, susceptibles de se répercuter sur les échanges internationaux.
Des routes terrestres pour contourner Ormuz
Le développement de corridors terrestres vers l’Europe, notamment via la Turquie, pourrait réduire la dépendance aux liaisons maritimes. L’opérateur qatari Ooredoo travaille sur des connexions entre l’Irak et la Turquie. Le groupe saoudien STC développe, de son côté, un projet de fibre optique traversant la Syrie jusqu’à la Méditerranée, avec des connexions envisagées vers la Jordanie, le Liban et la Turquie.
Ces itinéraires offriraient des voies supplémentaires pour acheminer les données en cas de perturbation maritime. Leur efficacité dépend toutefois de l’avancement des projets, des investissements, des accords entre les pays concernés et de la sécurité des territoires traversés. Ils doivent donc être développés avant une crise: ils ne peuvent pas être mis en place dans l’urgence.
Les satellites peuvent-ils prendre le relais?
Les satellites en orbite basse, comme ceux de Starlink, peuvent maintenir certaines communications lorsque les réseaux terrestres ou sous-marins sont perturbés, notamment pour des services essentiels dans les zones touchées.
Leurs capacités restent néanmoins très inférieures à celles des câbles à fibre optique, capables de transporter d’immenses volumes de données. La disponibilité des équipements, la couverture et les autorisations d’utilisation constituent d’autres limites. Les satellites peuvent donc compléter les réseaux existants, mais pas remplacer leur capacité à l’échelle régionale.
La diversification, meilleure protection
La résilience repose sur des itinéraires diversifiés, des capacités de secours suffisantes et une coordination efficace entre opérateurs. La réparation des câbles exige des navires spécialisés et un accès sécurisé aux sites endommagés, parfois difficiles à atteindre en période de conflit. Ces infrastructures sont aussi exposées aux ancres des navires, aux activités de pêche, aux accidents maritimes et aux catastrophes naturelles.
Pour les économies du Golfe, la diversification des routes numériques est ainsi un enjeu stratégique et économique: elle conditionne la continuité des transactions financières, des services essentiels et du commerce international.