Après plus d'un mois de crise sociale, le président français Emmanuel Macron monte en première ligne vendredi: il reçoit les organisations lycéennes pour la première fois depuis le début de la contestation et va à la rencontre des forces de l'ordre, à la veille d'une nouvelle journée de mobilisations strictement encadrées.

Son premier ministre Sébastien Lecornu se rend, lui, à Limoges (centre), particulièrement touchée par les violences du 17 octobre avec son hôtel de ville incendié.

À six mois de la présidentielle pour laquelle l'extrême droite est donnée favorite, le chef de l'État présidera en début de matinée un conseil de défense où des «décisions supplémentaires» en matière de sécurité sont attendues, après les couvre-feux et multiples interdictions de manifester prononcés cette semaine.

En milieu d'après-midi, il rencontre les organisations lycéennes à l'Élysée.

«On attend d'être enfin écoutés», a affirmé à l'AFP Marius Mesnil, un porte-parole de l'Union syndicale lycéenne (USL).

Sceptique, Pierre Sourzat, à la tête de l'organisation Les Lycéens, s'attend lui à ce que le président fasse «semblant de nous avoir compris» et qu'il n'y ait «pas de suite».

Le gouvernement a promis de prendre en compte leurs doléances, déposées sur une plateforme en ligne lancée début octobre.

En parallèle, le chef de l’État continue à mettre l'accent sur la fermeté. Il effectuera un déplacement auprès des forces de l'ordre, a fait savoir l’Élysée.

Jeudi, Emmanuel Macron a réclamé «la plus grande dureté» contre «les actes de délinquance», accusant les groupes «d'ultragauche» d'avoir cherché à «faire tomber la République» le week-end dernier.

La réponse pénale aux violences «ne connaît pas d'équivalent», a martelé Gérald Darmanin. Le garde des Sceaux a annoncé qu'un total de 217 personnes avaient été incarcérées parmi les 2.700 placées en garde à vue, après les violences et pillages de samedi qui ont touché environ 3.000 commerces.

Un samedi sous haute surveillance

Samedi, un «acte II» de manifestations, mêlant revendications lycéennes et protestation contre la «vie chère», est attendu dans toute la France.

Mais seules celles organisées par les syndicats seront autorisées, a prévenu Emmanuel Macron.

À Lyon (sud-est), le centre-ville sera interdit aux manifestants, et à Marseille (sud) une manifestation sera finalement autorisée, alors que la préfecture avait interdit jeudi tout rassemblement.

Ces restrictions à répétition sont jugées liberticides dans l'opposition, au point que le parti de gauche radicale La France insoumise a dénoncé une «fuite en avant autoritaire».

«Je ne reconnais plus mon pays», a de son côté déploré la candidate écologiste Marine Tondelier.

Un sondage réalisé après les violences du 17 octobre montre que le candidat de LFI Jean-Luc Mélenchon se qualifierait au second tour de la présidentielle de 2027 dans tous les cas de figure testés, mais qu'il s'inclinerait lourdement face à Marine Le Pen. L'écart entre les deux se creuse d'ailleurs de 3 points par rapport à la précédente vague de ce baromètre Harris Interactive pour M6/RTL, publiée début octobre.

Dans la capitale, où un seul cortège est autorisé, la Ville a appelé la population «à la plus grande vigilance». Et le préfet de police de Paris a demandé aux commerçants de recourir «s'ils le peuvent à la sécurité privée».

Pour cette nouvelle journée, les forces de l'ordre, dépassées le 17 octobre, seront 20% plus nombreuses que la semaine dernière, a affirmé le gouvernement.

Autre point de tension du week-end, le congrès du Rassemblement national (RN, extrême droite) à Orléans (centre-nord) samedi et dimanche. Entre 20.000 et 30.000 militants anti-RN sont attendus samedi, dont le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) Olivier Faure et la secrétaire générale du syndicat de gauche CGT Sophie Binet. Près de 3.000 membres des forces de l'ordre seront déployés.

Le spectre de la dette

Jeudi, à l'issue d'une réunion organisée par le Premier ministre avec les principaux partis politiques autour du maintien de l'ordre, la gauche a de nouveau critiqué l'absence de réponse politique de l'exécutif au sujet des revendications (éducation, salaires, pouvoir d'achat, services publics...).

Mais les marges de manœuvres financières du gouvernement restent limitées, en pleine préparation d'un budget très serré, dans un contexte de finances publiques dans le rouge.

L'image dégradée d'une France en proie aux violences continue d'avoir des conséquences directes sur les marchés financiers : le taux d'emprunt à dix ans poursuit sa course au-delà des 5%, une première depuis 2002, illustrant la crainte des investisseurs sur la capacité de l'État français à rembourser.

L'agence de notation Moody's pourrait abaisser la note de la France vendredi soir, selon une majorité d'économistes, ce qui pourrait encore renchérir le coût de la dette.

Par Hugo RUAUD et Léa DAUPLE / AFP