L'Organisation des Nations unies (ONU) a condamné vendredi l'escalade meurtrière en octobre de la guerre par drones au Soudan, disant avoir recensé plus de 300 morts causées par de telles attaques.

L'utilisation croissante de drones, qui causent déjà la majorité des morts de civils liées au conflit au Soudan cette année, est extrêmement préoccupante et entraîne un bilan terrifiant», a déclaré le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, dans un communiqué.

Il a appelé la communauté internationale à lutter contre l'afflux de drones dans la guerre civile au Soudan, en particulier ceux qui causent des dommages aux civils.

De nombreux «civils ont été tués et les infrastructures et services vitaux dont ils dépendent ont été anéantis, provoquant de nouveaux déplacements et aggravant une crise humanitaire déjà grave».

Depuis le début de la guerre entre l'armée soudanaise (SAF, Sudanese armed forces) et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) en avril 2023, plus de 200.000 personnes ont péri au Soudan, selon les estimations des travailleurs humanitaires, et le pays est confronté à la famine et à des vagues de déplacements de la population.

Le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU (OHCHR) a recensé au moins 306 décès et des centaines de blessés résultant de frappes de drones au cours des trois premières semaines d'octobre.

Ces frappes, attribuées à la fois à l'armée soudanaise et aux FSR, ont touché des biens civils et des infrastructures, notamment des habitations, des marchés, des hôpitaux, des lieux d'accueil de personnes déplacées, ainsi que des centrales électriques et des points d'approvisionnement en eau, a-t-il précisé.

Dimanche, selon l'OHCHR, au moins 139 personnes ont été tuées et des dizaines d'autres blessées lorsqu'un camion de transport a été touché dans la ville d'Al-Dibab, dans l'État de Kordofan occidental, contrôlé par les FSR, au sud-ouest.

Mardi, l'AFP a fait état d'un bilan de 80 morts.

Mines et marchés

L'Office des droits humains de l'ONU a déclaré avoir documenté une «tendance particulièrement inquiétante» d'attaques de drones contre des camps de déplacés.

Il a indiqué qu'entre le 6 et le 10 octobre, des frappes, probablement de drones, contre des abris de déplacés à Ghubeish et El Nuhud, dans le Kordofan occidental, attribuées aux SAF, avaient tué au moins 25 civils.

Le 9 octobre à Abu Shendi, dans l'État du Nil bleu, un drone attribué aux FSR a frappé juste à l'extérieur d'un camp de déplacés, près d'un site clandestin d'extraction d'or. Une personne ayant participé à l'inhumation des victimes a déclaré à l'AFP que 26 femmes et quatre enfants avaient été tués.

Des drones attribués aux FSR ont frappé en octobre la zone d'extraction d'or de Bajaun à Gadeer, dans le Kordofan du Sud, faisant 42 morts parmi les civils, a indiqué l'OHCHR.

Pour cet organisme, «les attaques visant les zones aurifères sont liées à l'économie de guerre qui alimente le conflit».

Les marchés sont ciblés par des drones «avec une régularité alarmante», a-t-il ajouté, citant trois frappes récentes qui auraient fait 23 morts civils.

M. Türk a réitéré son appel aux deux parties belligérantes à s'engager en faveur d’un cessez-le-feu et les a exhortées à respecter leurs obligations au titre du droit international humanitaire (DIH), notamment en s'abstenant de prendre les civils pour cible.

«Des efforts de paix à plus grande échelle doivent s'attaquer de front à l'afflux continu d'armes qui alimente le conflit et exiger la fin du transfert d'armes utilisées au mépris manifeste des obligations découlant du DIH en matière de protection des civils», a-t-il déclaré.

AFP