Le Parlement algérien a approuvé dimanche l'envoi de troupes au Niger afin de protéger des installations énergétiques, ouvrant la voie au premier déploiement officiel de troupes algériennes à l'étranger depuis la guerre israélo-arabe de 1973.
L'Assemblée populaire nationale (APN), chambre basse du Parlement, a annoncé dans un communiqué que ses membres avaient voté «à l'unanimité» pour «l'envoi d'unités de l'Armée nationale populaire (...) au Niger» afin «de protéger les intérêts énergétiques».
Plus tôt, le Sénat avait indiqué avoir «approuvé à l'unanimité» des 148 suffrages exprimés ce déploiement, dans le cadre d'un accord bilatéral avec le Niger.
L'opération prévue marque une évolution notable de la doctrine militaire algérienne, dans un contexte de rapprochement accéléré avec le Niger.
Les deux pays, qui partagent près de 1.000 kilomètres de frontière, ont récemment renforcé leur coopération sécuritaire et de défense.
Ils entendent intensifier leur lutte contre les groupes jihadistes, la criminalité transfrontalière et les trafics.
Depuis plusieurs mois, Alger a multiplié les gestes de soutien à Niamey, notamment en fournissant quatre hélicoptères militaires et en déployant des avions de combat après une tentative de mutinerie militaire en août.
Les deux pays développent également leur coopération dans l'énergie, les hydrocarbures et les mines, tout en poursuivant le projet de gazoduc transsaharien destiné à relier le Nigeria à l'Europe via le Niger et l'Algérie.
Début octobre, le président Abdelmadjid Tebboune avait affirmé que son pays défendrait le Niger face aux menaces visant sa stabilité, soulignant l'importance des intérêts économiques algériens dans ce pays.
«Nous protégerons le Niger quoi qu'il arrive», a-t-il déclaré lors d'une rencontre avec les médias nationaux diffusée par la télévision d'État. «Il y a des pays – que je ne nommerai pas – qui ont conspiré contre (le Niger). Nous nous tenons à ses côtés», a-t-il ajouté.
«Nous avons conclu des accords (avec le Niger) dans le pétrole, les mines et d'autres secteurs, et certains cherchent à détruire tout cela du jour au lendemain», a-t-il souligné.
Le vote intervient quelques jours après la visite à Alger du ministre nigérien de la Défense, Salifou Modi, qui s'est entretenu avec le président Tebboune et le chef d'état-major de l'Armée nationale populaire, le général Saïd Chengriha.
Un protocole de coopération militaire a été signé à cette occasion, sans que son contenu soit rendu public.
«Signal fort»
La décision de déployer des troupes au Niger «marque une évolution majeure de la doctrine de défense algérienne, historiquement fondée sur le principe de non-intervention militaire hors des frontières nationales», a estimé Abdellah Akir, chercheur en sciences politiques et relations internationales.
«Elle est motivée par la nécessité de protéger la profondeur stratégique de l'Algérie et de sécuriser le futur gazoduc transsaharien», a-t-il indiqué à l'AFP.
Cette mesure vise, selon lui, à «envoyer un signal fort aux acteurs concurrents, dont le Maroc et les Émirats arabes unis», avec lesquels Alger n'a plus de liens diplomatiques.
Geoff Porter, analyste spécialisé dans les risques sécuritaires et politiques en Afrique du Nord, relève aussi «un changement dans la politique algérienne».
L'Algérie «avait essayé de préserver ses intérêts nationaux et d'exercer son influence régionale par ses moyens habituels: le dialogue, le droit international, les forums multilatéraux», a-t-il déclaré à l'AFP.
«Mais dans un monde multipolaire et purement transactionnel, cela ne fonctionne plus. À la place, l'Algérie s'est tournée vers des moyens plus tangibles, une présence physique concrète», estime-t-il.
L'envoi de troupes algériennes à l'étranger est autorisé depuis la révision constitutionnelle de 2020, sous réserve de l'approbation des deux tiers des membres de chacune des deux chambres du Parlement.
Les relations entre Alger et Niamey s'étaient dégradées l'an dernier après la destruction par l'Algérie d'un drone en provenance du Mali, un incident qui avait provoqué une crise diplomatique régionale.
Depuis, les deux capitales ont tourné la page.
AFP