Le président républicain Donald Trump a revendiqué vendredi l'initiative d'un recours préventif en cas de victoire démocrate au siège sénatorial en jeu en Alaska, agitant le spectre d'une contestation post-électorale si son parti est battu aux scrutins de mi-mandat.
«C'est moi qui ai dit de le faire», a déclaré Donald Trump au sujet de ce recours invoquant le risque de «confusion» due à l'homonymie entre le sénateur sortant et un autre candidat, qui s'appelle également Dan Sullivan, et voué à l'échec selon des spécialistes de droit électoral.
Car le Parti républicain a déjà tenté en vain d'éliminer de la course le dénommé Dan J. Sullivan, arguant qu'il s'était présenté pour semer la confusion avec le sénateur sortant soutenu par Donald Trump, Dan S. Sullivan, actuellement devancé de peu dans les sondages par la candidate démocrate, Mary Peltola.
La Cour suprême de l'Alaska a statué en juin que Dan J. Sullivan pouvait rester en lice. Particularité de l'État, les électeurs peuvent y classer les candidats par ordre de préférence sur leur bulletin de vote.
Dans un recours déposé jeudi, le ministère de la Justice a demandé à un tribunal fédéral d'Alaska d'interdire aux autorités de l'État de «certifier tout résultat qui puisse être affecté par la confusion des électeurs».
Selon le gouvernement, le résultat serait ainsi entaché si le sénateur Sullivan est battu et qu'il apparaît, au vu des suffrages recueillis par son homonyme et en fonction du système de vote par ordre de préférence en vigueur en Alaska, que sans cette candidature, le sortant «aurait remporté l'élection».
Il exige donc que la justice ordonne aux autorités de l'État, en cas de victoire démocrate, de vérifier dans quelle mesure la candidature de Dan J. Sullivan a fait perdre des voix au sénateur sortant.
«Très peu de cartes»
Quelques heures auparavant, le ministre de la Justice, Todd Blanche, avait assuré jeudi que ses services n'avaient «aucune intention de s'ingérer indûment dans les élections ou le processus de confirmation des résultats par les États».
Mais il avait refusé d'exclure catégoriquement toute intervention, notamment dans le cas de «scénario catastrophe» au sujet de la régularité du vote de novembre.
«Ce recours n'aboutira à rien», estime Derek Muller, expert en droit électoral, professeur à l'université Notre Dame, en Indiana, sur un blog spécialisé.
Selon lui, le ministère de la Justice tente ainsi de «montrer à l'opinion qu'il fait quelque chose et qu'il est prêt au cas où le résultat serait défavorable au Parti républicain dans l'État» d'Alaska.
Rick Hasen, expert en droit électoral à l'université de Californie à Los Angeles (ouest), dénonce lui aussi un «recours absurde», soulignant la longue série de revers subis en justice par l'administration Trump dans ses tentatives d'obtenir les listes d'électeurs des États ou de modifier les règles du vote, notamment par correspondance.
«La principale raison» de ces échecs est que «la Constitution ne donne ni au président ni au pouvoir exécutif un rôle à jouer dans la tenue des élections», rappelle-t-il dans une tribune sur Slate, l'organisation des scrutins, y compris fédéraux, relevant des États et du Congrès.
«Ces derniers recours montrent que le ministère de la Justice a très peu de cartes en main sur le plan juridique en termes d'ingérence électorale, et qu'en plus il les joue très mal», assène-t-il.
Donald Trump a remporté l'Alaska avec 13 points d'avance lors de la présidentielle de 2024, mais le contexte actuel d'impopularité des républicains donne une chance sérieuse à Mary Peltola, ancienne juge tribale amérindienne, de remporter ce siège.
Cet État au territoire immense compte 740.000 habitants.
Par Selim SAHEB ETTABA / AFP