«On était amis avant, de très bons amis, et ça devrait rester comme ça»: dans l'État du Michigan, à la frontière avec le Canada, les droits de douane imposés par Donald Trump à son voisin pèsent sur les élections américaines de mi-mandat.
Assis dans son pick-up sur un parking de Port Huron, du côté américain de la frontière, Micky Roe déplore l'impact de cette guerre commerciale: «Ça ne devrait pas se passer comme ça», regrette-t-il encore.
La Maison-Blanche a annoncé des droits de douane de 50% sur une partie des 800 milliards de dollars d'échanges annuels entre les deux pays – visant notamment certains fromages, produits à base de papier ou d'acier ou les bateaux à moteur – après qu'Ottawa a riposté à d'autres droits de douane américains.
Et l'ambassade de Washington au Canada a comparé mercredi la réponse canadienne à une tentative d'influer sur les élections du 3 novembre.
Donald Trump «ne l'admettra pas, bien sûr, mais je pense quand même qu'il en tire profit», poursuit l'ancien policier de 83 ans, dont le père était canadien, l'œil sur les semi-remorques traversant le pont Blue Water, qui relie les deux pays.
Chaque année, plus de 1,5 million de camions traversent ici la rivière St. Clair, représentant 42,2 milliards de dollars de commerce routier selon les autorités canadiennes, mais les volumes devraient baisser dans le sillage de cette guerre commerciale.
Un autre automobiliste, qui refuse de donner son nom, soutient au contraire le président américain. Les Canadiens ont «profité de nous», déclare ce fervent partisan du milliardaire républicain, avant d'accuser le voisin de ne pas arborer correctement le drapeau américain sur son poste de contrôle frontalier.
«Guerre tarifaire insensée»
Le comté de St. Clair, où se situe Port Huron, a donné à Donald Trump plus de 34 points d'avance lors de l'élection présidentielle de 2024.
Mais la colère contre les droits de douane en fait un terrain fertile pour les candidats démocrates qui cherchent à convaincre les républicains désabusés lors d'élections largement considérées comme un référendum sur le président.
Abdul El-Sayed, candidat démocrate à un siège crucial au Sénat, a attiré plus de 1.000 personnes lors d'un récent rassemblement dans cette ville de moins de 30.000 habitants.
Le coût de la vie augmente à cause de «cette guerre tarifaire insensée que nous n'avons aucune raison de mener contre nos voisins du Canada», a-t-il lancé, avant de plaisanter: «Si vous voulez taxer l'Ohio (État voisin et rival, NDLR) jusqu'à la moelle, allez-y!»
Dans l'assistance, Patti Lossing, retraitée de 65 ans, estime que les sujets économiques sont ce qui touche le plus le Michigan.
«Face aux disputes avec le Canada, notre pays frère, et les prix que nous payons, les Américains ne sont pas idiots», dit-elle. «Ils le voient bien tous les jours quand ils vont à l'épicerie, quand ils vont chercher une ordonnance médicale.»
Chaînes d'approvisionnement «interdépendantes»
Cette guerre commerciale frappe particulièrement le secteur automobile, vital pour cet État.
«Les chaînes d'approvisionnement sont très imbriquées, interconnectées, interdépendantes», explique Glenn Stevens, de la Chambre régionale de commerce de Detroit.
Les deux pays «sont d'abord amis, mais ce sont aussi des partenaires commerciaux. Cela a mis ces relations sous pression et les entreprises à rude épreuve sur le plan financier, parce que (...) le coût de faire des affaires a augmenté».
À l'autre bout de la chaîne, les voitures américaines ne représentaient plus que 28,4% des ventes de véhicules neufs au Canada au premier semestre 2026, contre 35,4% un an plus tôt, selon JD Power Canada, qui impute ce recul aux droits de douane.
La représentante républicaine au Congrès Lisa McClain a récemment laissé entendre que Donald Trump pourrait se rendre dans la région pour soutenir le rival de M. El-Sayed, le républicain Mike Rogers, ce qui n'a pas été confirmé.
Proche du président et bénéficiant de son soutien dans cette course serrée, M. Rogers a pourtant pris ses distances avec sa politique commerciale, déclarant: «Nous devons mettre fin à la guerre tarifaire avec le Canada. Elle ne nous aide certainement pas. Elle n'aide pas notre industrie automobile.»
«Mais certains tarifs ont été utiles», a-t-il ajouté, affirmant ensuite sur Fox News que certaines entreprises du Michigan avaient ajouté des rotations dans leurs usines pour satisfaire une hausse de la demande pour des produits fabriqués aux États-Unis.
AFP