Les Israéliens votent ce mardi 27 octobre pour renouveler la Knesset. Benjamin Netanyahou, chef du Likoud et Premier ministre resté le plus longtemps au pouvoir dans l’histoire du pays, affronte l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, à la tête de Yashar, un parti centriste fondé en septembre 2025, et l’ancien Premier ministre Naftali Bennett, de nouveau allié à Yaïr Lapid.
Quel que soit le verdict des urnes, Netanyahou a imposé à ses adversaires une large part du cadre dans lequel ils évoluent. Durant ses années au pouvoir, il a transformé la structure du vote israélien, la manière dont se forment les majorités et les termes du débat sur la sécurité.
Du centre aux deux camps
En 1996, Netanyahou fait campagne au centre. Il promet une «paix sûre» et s’engage à respecter les accords d’Oslo, rappelle Foreign Policy dans une analyse parue en mai. Battu en 1999, il en retient que courtiser les modérés déçoit la droite sans convaincre la gauche. Il cherche dès lors à creuser entre deux camps un fossé que personne n’envisage de franchir. En 2015, il diffuse le jour du scrutin une vidéo avertissant que les électeurs arabes se rendent aux urnes «en masse».
Les données d’Israel National Election Studies illustrent cette polarisation. La part d’Israéliens enthousiastes à son égard est passée d’environ 35% à 15% entre 1996 et 2025, celle des Israéliens qui le détestent de 28% à près de 39%. Après le 7 octobre 2023, ses partisans sont restés derrière lui.
Pour ou contre «Bibi»
Ce choix a fini par substituer à l’axe gauche-droite un clivage centré sur sa personne. Entre 2019 et 2022, Israël a connu cinq élections opposant un bloc favorable à Netanyahou et un bloc hostile.
En septembre 2019, rappelait le Times of Israel en 2022, le second avait obtenu plus de sièges que le premier, en y comptant Israël Beiteinou, le parti nationaliste d’Avigdor Lieberman, sans parvenir à gouverner faute de cohérence. La coalition Bennett-Lapid de 2021 allait de la droite nationaliste au parti islamiste Ra’am, et le quotidien n’y voyait d’autre ciment que l’opposition à Netanyahou.
Plusieurs de ses artisans s’étaient formés à ses côtés, relevait dès 2019 le Doha Institute, centre de recherche basé au Qatar. Bennett a été son chef de cabinet, Lapid son ministre des Finances.
Les ultraorthodoxes, socle du bloc
Ses majorités reposent sur les partis ultraorthodoxes Shass (séfarade) et Judaïsme unifié de la Torah (ashkénaze). En 2021, ces partis assuraient qu’ils resteraient à ses côtés quoi qu’il arrive, selon le Times of Israel. Cette alliance a un prix. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) note en avril 2025 que les mesures de 2023 et 2024 ont surtout renforcé ce qui dissuade les hommes ultraorthodoxes de travailler, dont la hausse du budget des yeshivas, écoles talmudiques dont les élèves échappent au service militaire.
En 2022, Netanyahou a élargi ce bloc en poussant Itamar Ben Gvir, chef du parti d’extrême droite Otzma Yehoudit (Force juive), et Bezalel Smotrich, chef du sionisme religieux, formation nationaliste religieuse, à faire liste commune.
La justice, ligne de fracture
Netanyahou a présenté la réforme judiciaire lancée en 2023 comme un moyen de mettre fin à ce qu’il appelle une «dictature judiciaire». Ses opposants y ont vu une tentative de soumettre les tribunaux au pouvoir politique. Elle a déclenché des manifestations massives et des divisions jusque dans l’armée. Une loi a depuis modifié la composition de la commission de sélection des juges au profit de la coalition, et Netanyahou a tenté sans succès de limoger la conseillère juridique du gouvernement.
L’opposition se distingue nettement sur ce terrain. Yashar refuse toute limitation des pouvoirs de la Cour suprême et réclame une Constitution écrite, une commission d’enquête d’État sur le 7 octobre et un service pour tous, ultraorthodoxes compris.
Le consensus sécuritaire
Sur la sécurité, des positions longtemps contestées se sont imposées. Les accords d’Abraham ont cimenté la doctrine d’une normalisation avec les pays arabes sans concession territoriale. L’OCDE constate que les échanges avec les pays signataires ont depuis fortement progressé et ont résisté après le 7 octobre.
En juillet 2025, Dennis Ross, ancien émissaire américain pour le processus de paix, qualifiait pour le Washington Institute d’«historique» sa décision de frapper les infrastructures nucléaires et balistiques de l’Iran. Le rejet constant d’un État palestinien a sorti l’idée du débat et l’appel à affronter l’Iran est devenu une politique «largement acceptée».
Eisenkot a qualifié de «délirante» l’idée d’un État palestinien après le 7 octobre. Lapid a parlé de «guerre juste» à propos de l’offensive lancée contre l’Iran le 28 février. Le chef des Démocrates (gauche), Yaïr Golan, a été désavoué de toutes parts pour avoir qualifié d’«erreur» l’élimination du guide suprême Ali Khamenei.
Ainsi, le débat israélien porte désormais sur la manière d’exercer la prédominance militaire, sa nécessité n’étant plus discutée. Les successeurs de Netanyahou devront, selon la formule de Foreign Affairs, «colorier à l’intérieur des lignes» qu’il a tracées.