Au lendemain des législatives du 27 octobre, Israël se réveille sans vainqueur. Avec 84,5% des urnes dépouillées, le bloc conduit par Benjamin Netanyahou obtient 53 sièges, selon les résultats partiels de la Commission électorale centrale relayés mercredi par le Times of Israel. Les partis juifs d’opposition, rassemblés derrière Gadi Eisenkot, en totalisent 48. Les deux formations arabes en remportent 19. Il en faut 61 sur 120 pour gouverner.

La soirée électorale avait pourtant laissé espérer un basculement. Les sondages de sortie des urnes des chaînes 12 et Kan 11 donnaient à l’opposition 52 sièges contre 50 au camp sortant, celui de la chaîne 13 plaçant les deux blocs à égalité. Le dépouillement a inversé la tendance au fil de la nuit. Le Likoud, parti de Netanyahou, reste la première force avec 27 sièges projetés, devant Yashar, le parti fondé par l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, crédité de 22 sièges selon Ynet.

Ces chiffres restent provisoires. Les votes dits en double enveloppe, ceux des soldats, des diplomates, des détenus et des patients hospitalisés, sont comptés plusieurs jours après le scrutin. Elad Naveh, chef du centre de contrôle de la Commission électorale centrale, attend plus d’un demi-million de ces bulletins, dont le décompte devait commencer dans la nuit de mercredi à jeudi pour s’achever jeudi soir, selon Ynet.

Une mobilisation arabe sans précédent

La participation générale a atteint 77,7%, son plus haut niveau depuis 1999 selon la Commission électorale centrale. Elle a été particulièrement forte chez les citoyens arabes d’Israël, qui représentent environ un cinquième du corps électoral et votent traditionnellement moins que les électeurs juifs. La chaîne 12 a estimé leur participation à près de 80%, ce qui est un record. Avant le scrutin, les sondeurs n’en attendaient que 63%, d’après le Times of Israel.

Le résultat est spectaculaire. Les deux listes arabes ne comptaient que dix sièges dans la Knesset sortante, cinq chacune. Elles en totalisent désormais près du double. «C’est une journée historique», a lancé mardi soir Youssef Jabareen, chef de la Liste unifiée, affirmant que la communauté arabe avait prouvé qu’elle était «une force politique qu’on ne peut ignorer».

Ces partis ont pourtant failli ne pas concourir. En septembre, la Commission électorale centrale, dominée par la coalition sortante, avait voté par 18 voix contre 5 leur exclusion, à la demande notamment du Likoud et d’Otzma Yehudit, le parti d’extrême droite du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir. La Cour suprême a annulé ces décisions à l’unanimité le 2 octobre. Sami Abou Chehadé, chef du parti Balad, s’est toutefois retiré de la course lorsque les juges semblaient prêts à valider sa propre exclusion.

Deux listes, deux stratégies

Le vote arabe s’est réparti entre deux offres distinctes. La Liste unifiée rassemble trois partis, selon le Jerusalem Post. Hadash est une formation communiste arabo-juive, Ta’al un parti nationaliste arabe laïque, et Balad un parti nationaliste palestinien de gauche. Avec 11 sièges selon Ynet, elle arrive en quatrième position, derrière Beyachad, le parti de l’ancien Premier ministre Naftali Bennett.

Raam, ou Liste arabe unie, a fait le choix de concourir seul. Issu de la branche sud du Mouvement islamique, le parti de Mansour Abbas défend l’approche la plus intégrationniste du paysage politique arabe, selon le Jerusalem Post. En 2021, il était devenu le premier parti arabe à entrer dans une coalition gouvernementale, celle formée par Naftali Bennett et Yaïr Lapid. Pour ce scrutin, Abbas a confié la deuxième place de sa liste à Yoav Segalovitz, ancien haut responsable juif de la police, un geste présenté comme un message de partenariat avec la société juive.

Des partenaires que personne ne veut

Netanyahou a mené campagne en agitant la menace d’«un gouvernement de Mansour Abbas et Ahmad Tibi». Au soir du scrutin, il a réclamé «un gouvernement national de droite juif fort», selon Axios.

Dans le camp adverse, Gadi Eisenkot a affirmé en septembre qu’aucun parti arabe ne remplissait ses conditions pour entrer dans un gouvernement qu’il dirigerait. Il exige notamment la reconnaissance d’Israël comme État juif et démocratique et celle du Hamas comme organisation terroriste. Ses alliés Naftali Bennett et Avigdor Lieberman, chef du parti nationaliste Israël Beitenou, ont eux aussi exclu de s’appuyer sur les partis arabes. Seul Yaïr Golan, chef des Démocrates, appelle désormais son camp à s’allier avec eux, invoquant «une majorité de 65 sièges», selon le Times of Israel.

Mansour Abbas, lui, reste ouvert. Sur la chaine 12 israélienne, il a dit vouloir remplacer le gouvernement sortant «de presque toutes les manières possibles». Il a toutefois reconnu qu’«avec les chiffres actuels, il n’y a pas de gouvernement», rapporte le Jerusalem Post.

Cinq scénarios, aucun évident

Dans une analyse publiée mercredi par Ynet, le journaliste Yuval Karni recense cinq issues possibles. Un gouvernement d’union entre Netanyahou et Eisenkot supposerait que ce dernier renie sa promesse de ne jamais siéger avec le Premier ministre sortant. Le ralliement de transfuges de l’opposition exigerait d’en attirer un nombre considérable. Un gouvernement minoritaire d’Eisenkot, soutenu de l’extérieur par les partis arabes, paraissait envisageable à la clôture des bureaux de vote. Il s’est nettement éloigné avec le dépouillement, tout comme l’idée d’un gouvernement de transition chargé de créer une commission d’enquête sur le 7 octobre.

Reste l’hypothèse jugée la plus probable par Yuval Karni, celle d’un nouveau scrutin. Benjamin Netanyahou demeurerait alors Premier ministre par intérim, peut-être jusqu’au printemps, selon Axios. Il reviendra au président Isaac Herzog de consulter les partis puis de confier à l’un des deux candidats la tâche de former un gouvernement.