Face aux tensions commerciales avec Donald Trump, le Canada et l'Union européenne veulent jeter les bases d'un ambitieux et inédit partenariat. Réunis jeudi et vendredi à Montréal, ils espèrent étendre leur coopération à de nombreux domaines comme l’énergie et les minerais.

Le sommet doit marquer le lancement d’une «Alliance pour l’avenir», destinée à approfondir les liens politiques et économiques entre Ottawa et Bruxelles. Mais une idée défendue par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déjà été écartée des négociations : celle de faire du Canada le premier «membre associé» de l’Union européenne.

«Membre associé»

Ursula von der Leyen, avait évoqué en septembre la perspective que le Canada devienne le premier «membre associé» à l'Europe des 27. Non sans susciter l'étonnement, un tel statut n'étant pas prévu par les traités européens.

Plusieurs États membres se sont depuis montrés très réticents à utiliser cette expression, sans pour autant contester l'idée d'une «association toujours plus étroite, juste en deçà d'une adhésion».

À la demande notamment de l'Allemagne, ce concept devrait être remplacé dans la déclaration finale du sommet de deux jours par celui d'«association toujours plus étroite du Canada à l'UE, en deçà d'une adhésion», ont indiqué des diplomates à Bruxelles mercredi.

Le Premier ministre canadien Mark Carney a relativisé mardi l'importance du «nom précis» donné à ce rapprochement: «ce qui compte, c'est la différence que cela représentera dans la vie des Canadiens».

Ursula von der Leyen a pour sa part encore utilisé ce terme mercredi, soulignant dans une déclaration que ce sommet allait permettre «de commencer à discuter de la façon de faire du Canada le premier membre associé de l'UE».

«Notre ambition est de construire le partenariat le plus étroit que nous ayons jamais établi avec un pays non-européen. Taillé sur mesure pour le Canada», a-t-elle ajouté.

Étendre la coopération

Le sommet doit permettre au Canada et à l'UE d'étendre leur coopération, déjà étroite, à d'autres domaines comme les minerais stratégiques, le commerce numérique, la recherche ou la mobilité des jeunes.

«Le monde est devenu plus dangereux et plus polarisé. Face à cette réalité, le Canada et l'Union européenne mettent en commun leurs forces (...) pour bâtir une nouvelle alliance ambitieuse», a déclaré Mark Carney dans un communiqué récent.

«Une alliance suffisamment solide pour que personne ne puisse nous dicter nos choix», a-t-il ajouté, dans une référence implicite aux États-Unis de Donald Trump notamment, qui a qualifié ce rapprochement de «ridicule» et est allé jusqu'à menacer l'UE de rompre les échanges commerciaux.

Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche début 2025 a déjà entraîné un rapprochement entre Bruxelles et Ottawa illustré par la participation des Canadiens à un programme européen d'aide à l'industrie de défense, ou par l'invitation de M. Carney et de certains de ses ministres à des réunions européennes.

Les deux partenaires sont par ailleurs liés depuis dix ans par un accord de libre-échange, le CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement), qui supprime les droits de douane sur 98% des produits échangés. Très critiqué notamment par les éleveurs français, il n'a toutefois pas encore été ratifié par neuf pays de l'UE sur 27, dont la France.

Le sommet doit être l'occasion pour le Canada, d'étendre ce partenariat à de nombreux autres domaines. Les minerais stratégiques, dont le sous-sol canadien regorge et dont l'industrie européenne, dépendante de la Chine, a un besoin vital, en est l'un des principaux.

Un accord sur le commerce numérique, permettant des transactions en ligne plus rapides et moins coûteuses, devrait aussi être dévoilé vendredi, ainsi qu'un renforcement de la coopération en matière de régulation de l'intelligence artificielle.

Le Canada pourrait aussi négocier son adhésion au programme européen Galileo, un système de navigation par satellites qui offre une alternative au système américain GPS, et à Erasmus, dispositif européen de mobilité des jeunes qui permet notamment à des étudiants de passer un semestre à l'étranger.