Environ 200 millions d’Américains sont appelés aux urnes ce 3 novembre pour élire les 435 membres de la Chambre des représentants, 35 sénateurs et 36 gouverneurs. Les républicains n’y disposent que d’une courte majorité: 218 sièges contre 214 à la Chambre, 53 contre 47 au Sénat.

Le Moyen-Orient est sur le qui-vive: le 8 octobre, Donald Trump a promis sur Truth Social de ne pas attaquer l’Iran «avant les midterms». Dans la nuit du lundi au mardi, les États-Unis ont mené des frappes contre l’île iranienne de Qeshm, dans le détroit d’Ormuz.

Le Golfe sommé de se préparer

Selon le Wall Street Journal, Washington a averti plusieurs monarchies du Golfe de se tenir prêtes à une campagne «courte et intense» contre l’Iran après le scrutin. Trois hauts responsables du Golfe, cités par la chaîne américaine MS NOW, évoquent des frappes dès le 4 novembre. L’un d’eux «ne serait pas surpris» que certains États refusent qu’elles partent des bases américaines installées sur leur sol. 

Deux diplomates interrogés par l’AP précisent que les alliés de Washington ont été invités à protéger leurs installations énergétiques, et que Donald Trump n’a pas encore tranché.

La menace est concrète. Les Gardiens de la révolution ont prévenu que les centres de données et les câbles internet sous-marins du Golfe pourraient être visés, rapporte la radio publique américaine NPR. «Nous envisageons en gros le pire scénario», a confié un responsable du Golfe à Reuters. 

Au Dialogue de Manama, sommet de sécurité organisé à Bahreïn par l’Institut international d’études stratégiques (IISS), le conseiller diplomatique principal auprès du président des Émirats arabes unis Anwar Gargash a dit espérer «une percée diplomatique», tout en se disant «préparé au pire», selon Reuters. Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a prévenu qu’un nouveau round «ne mènerait nulle part».

Riyad multiplie les canaux

L’Arabie saoudite s’est placée au centre de la médiation. De hauts responsables saoudiens, turcs et pakistanais ont rencontré les dirigeants iraniens à Téhéran la semaine dernière, suivis par des émissaires qataris. Riyad, Ankara et Islamabad sont liés depuis le 7 août par le pacte de La Mecque, un accord de défense mutuelle. Selon un responsable pakistanais cité par Reuters, le chef de l’armée pakistanaise, Asim Munir, a soumis à Téhéran une proposition approuvée par Donald Trump, dont ces trois pays et le Qatar se porteraient garants.

Le Royaume a aussi un dossier propre suspendu au vote. L’accord nucléaire civil conclu avec Washington, que Donald Trump a conditionné à une adhésion saoudienne aux accords d’Abraham, doit être examiné par le Congrès après le scrutin, d’après Reuters. Le Carnegie Endowment for International Peace, think tank basé à Washington, invite Riyad à saisir cette «fenêtre limitée» pour faire de l’État palestinien un préalable à toute normalisation avec Israël.

Téhéran compte sur l’usure

«Nous ne voulons pas que l’affaire aille jusqu’aux midterms», déclarait fin septembre le président iranien Massoud Pezeshkian, cité par Iran International. Pour Thomas Juneau, professeur à l’université d’Ottawa interrogé par l’AFP, «l’Iran pense qu’il gagne la guerre et que les États-Unis la perdent». 

Le vice-président JD Vance a toutefois écrit à Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, pour relancer les discussions. «Leur ton a complètement changé», a commenté ce dernier.

Israël en alerte maximale

L’armée israélienne est en état d’alerte maximale, rapporte le site d’information Walla. Le renseignement redoute une provocation iranienne destinée à peser sur le scrutin américain, et la coordination avec le commandement central américain (Centcom) aurait atteint son plus haut niveau. 

Benjamin Netanyahou aurait pressé Donald Trump de reprendre la guerre après les élections, selon le site américain Axios. Pour Amos Harel, analyste militaire du quotidien Haaretz, le Premier ministre pourrait jouer l’escalade pour se maintenir au pouvoir. Son bloc n’a obtenu que 53 sièges sur 120 aux législatives du 27 octobre.

Un Congrès démocrate, frein limité

Les démocrates sont donnés favoris pour reprendre la Chambre. La sénatrice Patty Murray refuse d’«approuver sans discussion» le financement de cette guerre. Le Middle East Institute, think tank washingtonien, doute pourtant qu’une majorité démocrate soit assez large pour passer outre un veto présidentiel. Il rappelle qu’après sa déroute électorale de 2006, due à l’Irak, George W. Bush avait tout de même envoyé des renforts en Irak l’année suivante.

Interrogé à Lubbock, au Texas, sur la date de la fin de la guerre, Donald Trump a répondu, selon l’AP: «Quand je le voudrai». «Au final, une seule personne décide», confiait à Reuters un responsable du Golfe. Les électeurs américains fixent ce mardi la marge dont elle disposera.