Le centriste Gadi Eisenkot, rival de Benjamin Netanyahou, apparaît jeudi en position de force pour être chargé de former le prochain gouvernement israélien, après que le Premier ministre sortant a été privé d'un soutien ultraorthodoxe clé.
Dans la foulée des élections législatives du 27 octobre, qui se sont achevées sans majorité, le président israélien Isaac Herzog reçoit cette semaine les différentes forces politiques pour des consultations.
Le chef de l'État a jusqu'au 11 novembre pour choisir la personne qu'il estime la mieux placée pour rassembler une majorité autour de son projet, généralement celle qui a obtenu le plus grand nombre de recommandations des différents partis.
Jeudi matin, le parti du Judaïsme unifié de la Torah (JUT), formation ultraorthodoxe qui soutient M. Netanyahou depuis trois décennies, a refusé de le recommander auprès de M. Herzog, préférant s'abstenir.
Ce désaveu, qui s'explique par des tensions autour de la délicate question de la conscription des étudiants religieux, à laquelle s'opposent farouchement les partis ultraorthodoxes, affaiblit les chances de Benjamin Netanyahou de recevoir le mandat pour former le prochain gouvernement.
À l'opposé, M. Eisenkot, ancien chef d'état-major qui dirige un large bloc d'opposition, a reçu l'appui précieux de la liste à majorité arabe israélienne Raam.
«Nous tendons la main pour soutenir les efforts de Gadi Eisenkot pour former un gouvernement» et «nous ferons ce que nous pourrons pour écarter le gouvernement de Benjamin Netanyahou», a déclaré le chef de Raam, Mansour Abbas, après sa rencontre avec le président israélien.
Difficultés à venir
Il faut au moins 61 députés pour obtenir la majorité à la Knesset, le Parlement israélien. Lors du scrutin de la semaine dernière, le camp de M. Netanyahou a obtenu 53 sièges, contre 48 pour le bloc de M. Eisenkot.
Avec l'abstention du JUT, le nombre de soutiens attendus pour le Premier ministre sortant tombe à 46, tandis que M. Eisenkot, qui a reçu l'appui de la liste arabe Raam, totalise au moins 56 recommandations attendues.
Seule la Liste unifiée, principale formation politique arabe, forte de 11 sièges, n'a pas encore annoncé son choix. Mais elle a plusieurs fois proposé de travailler avec le bloc anti-Netanyahou.
M. Herzog a prévu d'achever ses consultations jeudi soir, mais n'a pas exclu de les prolonger.
Le candidat qu'il désignera aura 28 jours pour tenter de former un gouvernement, une durée qui peut être prolongée de 14 jours. En cas d'échec, une autre personne sera désignée. Si l'impasse se confirme, de nouvelles élections seront organisées.
Si, sur le papier, le camp anti-Netanyahou part favori, en réalité, plusieurs de ses dirigeants s'opposent à toute alliance avec les partis arabes.
Dans une société traumatisée par l'attaque du 7 octobre, tendre la main aux Palestiniens d'Israël, également désignés comme Arabes israéliens et représentant environ 20 % de la population, risque en effet de braquer une partie de l'électorat juif.
Même s'il est désigné pour former un gouvernement, M. Eisenkot sera donc confronté à un casse-tête : trouver une majorité sans voir son bloc d'opposition éclater en cas d'alliance formelle avec les formations arabes.
Union nationale ?
Une option serait qu'il constitue un gouvernement minoritaire, appuyé indirectement par les voix des formations arabes à la Knesset. Mais même cette option est rejetée par l'un des piliers du bloc d'opposition, le nationaliste Avigdor Liberman.
M. Netanyahou est conscient de ces hésitations, ce qui explique ses attaques répétées contre les partis arabes, qu'il présente comme des «soutiens du terrorisme» qui voudraient «islamiser Israël».
Le chef du gouvernement sortant a par ailleurs persisté dans ses allégations de fraude électorale massive contre ces formations, accusées d'avoir acheté des voix avec de l'argent du Qatar.
Les autorités électorales ont nié toute atteinte susceptible de modifier le résultat du scrutin, et l'opposition accuse Benjamin Netanyahou de vouloir discréditer le scrutin pour s'accrocher au pouvoir.
Selon plusieurs médias, le président Herzog œuvre en coulisses à la formation d'un gouvernement d'union nationale réunissant les partis juifs sionistes, ce qui exclurait les formations arabes et ultraorthodoxes.
Plusieurs membres de l'opposition ont conditionné une telle union au retrait de M. Netanyahou. Ce dernier se dit, de son côté, ouvert à une large coalition avec l'opposition, à condition de la diriger.
Yaelle Ifrah / AFP