Électricité du Liban (EDL) a annoncé, lundi, la mise en œuvre de mesures préventives jusqu’à la réception de la cargaison de la seconde partie de gasoil qui lui est allouée pour le mois de juin 2024, afin d’éviter un black-out.

Dans un communiqué, le fournisseur public explique qu’il a dû recourir à des mesures préventives pour prolonger autant que possible la période de production d’énergie pour les citoyens et maintenir une alimentation électrique continue, 24 heures sur 24, pour les installations vitales telles que l’aéroport, le port, les pompes à eau et les égouts, afin d’éviter l’obscurité totale. EDL a, en effet, été contraint depuis le 6 juillet de mettre hors service un groupe de production de l’usine de Zahrani et d’arrêter complètement celle de Deir Ammar pour préserver son stock.  Ces mesures permettront d’assurer environ quatre jours supplémentaires de courant jusqu’au jeudi 11 juillet. Ces groupes seront remis en service une fois que la seconde partie de la cargaison prévue sera déchargée, rétablissant ainsi l’approvisionnement.

Le retard dans la livraison est imputable à un retard dans le décaissement des fonds par la Banque du Liban au profit d’EDL, ce qui empêche le fournisseur public d’électricité de payer le gasoil nécessaire, selon la compagnie publique.

Il convient de souligner que la première partie de la cargaison destinée au mois de juin 2024 a atteint les eaux territoriales libanaises le 27 juin et est actuellement ancrée face à l’embouchure de la centrale de Deir Ammar, ayant accompli toutes les formalités administratives et douanières nécessaires pour le déchargement. Quant à la deuxième partie, elle est arrivée le 4 juillet et se trouve actuellement à l’embouchure de l’usine de Zahrani, en attente des résultats des tests effectués aux Émirats arabes unis, ainsi que de leur validation par la société de surveillance désignée par le ministère de l’Énergie et de l’Eau. Les résultats n’ont pas encore été transmis au Liban en raison d’un défaut de paiement.

Rappelons aussi que la production d’électricité au Liban repose actuellement sur les centrales de Zahrani et Deir Ammar, celles de Jiyeh et de Zouk nécessitant des travaux de maintenance. Zahrani et Deir Ammar reçoivent mensuellement du gasoil fourni à EDL par le ministère de l’Énergie, en vertu de l’accord d’échange conclu entre l’Irak et le Liban le 23 juillet 2021. Cet accord, entré en vigueur en septembre 2021, prévoit que l’Irak fournisse du carburant aux centrales électriques libanaises à des conditions avantageuses, avec une quantité fixée à 100.000 tonnes par mois. Toutefois, en raison de la teneur élevée en soufre du carburant irakien, qui ne peut être directement utilisé dans les centrales libanaises, le Liban achète un type de carburant compatible auprès d’autres fournisseurs sélectionnés par appel d’offres. En échange, ces fournisseurs reçoivent le carburant irakien.

De son côté, le ministre sortant de l’Énergie, Walid Fayad, réaffirme que le secteur de l’électricité est confronté à des obstacles locaux et internationaux, tout en soulignant son engagement à maintenir et renforcer le secteur. Son objectif est d’accroître la capacité de production de 500 à 1.000 mégawatts pour fournir dix heures d’électricité par jour et assumer les coûts sans être entravé par des tensions politiques.

Il a rappelé que l’émissaire américain, Amos Hochstein, a lié la résolution du problème de l’importation d’électricité de Jordanie et de gaz d’Égypte à des accords avec Israël concernant la frontière sud, un cessez-le-feu et le retour des "déplacés syriens".

M. Fayad a indiqué aussi que certaines autorités politiques imposent un blocus financier au secteur de l’électricité, soulignant que la clé de la solution réside aujourd’hui dans les pouvoirs en place.

Il a surtout déploré le retard du transfert des fonds par la Banque du Liban pour payer le carburant dans le cadre de l’accord avec l’Irak. "Ce retard affecte l’approvisionnement du Liban en carburant, nécessaire au fonctionnement des centrales électriques".

Le ministre a également affirmé qu’il avait élaboré un nouveau contrat avec l’Irak, finalisé depuis un an, visant à accroître les quantités de carburant fournies et donc l’approvisionnement. Ce contrat offre une flexibilité permettant des paiements différés sur une période de six mois. Il a souligné que malgré la solvabilité financière d’EDL, la Banque centrale n’a pas émis la garantie nécessaire pour la gestion de ce contrat.

Dans le même contexte, le ministre sortant de l’Économie et du Commerce, Amine Salam, a exprimé sur la plateforme X la nécessité d’"accélérer la mise en œuvre de mesures nationales audacieuses pour accepter et déployer rapidement les projets à énergie renouvelable qataris". Il a souligné que ni les générateurs privés ni EDL ne répondent adéquatement aux besoins des citoyens.