Le Liban attend toujours la réponse officielle d’Israël aux propositions transmises par le médiateur américain Amos Hochstein concernant la démarcation de la frontière maritime entre les deux pays. Selon des informations concordantes, l’émissaire américain, qui se trouve actuellement en vacances en Grèce, devrait porter par la suite la réponse de l’État hébreu au Liban. Par ailleurs, nul besoin de s’attarder sur la "coïncidence" que représente la présence du chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil en Grèce pour des vacances… Ou peut-être pas. Le vice-président du Parlement Élias Bou Saab est resté vague à ce sujet.

Si l’on se fie aux informations qui circulent sur cette affaire, tout laisse à penser qu’une solution est sur le point d’émerger. Cependant, sa mise en œuvre ne saurait se limiter aux données libano-israéliennes, puisque d’autres facteurs rentrent en ligne de compte. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la décision israélienne attendue concernant la démarcation de la frontière maritime coïncide avec la réponse américaine espérée quant à l’issue des négociations sur le nucléaire avec l’Iran. La concomitance du timing indique qu’il existerait bien un lien et une corrélation entre les deux dossiers.

Parallèlement, l’évocation par Élias Bou Saab de son "long entretien téléphonique" avec M. Hochstein viendrait confirmer ce qui précède. Ce dernier a toutefois rappelé qu’il faut rester prudent, et ne pas se laisser aller à un trop-plein d’optimisme ou de pessimisme, en attendant "de clarifier certains points". De même, M. Bou Saab a également appelé à rejeter "toute spéculation établie sur des données ou des positions non officielles".

En attendant, les possibilités oscillent entre la menace d’une escalade militaire d’une part, et les indications d’une solution proche d’autre part. Chaque partie avance ainsi ses pions. Le ministre israélien de la Défense Benny Gantz a pour sa part répondu au secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah après les menaces de ce dernier d’attaquer les plateformes gazières israéliennes. Affichant une pointe d’optimisme, il a déclaré "qu’à l’avenir, il y aura une plate-forme du côté israélien et une autre du côté libanais". De plus, M. Gantz a exprimé l’espoir qu’il n’y aura pas de guerre avec le Liban puisque "cela aura des répercussions dramatiques pour l’État et le peuple libanais". Le ministre a surtout mis en garde contre une attaque du champ contesté de Karish, qui conduirait à une série d’escalades "susceptibles de se transformer en combats".

La réponse de Hassan Nasrallah à Benny Gantz ne s’est pas fait attendre. Le secrétaire général du Hezbollah a souligné que "les menaces israéliennes au sujet de la démarcation des frontières n’ont aucune valeur". "Nos décisions et nos orientations sont claires. Nous attendons les prochains jours pour tirer les conclusions qui s’imposent", a-t-il ajouté.

Apparemment, l’emploi de la formule "des prochains jours" viserait la scène locale, au cas où le vent d’optimisme l’emporterait. En effet, la presse israélienne rapporte des informations selon lesquelles la société grecque Energean Power, chargée de prospecter dans le champ de Karish, a reçu toutes les garanties de sécurité du gouvernement israélien pour commencer l’extraction du gaz.

Cependant, malgré les divergences d’opinion dans les médias israéliens concernant le degré d’optimisme et la date de la signature de l’accord, tous s’accordent sur le fait que M. Hochstein a réussi à réduire l’écart entre les parties libanaise et israélienne.

Suite au succès de sa "stratégie défensive", Hassan Nasrallah s’apprêterait de son côté à appliquer le plan attendu par l’axe iranien visant à changer le système ou à modifier la Constitution, au profit de son bras armé et de l’hégémonie du chiisme politique. Néanmoins, il faudra attendre l’évolution de la situation régionale et les répercussions de l’accord sur le nucléaire sur la scène libanaise, si tant est que l’Iran et les États-Unis parvenaient à le conclure.

Par conséquent, la relation entre les différentes prises de positions et le dossier de la démarcation déboucheront sur une rhétorique de l’après-Karish impossible à traduire concrètement sur le terrain libanais, où le fossé ne cesse de se creuser et l’horizon de s’obscurcir, avec peu de visibilité quant à la conduite politique à tenir concernant les échéances constitutionnelles, économiques, financières et sociales.

La situation risque de se corser avec les rumeurs selon lesquelles le président Michel Aoun refuserait de quitter le palais de Baabda au terme de son mandat et de laisser le pays entre les mains d’un gouvernement d’expéditions des affaires courantes, sous prétexte de protéger les "droits des chrétiens". Par conséquent, ce scénario constituera un facteur supplémentaire qui aggravera la détérioration des conditions de vie dans un pays en pleine déliquescence.

À cet égard, ceux qui tiennent les rênes du pays, nous épatent avec leurs critiques stériles, comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. C’est à croire qu’aucune révolution, avortée soit dit en passant, n’avait eu lieu. Qu’aucune élection législative n’a porté un vent de changement au Parlement. Qu’aucune crise économique n’a dépossédé les Libanais de leurs économies. Sans compter l’effondrement de la monnaie locale, les crises du carburant, de l’électricité, du pain, des médicaments, et l’effondrement des secteurs de la santé et de l’éducation.

La phase post-Karish risque de transformer le Liban en un cauchemar si terrifiant et effrayant que l’idée d’une confrontation militaire semble moins cruelle que le vide tant redouté, associé à un effondrement économique encore plus accentué.

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