Il y a 17 ans jour pour jour, le 25 septembre 2005, May Chidiac, alors présentatrice vedette de la chaîne de télévision LBC faisait l’objet d’une tentative d’assassinat à la voiture piégée. La tragédie s’inscrivait dans le cadre de la série d’assassinats et d’attentats orchestrés contre les opposants à la présence militaire et politico-sécuritaire syrienne au Liban. Quasiment à chaque fois, le procédé barbare était le même: les criminels plaçaient des explosifs sous le véhicule de la personne ciblée ou à proximité de celle-ci. Systématiquement, à chaque fois, les personnes visées présentaient une caractéristique commune dominante: il s’agissait d’un opposant au régime dictatorial et sanguinaire d’Assad et à ses alliés au Liban. Et s’il y a une qualité qui définit la journaliste May Chidiac, outre le fait qu’elle est une brillante figure de la télévision libanaise, c’est bien son éternel courage à toute épreuve qui lui permettait de défier quotidiennement l’oppression devant des dizaines de milliers de téléspectateurs au temps où l’armée syrienne patrouillait encore les rues.

Le plasticage de sa Range-Rover était d’ailleurs pour beaucoup de Libanais la preuve que la journaliste jouait un rôle de premier plan dans la Révolution du Cèdre dont l’aboutissement inespéré a été la sortie des troupes syriennes du Liban le 26 avril 2005, après l’assassinat du Premier ministre libanais Rafic Hariri, le 14 février 2005. La même année sont tués d’éminents représentants de la presse libre comme Samir Kassir, le 2 juin, et Gebran Tuéni, le 12 décembre… autant de personnalités dont le sang a dû couler pour empêcher l’encre de leurs plumes de jaillir.

Quelle défaite cela a dû être pour les auteurs de ces lâches actes criminels de n’avoir pas compris que l’avantage des idées en général et du magnifique esprit de liberté que véhiculaient en particulier ces personnalités est leur immortalité! Quelle déconfiture cela a dû être de voir May Chidiac réapparaître sur les ondes de la télévision libanaise moins d’un an après sa tentative d’assassinat, plus téméraire et déterminée que jamais! Et quel revers du destin que celui de l’avoir vue être nommée ministre dans le gouvernement libanais en janvier 2019.

De nombreux hommages lui ont été rendus dimanche. Ils peuvent être résumés par le tweet du député et ancien ministre et vice-président du Conseil, Ghassan Hasbani, qui a souligné: "May Chidiac est le symbole vivant de la femme libanaise engagée pour ses convictions et pour la défense du Liban de la liberté, de la souveraineté et de la vie. Le 25 septembre, ils ont eu l’illusion qu’en frappant le corps, ils achèveraient l’âme, mais cela n’a fait qu’accroître sa persévérance pour la vérité et sa résistance face aux adorateurs de la culture de la mort."

Titulaire d’un doctorat de l’université Paris II – Panthéon-Assas, May Chidiac est l’autrice entre autres d’une autobiographie édifiante, au titre résolu et bien trempé (à l’image de la journaliste), Le ciel m’attendra.  En cette 17e commémoration, il est bon de se remémorer que la liberté a un prix et que May Chidiac fait partie de ceux qui l’ont payé, et payé cher. Comme pour toutes les autres personnalités touchées par des attentats en raison de leurs convictions, dont le dernier sur la liste était l’éditeur et analyste politique libanais Lokman Slim, les Libanais lui doivent à présent de rechercher sans relâche la justice.

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