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C’est à 18h 07, heure exacte à laquelle Beyrouth a été secouée et soufflée par l’explosion de plusieurs centaines de tonnes de nitrate d’ammonium, le 4 août 2020, que le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, a célébré jeudi une messe en la cathédrale Saint-Georges, au centre-ville, à la mémoire des victimes et pour que justice soit faite.

Présents dans la cathédrale, des parents de victimes serraient contre eux les portraits de leurs proches, tués dans la tragédie.

Dans son homélie, Mgr Raï s’est pratiquement fait le porte-parole de leurs doléances et de leurs souffrances. Il a d’emblée assuré que la vérité "ne saurait être cachée". "Cette vérité, qu’“ils” essaient depuis trois ans de dissimuler, concerne l’identité des responsables de l’explosion, de l’entreposage du nitrate d’ammonium au port, et naturellement, de leur source. Elle concerne aussi la négligence puisque rien n’a été fait (par les autorités) lorsqu’elles ont été alertées du danger que représentait le nitrate entreposé, lequel n’a pas été sorti du port et renvoyé à son destinataire", a-t-il déploré.

"Notre Seigneur, a poursuivi le patriarche, désigne par hypocrites les hommes politiques qui prétendent l’innocence, mais sont trahis par leurs actes, lorsqu’ils font tout pour ne pas comparaître devant le juge d’instruction". "Si vous êtes réellement innocents, pourquoi fuyez-vous la justice et bloquez-vous l’enquête?" leur a-t-il lancé. "La vérité ne sera pas enterrée, a insisté Mgr Raï. Elle continuera d’interpeller la conscience de tous les responsables de l’explosion, telle la voix de Dieu qui poursuivait nuit et jour Caïn, après qu’il eut tué son frère Abel: "Qu’as-tu fait? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi". Abel, ce sont les 235 victimes et les plus de 5.000 blessés et handicapés, les centaines de milliers d’habitations, de lieux sacrés et d’établissements détruits".

Face à "l’indifférence" des hommes politiques qu’il a fustigée, le patriarche a affirmé "soutenir l’appel des familles des victimes à la mise en place d’une commission d’investigation des faits qui aiderait le juge d’instruction (Tarek Bitar) à accomplir et à achever sa mission".

Il a dans le même temps demandé aux États concernés de remettre les données dont ils disposent et qui pourraient aider l’enquête à progresser. Il a aussi sollicité leur intervention pour mettre fin aux interférences politiques dans l’enquête.