C’est un Irak en colère qui a enterré le 21 juillet neufs civils, victimes de bombardements turcs dans le nord du pays. Tous étaient venus passer des vacances dans cette zone appartenant à la région autonome du Kurdistan.

Endeuillé et en colère, l’Irak enterre jeudi 21 juillet les victimes des tirs d’artillerie imputés à la Turquie ayant tué la veille neuf civils dans des jardins récréatifs du Kurdistan, un drame qui vient aggraver les tensions entre les deux pays voisins.

Transporté par avion militaire depuis Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan dans le nord, les neuf cercueils recouverts du drapeau national et de gerbes de fleurs ont été accueillis sur le tarmac de l’aéroport de Bagdad par le Premier ministre Moustafa al-Kazimi.

Journée de deuil national

Le chef du gouvernement a rencontré à l’aéroport les familles, selon ses services, les proches des victimes devant récupérer les corps pour organiser les enterrements.

Jeudi a été décrété journée de deuil national et l’opinion publique irakienne ne décolère pas au lendemain de la tragédie ayant fait neuf morts et 23 blessés.

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Les corps ont été transportés par avion militaire depuis Erbil jusqu’à Bagdad (AFP)

La plupart des victimes sont des touristes irakiens du sud ou du centre du pays, ayant l’habitude de fuir les chaleurs caniculaires estivales pour trouver un peu de fraîcheur dans la région montagneuse du nord, à la frontière avec la Turquie.

L’Irak a accusé les forces turques d’avoir mené les frappes d’artillerie qui se sont abattues mercredi sur des jardins récréatifs dans le district de Zakho.

Ankara a nié toute responsabilité, accusant les insurgés kurdes turcs du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), classé groupe " terroriste " par la Turquie et ses alliés occidentaux.

Un jeune de 24 ans mort pendant ses noces

Dans une modeste maison de Bagdad, Nour fait partie des amis venus présenter leurs condoléances pour la mort de Abbas Alaa. Il attend le retour de la famille, partie à l’aéroport réceptionner le corps du jeune ingénieur de 24 ans.

Marié depuis une semaine à peine, Abbas était avec son épouse au Kurdistan pour célébrer leur lune de miel. " C’était son premier voyage, son épouse est blessée ", déplore Nour.

" C’est un choc pour ses amis, ses proches, jusqu’à maintenant on n’arrive pas à y croire ", ajoute-t-il.

" Il partait s’amuser, changer d’air dans le nord, il revient en martyr? Ce n’est arrivé dans aucun autre pays, il n’y a qu’en Irak que ça arrive ", lâche-t-il.

La Turquie, qui dispose de dizaines de bases militaires depuis 25 ans au Kurdistan irakien, lance régulièrement dans le nord de l’Irak des opérations militaires contre le PKK, qui y dispose de camps d’entraînement et de bases arrière.

Ces opérations sur le sol irakien compliquent les relations entre le gouvernement central irakien et Ankara, un des premiers partenaires commerciaux de l’Irak.

" Nous voulons bruler l’ambassade "

Jeudi matin, près d’un centre de délivrance de visas turcs à Bagdad, placé sous haute protection policière, quelques dizaines de manifestants réclamaient l’expulsion de l’ambassadeur turc, selon un photographe de l’AFP.

Certains manifestants tenaient à la main une feuille sur laquelle était écrit: " Je suis Irakien, je demande l’expulsion d’Irak de l’ambassadeur turc. "

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Des manifestations anti-turques ont eu lieu dans le pays (AFP)

" À la Turquie et à l’ambassade, on leur dit ça suffit ", assène Ali Yassine.

" Ça ne sert à rien le pacifisme, nous voulons brûler l’ambassade, l’ambassadeur turc doit être expulsé. Notre gouvernement ne fait rien ", fustige cet homme de 53 ans.

Mercredi soir et jeudi, des manifestations similaires ont eu lieu à travers le pays, à Kirkouk au nord de Bagdad, ou encore à Kerbala ou Najaf, grandes villes chiites au sud de la capitale.

Des drapeaux turcs ont été brûlés et piétinés, tandis que sur des portraits imprimés par les manifestants le président Recep Tayyip Erdogan était traité de " terroriste ".

Un ton durci, quelles conséquences ?

La diplomatie allemande a condamné l’attaque de mercredi, appelant à " faire la lumière de toute urgence sur les circonstances et les responsabilités " des tirs.

À Téhéran, un porte-parole de la diplomatie iranienne a dénoncé les tirs d’artillerie et souligné " le soutien ferme de l’Iran pour la stabilité et la sécurité " de son allié.

Par le passé, l’ambassadeur turc en poste à Bagdad a été régulièrement convoqué au ministère irakien des Affaires étrangères. Mais les remontrances irakiennes sont généralement sans lendemain.

Bagdad a durci le ton en exigeant le retrait des forces armées turques de l’ensemble du territoire irakien –même si dans les faits le statu quo devrait l’emporter.

L’Irak a en outre annoncé " le rappel du chargé d’affaires irakien à Ankara pour consultations, et l’arrêt des procédures d’envoi d’un nouvel ambassadeur en Turquie ", selon un communiqué officiel.

La veille, réfutant toute responsabilité au sujet des tirs d’artillerie, Ankara estimait que " ces types d’attaques " étaient perpétrées par " des organisations terroristes ", appelant l’Irak à ne pas " faire des déclarations sous l’influence de la propagande terroriste ".

Avec AFP

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