Trois hommes d’affaires et un ancien astronaute ont décollé vendredi à bord d’une fusée de SpaceX pour la première mission entièrement privée vers la Station spatiale internationale, où ils resteront un peu plus d’une semaine.

 

 

Des novices se sont déjà rendus dans la station spatiale (ISS), notamment dans les années 2000. L’année dernière, la Russie y a envoyé une équipe de tournage de film, puis un milliardaire japonais. Mais ceux-ci volaient à bord des fusées Soyouz, accompagnés de cosmonautes.

Cette fois, c’est la société Axiom Space qui a organisé le voyage, en achetant à SpaceX le moyen de transport, et en rétribuant la Nasa pour l’utilisation de sa station.

" Nous élargissons à l’espace les frontières terrestres du commerce ", s’est félicité Bill Nelson, le patron de l’agence spatiale américaine, qui a assisté au décollage. " Dire que nous sommes heureux est un euphémisme ", a déclaré lors d’une conférence de presse le PDG d’Axiom Space, Michael Suffredini, soulignant qu’il s’agissait de l’aboutissement de six années de travail avec la Nasa et SpaceX.

Le commandant de la mission, nommée Ax-1, est l’Américano-Espagnol Michael Lopez-Alegria, un ancien astronaute de la Nasa désormais employé d’Axiom. Il s’est déjà rendu dans l’ISS.

Les trois autres membres d’équipage ont payé plusieurs dizaines de millions de dollars chacun pour l’expérience. Le rôle de pilote est occupé par l’Américain Larry Connor, à la tête d’une société immobilière. Egalement à bord: le Canadien Mark Pathy, patron d’une société d’investissement et l’ex-pilote Eytan Stibbe, co-fondateur d’un fonds d’investissement.

Une expérience scientifique 

Les quatre hommes ont un programme bien rempli, avec quelque 25 expériences, sur le vieillissement, la santé cardiaque, ou encore les cellules souches.

" Les expériences que j’emporte là-haut, qui proviennent d’universités canadiennes et d’institutions de recherche, n’auraient probablement pas eu l’opportunité d’être testées dans l’espace " sans cette mission, a fait valoir Mark Pathy.

Pour cette raison entre autres, les membres d’Ax-1 refusent d’être qualifiés de touristes spatiaux. " Je pense qu’il est important de différencier les touristes spatiaux des astronautes privés ", a estimé Larry Connor. Les premiers " passent 10 à 15 heures à s’entraîner, cinq à 10 minutes dans l’espace. (…) Nous avons passé entre 750 et plus de 1.000 heures à nous entraîner. "

Lui et Michael Lopez-Alegria ont été formés au système de la capsule de SpaceX, Dragon. Et tous ont appris comment réagir en cas de situation d’urgence dans la station. Mais aussi à réaliser des tâches de la vie quotidienne, comme se laver en apesanteur. Leur formation est toutefois moins poussée que celle d’astronautes professionnels, qui doivent pouvoir effectuer des sorties spatiales, ou encore réparer les équipements.

Les membres d’Ax-1 " vont utiliser les toilettes, mais s’ils cassent, notre équipage les réparera ", est allée jusqu’à préciser jeudi une responsable de la Nasa, Dana Weigel.

Une future privatisation de l’activité spatiale 

La capsule Dragon doit s’amarrer à l’ISS samedi vers 07H45 (11H45 GMT). A son arrivée, l’équipage recevra une visite guidée de la station. Il s’agit seulement de la sixième fois que SpaceX fait voler des humains (la cinquième vers l’ISS). Le premier vol a eu lieu il y a moins de deux ans.

Axiom Space a conclu un accord pour un total de quatre missions avec SpaceX, et la Nasa a déjà formellement approuvé le principe d’une deuxième, Ax-2. Pour Axiom Space, il s’agit d’une première étape vers un but ambitieux: la construction de sa propre station spatiale.

Le premier module de cette station privée doit être lancé en septembre 2024. La structure sera d’abord rattachée à l’ISS, avant de prendre son autonomie lorsque cette dernière sera mise à la retraite, a priori autour de 2030.

Ce mouvement de privatisation de l’orbite basse est fortement encouragé par la Nasa, qui souhaite générer des revenus grâce à ces missions privées, et à terme, ne plus devoir gérer l’exploitation d’une station, mais plutôt louer les services de structures privées, afin de se concentrer sur l’exploration lointaine.

Avec AFP