L’avènement de la Ve République en France a permis la constitution d’un régime présidentiel extrêmement fort, avec un parlement parfois réduit à enregistrer et valider les projets de loi du gouvernement. Un constat particulièrement vérifié pendant le premier mandat d’Emmanuel Macron. L’idée de Charles de Gaulle était de mettre fin aux affres de la IVᵉ République qui a vu passer 28 gouvernements en 11 ans d’existence! Mais, avec la nouvelle donne depuis le 19 juin, il sera nécessaire pour le chef d’Etat français de composer avec l’opposition, avec tout ce que cela implique comme difficulté à gouverner.

La France, régime présidentiel fort par excellence, connaît une période de flottement après les résultats des législatives dimanche 19 juin, Emmanuel Macron se retrouvant à la merci de l’opposition faute d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale.

La dernière Constitution française, approuvée par référendum en 1958, avait pourtant largement réduit le pouvoir des députés. Aux antipodes de la IVe République (1945-1958), marquée par une valse des gouvernements, la suivante se devait d’être stable, forte.

Tel le fondateur de la Ve République Charles De Gaulle, Emmanuel Macron a régné en maître durant son premier quinquennat. Sa large majorité à l’Assemblée lui a permis de faire voter les textes qu’il souhaitait. Seule la rue et, parfois, le Sénat lui ont résisté.

La France a besoin d’un président " jupitérien ", fort d’une " capacité à éclairer, une capacité à savoir ", avait-il affirmé en 2016, alors qu’il n’était pas encore candidat à la présidentielle qu’il remportera l’année suivante.

Emmanuel Macron
L’absence de majorité absolue devrait remettre les débats parlementaires au cœur de la vie politique française (AFP)

Et cet ancien ministre de l’Économie du président socialiste François Hollande (2012-2017) de fustiger les cinq ans au pouvoir de son ex-mentor, qui s’était voulu proche du peuple lors de son passage à l’Élysée. " Je ne crois pas au président normal. Les Français n’attendent pas cela ", avait-il renchéri, évoquant l’un des slogans de la campagne de François Hollande, " la présidence normale ".

Jupiter, c’est fini

Six ans plus tard, " Jupiter, c’est fini ", a tranché lundi 20 juin le politologue Pascal Perrineau au quotidien Le Parisien. Deux mois seulement après la réélection d’Emmanuel Macron, il a manqué à ses troupes 45 sièges pour obtenir la majorité absolue à l’Assemblée.

Ce qui signifie qu’elles vont devoir multiplier les tractations et composer avec l’opposition quand elles voudront faire avancer leur programme, qui s’en retrouvera sans nul doute fortement rogné.

La situation d’Emmanuel Macron n’est toutefois pas totalement exceptionnelle en France. Avant lui, deux présidents ont dû faire face à un parlement dominé par l’opposition, lors de périodes dites de " cohabitation ".

Jacques Chirac, Premier ministre de droite du président socialiste François Mitterrand (1986-1988), a ainsi, une fois à la tête de l’État, composé à son tour avec un Premier ministre socialiste, Lionel Jospin (1997-2002).

France Politique
Le parti Les Républicains sera probablement celui vers qui se tournera la majorité en cas de besoin (AFP)

La droite traditionnelle comme faiseuse de roi

Mais la modification du calendrier électoral en 2000, pour que les législatives succèdent immédiatement à la présidentielle, dans l’idée que les électeurs accorderaient une majorité de travail au nouveau chef de l’État, a depuis empêché toute nouvelle cohabitation.

Une stabilité remise en cause par l’explosion récente du clivage droite-gauche, encore en vigueur sous " l’hyper-président " Nicolas Sarkozy ou François Hollande. Il y a désormais trois blocs principaux au lieu de deux à l’Assemblée nationale : une alliance de gauche, les centristes de Macron et l’extrême droite.

Un quatrième groupe de députés, issu du parti de droite traditionnel, sera probablement crucial. Considéré comme l’allié le plus probable de M. Macron, il aspire pour l’instant à rester dans l’opposition.

Car la culture politique française est différente de celle des pays où les coalitions sont monnaie courante, comme l’Allemagne, estime le sondeur Jean-Daniel Levy.

En France, souligne-t-il, " on a une culture de la conflictualité, plutôt que de trouver un accord pour le bien commun. Et il serait assez surprenant que cela change dans cette nouvelle législature ".

L’historien Jean Garrigues ne voit ni le ténor de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, ni la patronne de l’extrême droite Marine Le Pen capables de compromis, car leurs formations " n’ont pas de culture de gouvernement ou de négociation ".

Emmanuel Macron
Avec presque 90 députés, le Rassemblement National a désormais de quoi faire entendre ses idées d’extrême-droite (AFP)

Un renouvellement qui pourrait réintéresser les Français

L’espoir demeure toutefois selon lui, paradoxalement du fait de la très forte abstention aux législatives – moins d’un électeur sur deux est allé voter -, car nombre de Français considèrent l’Assemblée nationale comme une chambre d’enregistrement automatique des volontés présidentielles.

" Le seul aspect positif pourrait être un renouvellement de la vie parlementaire qui pourrait servir à re-légitimer le parlement aux yeux de l’électorat ", commente M. Garrigues, interrogé par l’AFP.

Malgré ses déboires parlementaires, le chef de l’État de 44 ans conserve en outre des pouvoirs étendus et exclusifs en matière de politique étrangère et de défense.

" Toute notre histoire est une sorte de balancement entre le principe d’autorité et l’idée d’un contre-pouvoir nécessaire ", estime l’historien. " Depuis la Révolution, ça a toujours été le cas. C’est une sorte de schizophrénie française ".

Avec AFP

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