“Glamour” ou “sexiste” ? L’édition 2022 du concours Miss France, faisant défiler des jeunes femmes au physique de rêve, y compris en maillot de bain, se tient samedi soir à Caen, dans l’ouest du pays, au grand dam des féministes.

Plébiscitée l’an dernier par plus de dix millions de téléspectateurs, l’élection Miss France, réservée aux femmes célibataires d’une taille minimum de 1,70 mètre, est plus que jamais dans l’œil du cyclone, cible notamment de l’association “Osez le féminisme!”.
Pour “Osez le féminisme”, “ce concours sexiste qui renvoie les femmes à leur seul aspect physique est un anachronisme, en promouvant l’archétype de la jeune fille bonne à marier”.
Et dans son “rapport annuel sur l’état des lieux du sexisme en France”, en 2019, le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE) l’avait lui-même qualifié de “caricature archaïque”, dénonçant notamment l’exigence faite aux candidates d’être célibataires et sans enfant.
Mais l’événement annuel et ses paillettes reste aussi populaire. “J’aime bien le concours de Miss France (…) C’est un concours amusant, glamour”, déclarait ainsi vendredi la ministre de la Culture Roselyne Bachelot sur BFMTV. “On a besoin d’un peu de légèreté” et ces jeunes femmes “sont loin d’être des potiches”, a-t-elle affirmé.

“Miss France fait partie de nos traditions”, a aussi estimé fin octobre la ministre de l’Égalité femmes-hommes, Élisabeth Moreno, en s’interrogeant, cependant, sur ses règles “complètement has been” : “Pourquoi une Miss France ne pourrait pas faire d’ironie, ne pourrait pas être maman ou poser seins nus pour lutter contre le cancer?”.

Après avoir rencontré les miss à Caen, Elisabeth Moreno a de nouveau déploré vendredi auprès de l’AFP des “règles dépassées (…) qui peuvent être discriminantes”. Mais elle se dit aussi désormais “quasiment certaine” que ces règles allaient “évoluer”, après avoir reçu Alexia Laroche-Joubert, la présidente de la société Miss France, filiale d’Endemol, une société de production télévisuelle.

“Bénéfices engrangés”

Mme Laroche-Joubert a notamment annoncé, lors de la présentation du concours 2022, que les candidates seraient pour la première fois rémunérées pour la finale, mais pas pour les répétitions. Une réponse à “Osez le féminisme” qui a ouvert un front judiciaire, estimant que les participantes doivent bénéficier d’un contrat de travail.
“Il y a des critères à faire évoluer pour s’adapter à l’époque (…). Je pense que sûrement le statut de célibataire est obsolète”, a aussi admis Mme Laroche-Joubert.
La participation de personnes transgenres est “envisageable” et a “fait partie des discussions” avec Mme Laroche-Joubert, a en outre assuré Mme Moreno samedi à la radio Europe 1.
Localement, le concours fâche pour d’autres raisons, financières celles-là. Le principal groupe d’opposition municipale à Caen (écologistes, communistes et divers gauche) s’est indigné que le maire du parti Les républicains (conservateurs) ne communique pas son coût pour la ville.
Selon le conseiller municipal écologiste Rudy L’Orphelin, le concours, déjà organisé à Caen, avait “coûté 200.000 euros” en 2010 à la ville.
“Au regard des bénéfices engrangés par la société organisatrice, il y a lieu de s’interroger” sur un “soutien financier public” à cette manifestation, a estimé ce groupe d’opposition dans un communiqué.
Et les élus de se “féliciter des actions en justice engagées” par “Osez le féminisme”. Le conseil de prud’hommes de Bobigny (région parisienne) – qui juge les conflits du travail – doit se pencher le 21 juin sur la procédure lancée par l’association.

Le nom de la nouvelle Miss France devrait être lui connu dans la nuit de samedi à dimanche, à minuit et demi au plus tôt, après un show qui débutera à 21H05 au Zénith de Caen. Durant cette soirée sur le thème des comédies musicales, 29 miss régionales de 18 à 24 ans se disputeront le titre.
Les finalistes seront départagées à 50/50 par les téléspectateurs de la chaîne privée TF1 et le jury au sein duquel figurent notamment la chanteuse Amel Bent et François Alu, premier danseur de l’Opéra de Paris. En cas d’égalité, le public aura le dernier mot.

Par Chloé COUPEAU
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