L'Europe doit impérativement sortir de sa torpeur et dépenser "beaucoup plus" pour sa défense, a averti jeudi le chef de l'Otan Mark Rutte, jugeant qu'elle n'était pas préparée face à la menace d'une guerre contre la Russie.
"Il est temps de passer à un état d'esprit de temps de guerre", a déclaré le secrétaire général de l'Alliance dans son premier grand discours depuis sa prise de fonction en octobre.
Dans une allocution au ton grave, M. Rutte en a appelé au soutien de l'opinion publique et au sens du sacrifice pour "empêcher la prochaine Grande Guerre sur le territoire de l'Otan".
Cet appel solennel du patron de l'Alliance atlantique intervient au moment où les forces ukrainiennes reculent sur le champ de bataille face à l'armée russe, plus nombreuse et mieux équipée. Cette guerre en Ukraine fait "chaque semaine plus de 10 000 morts et blessés des deux côtés", a-t-il aussi rappelé.
"Le danger se rapproche de nous à grande vitesse", a encore averti le secrétaire général de l'Otan, en évoquant la menace russe sur le continent européen.
"Ce qui se passe en Ukraine peut aussi se produire ici", a insisté l'ancien Premier ministre néerlandais et, même si, a-t-il ajouté, il n'y a aucune menace militaire imminente contre l'Otan, cela n'empêche pas la Russie de se préparer à "une confrontation à long terme avec l'Ukraine, et avec nous", les 32 pays de l'Otan.
"L'économie russe est sur le pied de guerre", pendant qu'en Europe, les États rechignent à dépenser davantage pour augmenter leurs capacités de défense, a-t-il encore déploré.
Et au-delà de la Russie, la Chine, mais aussi l'Iran et la Corée du Nord sont "à la tâche pour affaiblir l'Amérique du Nord et l'Europe", a souligné M. Rutte.
"Industrie trop petite, trop fragmentée"
Dans un monde où "la situation en termes de sécurité est la pire de toute mon existence", "nous ne sommes pas là où nous devrions être", a jugé le patron de l'Alliance atlantique.
L'industrie de défense en Europe est "trop petite, trop lente et trop fragmentée", a-t-il expliqué, appelant les États, les industriels, mais aussi les opinions publiques à un sursaut.
Les pays de l'Otan dépensent "beaucoup moins" pour leur défense qu'ils ne le faisaient pendant la Guerre froide, quand ils y consacraient plus de 3% de leur produit intérieur brut (PIB).
En 2023, les Alliés ont décidé de porter à 2% de leur PIB le niveau de leurs dépenses militaires. Mais seuls 23 d'entre eux ont atteint ce seuil.
Certains pays de l'Otan évoquent la nécessité de porter ce seuil à 3%, mais ils restent divisés et aucune décision n'a encore été prise.
"J'ai décidé aujourd'hui de ne pas évoquer de nouveau chiffre, nous avons besoin de davantage de temps pour consulter les Alliés sur ce que le nouveau seuil pourrait être", a indiqué M. Rutte lors du débat qui a suivi son discours.
Il devra être "considérablement au-dessus de 2%. Et si nous dépensons plus sans dépenser mieux, il faudra aller au moins jusqu'à 4%", a-t-il souligné, ajoutant que, pour éviter un tel montant, il faudrait "innover" et "acheter en commun".
Chaque point supplémentaire de PIB représente, pour les pays de l'UE, dont 23 sont aussi membres de l'Otan, quelque 200 milliards supplémentaires, a indiqué le nouveau commissaire européen à la Défense Andrius Kubilius.
Cet effort a un coût qui implique des sacrifices, a encore expliqué le secrétaire général de l'Otan. "Je sais que dépenser plus pour la défense signifie dépenser moins pour d'autres priorités, mais c'est seulement un peu moins", a-t-il assuré, suggérant d'utiliser "une petite fraction" des dépenses sociales pour y parvenir.
"Pour protéger notre liberté, (…) vos hommes politiques doivent vous écouter", a-t-il martelé, en s'adressant directement au grand public. "Dites-leur que vous acceptez de faire des sacrifices aujourd'hui afin que nous restions en sécurité demain", a-t-il réclamé.
"Si nous ne dépensons pas davantage ensemble maintenant pour empêcher la guerre, nous paierons un prix beaucoup, beaucoup, beaucoup plus élevé plus tard en la faisant", a conclu M. Rutte.
Avec AFP
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