
Pour la première fois en près de dix ans, les États-Unis ont annoncé mercredi un mort lié à la rougeole au Texas, en proie à une épidémie de cette maladie très contagieuse dont l'importance a été minimisée par le nouveau ministre de la Santé.
Ce premier décès est survenu chez un enfant, ont annoncé mercredi matin les autorités sanitaires du Texas, précisant seulement qu'il était "en âge d'être scolarisé" et n'était "pas vacciné".
Il est mort "dans les dernières 24 heures", a fait savoir la municipalité de Lubbock, dans le nord-ouest de l'État, où il était hospitalisé.
Ce décès survient alors que plus de 130 cas ont été recensés depuis le début de l'année au Texas et dans l'État voisin du Nouveau-Mexique, et une poignée d'autres ailleurs dans le pays.
Alors que la rougeole avait été déclarée éradiquée aux États-Unis en 2000 grâce à la vaccination, les contaminations sont reparties à la hausse ces dernières années, à la faveur de la baisse des taux de vaccination enregistrée depuis la pandémie de Covid-19.
Au Texas, deuxième État le plus peuplé du pays, près de vingt personnes ont été récemment hospitalisées, et "toutes étaient non vaccinées", a précisé Lara Johnson, médecin-chef de l'hôpital pour enfants de Lubbock, lors d'une conférence de presse mercredi après-midi.
Interrogé plus tôt sur le sujet, le nouveau ministre américain de la Santé Robert Kennedy Jr, décrié pour ses positions antivaccins, avait déclaré que "deux personnes" étaient mortes. Contactés par l'AFP, les ministères de la Santé du Texas et du Nouveau-Mexique ont toutefois dit ne pas être au fait d'un deuxième décès.
"Question de temps"
Ce dernier a par ailleurs minimisé la gravité de la situation, assurant qu'elle n'était "pas inhabituelle". "Nous avons des épidémies de rougeole chaque année", a-t-il déclaré, disant toutefois "suivre l'évolution de la situation".
Si la reprise des cas de rougeole ne date pas de cette année, leur augmentation reste très préoccupante, insistent les soignants.
"C'est un virus mortel", a rappelé Lara Johnson, évoquant les complications respiratoires et neurologiques qu'il peut causer. Et de confier: "quand j'ai obtenu mon diplôme de médecin en 2002, j'étais persuadé que je ne verrais jamais d'épidémie de rougeole, à moins que je ne choisisse de travailler à l'étranger".
Pour Amesh Adalja, spécialiste en maladies infectieuses à l'université de Johns Hopkins, "ce n'était qu'une question de temps" avant que les États-Unis n'enregistrent à nouveau des morts de la rougeole.
Avant la mise au point d'un vaccin au début des années 1960, la maladie tuait des centaines d'enfants chaque année dans le pays, et continue de faire des dizaines de milliers de morts à travers le monde.
Aux États-Unis, le dernier décès lié à la rougeole remontait à 2015, lorsqu'une femme de l'État de Washington était décédée d'une pneumonie causée par le virus. Elle était vaccinée mais était sous traitement immunosuppresseur.
Dérogations
Malgré ce risque, de plus en plus d'Américains décident de ne pas faire vacciner leurs enfants contre cette maladie, sur fond de défiance croissante à l'égard des autorités sanitaires et des laboratoires pharmaceutiques.
La proportion d'enfants en maternelle vaccinés contre la rougeole - pourtant obligatoire - est ainsi passée de 95% en 2019 à moins de 93% en 2023 aux États-Unis, avec de fortes variations régionales.
Dans une grande partie des États-Unis, les parents peuvent invoquer une raison autre qu'une contre-indication médicale pour éviter à leurs enfants une vaccination obligatoire.
"Au Texas, vous pouvez simplement dire que vous n'êtes pas d'accord", expliquait récemment à l'AFP Terri Burke de l'association Immunization Partnership, qui promeut la vaccination.
Dans ce contexte, nombre de professionnels de santé s'inquiètent de l'influence que pourrait avoir Robert Kennedy Jr, qui a relayé par le passé de fausses informations au sujet de la vaccination. Le nouveau ministre a notamment évoqué un lien entre le vaccin ROR (rougeole, oreillons et rubéole) et l'autisme, une théorie issue d'une étude truquée et maintes fois démentie.
La plupart des cas de rougeole recensés cette année au Texas l'ont été dans un comté à la large population mennonite, communauté religieuse ultraconservatrice, ce qui n'est pas sans rappeler l'épidémie de 2019 survenue dans des communautés juives orthodoxes de New York et du New Jersey, avec plus de 1.100 cas.
Par Moisés AVILA avec Charlotte CAUSIT, AFP
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