
Depuis octobre, des adolescents en phobie scolaire suivent leurs cours dans une salle du Mucem, à Marseille. Ce dispositif pilote lie enseignement et soins psychologiques dans un cadre culturel exceptionnel.
Tableau, rétroprojecteur, dictionnaire... Tout dans la pièce évoque l'école, mais ils ont vue sur la Méditerranée et la résille de béton du Mucem, l'emblématique musée de Marseille, dans le sud de la France. Depuis octobre, une dizaine de jeunes en situation de "refus scolaire anxieux" y sont scolarisés.
"Depuis petit, j'ai beaucoup de mal avec l'école: les apprentissages et le côté relationnel. Mais pourtant, je suis quelqu'un de passionné, qui aime apprendre", confie Samuel (prénom modifié).
"Jamais je ne montre quand j'en ai marre, donc j'ai toujours essayé de continuer, jusqu'à ce que ça n'aille plus", poursuit le garçon de 14 ans, en survêtement et chaussures noires. Mais depuis qu'il est ici, "tout va beaucoup mieux".
Le "micro-collège" où il est élève est installé dans une petite pièce qui servait, il y a quelques mois encore, aux expositions de ce musée national devenu un emblème de la deuxième ville de France, accueillant chaque année quelque 1,3 million de visiteurs.
L'objectif est de scolariser des jeunes dans "un endroit qui ne soit pas l'école" et qui soit "magnifique", "avec l'idée que le beau soigne", explique devant des journalistes Marcel Rufo, pédopsychiatre et président du comité médical de la clinique des Trois Cyprès, près de Marseille.
En petit groupe, les ados peuvent profiter des ressources du Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (Mucem), avec visites d'expositions, activités avec les jardiniers ou de courts stages pour découvrir les différents métiers représentés sur le site situé à l'entrée du Vieux-Port.
Par exemple, pourquoi faire du français face à un tableau quand on peut trouver des objets inspirants dans une exposition pour travailler l'expression écrite ? Samuel a choisi une corne de bois gravée et il décrit avec force l'"arrachement" de cette corne à l'animal, un "acte barbare et violent" qui a transformé cette partie du bouc en "simple gourde sans passé".
"On n'est pas du tout submergé de devoirs, c'est vraiment très posé, on va à notre rythme", explique Rachelle (prénom modifié), une autre élève. Tout est fait pour "qu'on ne se sente pas trop stressé", afin d'éviter "qu'on arrive au point où on ne peut plus rien faire parce que c'est trop difficile", ajoute l'adolescente.
Ce sont les médecins qui, parmi leurs jeunes patients hospitalisés, adressent les élèves. Ceux "qui nous paraissent les plus capables de faire un pas en avant", explique le professeur Rufo : "Ils ne peuvent pas aller au collège ou au lycée, mais ils peuvent peut-être venir au Mucem."
Le "refus scolaire anxieux", plus communément appelé phobie scolaire, touche des jeunes frappés d'anxiété, de dépression ou victimes de harcèlement. Un adolescent "va très souvent à l'infirmerie scolaire pour des maux de ventre, des maux de tête, des vertiges", détaille Marcel Rufo, "jusqu'à un moment où finalement, il ne peut plus franchir le portail de l'école".
Selon une étude publiée en 2024 par l'agence Santé publique France, 14 % des collégiens présentent un risque important de dépression.
Ici, ils sont encadrés de 10 h à 15 h par une professeure de lettres, qui travaille beaucoup des compétences transversales comme "la capacité à argumenter" ou encore à "parler en public".
"Ce qui est différent avec le collège classique, c'est le nombre de personnes en classe. C'est beaucoup plus simple quand on est un petit groupe", se réjouit Alix (prénom modifié), aux longs cheveux bruns, victime de harcèlement dans de précédents établissements.
Dans ce projet, l'enseignante collabore avec une infirmière et une assistante d'éducation. Objectif : faire reprendre dès que possible le chemin d'une structure scolaire plus classique, même si pour chaque élève, c'est du "cousu main".
Des documents de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) soulignent que "le rapport à la culture, le rapport au beau, le rapport à la création" peuvent "souvent être un soutien aux soins", insiste Pierre-Olivier Costa, le président du Mucem, heureux de cette "première" dans un musée national.
Avec AFP
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