
Le ministre israélien de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, s'est rendu mercredi matin sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est, secteur occupé et annexé par Israël, a indiqué son porte-parole à l'AFP.
C'est la première visite de M. Ben Gvir depuis son retour, le 19 mars, dans le gouvernement de Benjamin Netanyahu qu'il avait quitté le 19 janvier pour protester contre la trêve conclue avec le mouvement islamiste palestinien Hamas.
Depuis la formation du gouvernement de M. Netanyahu fin 2022, M. Ben Gvir s'est rendu au moins à huit reprises sur ce site disputé de la Vieille Ville de Jérusalem, provoquant à chaque fois un tollé international.
Troisième lieu saint de l'islam, l'esplanade des Mosquées est bâtie sur les ruines du second temple juif, détruit en l'an 70 par les Romains. Pour les juifs, c'est le mont du Temple, lieu le plus sacré du judaïsme.
Le rabbinat interdit à ce titre aux fidèles de se rendre sur l'Esplanade de peur de profaner les lieux, mais M. Ben Gvir aime à venir y affirmer ce qu'il présente comme la souveraineté d'Israël sur l'endroit, au cœur même du conflit israélo-palestinien et objet de tensions récurrentes.
Interrogé sur les raisons de cette visite et le choix de la date, un porte-parole de M. Ben Gvir a déclaré : "Il y est allé car le lieu a ouvert [pour les non-musulmans, NDLR] après 13 jours" où l'accès était réservé aux musulmans pour la fin du ramadan et la fête du Fitr (qui marque la fin de ce mois du jeûne).
Le Hamas, contre lequel Israël est en guerre à Gaza depuis bientôt 18 mois, a dénoncé une "dangereuse escalade" et qualifié la visite de "provocation", dans un communiqué.
En vertu d'un statu quo décrété après la conquête de Jérusalem-Est par Israël en 1967, les non-musulmans peuvent se rendre sur l'esplanade à des heures précises, sans y prier, mais cette règle est de plus en plus souvent bafouée par un nombre croissant de juifs nationalistes.
"Profanation"
Cette règle a même été enfreinte publiquement par M. Ben Gvir de façon spectaculaire en août 2024 alors même qu'il est le ministre chargé de la faire respecter.
En vertu du statu quo, l'esplanade des Moquées est administrée par la Jordanie et son accès est contrôlé par les forces de sécurité israéliennes.
Le ministère jordanien des Affaires étrangères a condamné dans un communiqué "la prise d'assaut de la mosquée Al-Aqsa par le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, aujourd'hui, sous la protection de la police d'occupation", dénonçant une "escalade dangereuse", une "provocation inacceptable" et une "violation du caractère sacré de la mosquée Al-Aqsa et de son statu quo historique".
L'ONU condamne régulièrement toute tentative de changer le statu quo et d'imposer des changements unilatéralement sur le terrain à Jérusalem-Est.
Moshé Gafni, député israélien de la formation ultra-orthodoxe Judaïsme unifié de la Torah, membre de la majorité gouvernementale, a fustigé la visite de M. Ben Gvir estimant qu'elle constituait une "profanation du lieu le plus sacré pour le peuple juif".
"Cela ne prouve pas votre souveraineté [sur cet endroit], au contraire, cela constitue une profanation du lieu saint et provoque un conflit inutile dans le monde musulman et au-delà", a-t-il écrit sur X, en s'adressant à M. Ben Gvir.
AFP
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