
L'envoyée spéciale adjointe du président américain pour le Moyen-Orient, Morgan Ortagus, est attendue demain, vendredi, à Beyrouth, dans une nouvelle tentative de mettre fin au conflit entre le Liban et Israël et relancer les négociations sur les différends frontaliers.
Jusqu'à hier, le gouvernement libanais n'avait pas été informé de la visite de Mme Ortagus au Liban. Toutefois, des informations indiquent qu'elle aurait visité discrètement Tel Aviv, loin des feux de la rampe, sans inclure Beyrouth dans ses priorités.
Un message clair et direct serait attendu de l'émissaire américaine, dans la lignée de sa précédente visite au Liban. Les discussions entre Mme Ortagus et les responsables libanais devraient porter sur plusieurs enjeux stratégiques, notamment le désarmement du Hezbollah, le déploiement complet de l’armée libanaise dans le sud et la reprise des négociations avec Israël – y compris une éventuelle normalisation –, ainsi que les réformes requises.
Selon certains médias locaux, un autre sujet pourrait également figurer à l’ordre du jour: l’éventuelle extension du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) jusqu’à la frontière libano-syrienne, à la lumière des récents affrontements entre groupes armés chiites et forces syriennes.
Cette visite s’inscrit dans un contexte régional tendu, marqué par la politique de “pression maximale” de l’administration Trump, qui vise à mettre un terme aux conflits armés, y compris par la force. Cependant, l’approche américaine au Liban se heurte à des divisions au sein de la classe politique libanaise.
Les armes du Hezb, point de friction
Selon des informations exclusives du quotidien Nidaa el-Watan, Mme Ortagus demanderait au président de la République, Joseph Aoun, de mettre en place un calendrier pour le désarmement du Hezbollah, conformément à l’accord de cessez-le-feu signé entre le Liban et Israël le 27 novembre dernier. Elle interrogerait également les responsables libanais sur l’avancement du déploiement de l’armée libanaise dans le sud et la consécration de l’autorité de l’État, tout en abordant les progrès réalisés et les lacunes à combler.
Il convient de souligner qu’Israël, soutenu dans sa position par Washington, conditionne la fin de ses attaques contre le Liban à la remise des armes de la formation pro-iranienne. Bien que le président Aoun plaide pour l’exclusivité du port des armes par l'État, il propose un dialogue interne en vue d’un désarmement progressif du Hezbollah. Cette démarche est soutenue par la France, mais rejetée par les États-Unis, qui estiment que les frappes israéliennes comme relèvent de la légitime défense.
Pour sa part, le Hezbollah reste fermement opposé au désarmement, insistant sur son rôle de “résistance” contre Israël et rejetant toute discussion sur la remise de ses armes tant que des territoires libanais sont occupés et que la résolution 1701 de l’ONU n’est pas entièrement appliquée.
Négociation sur les frontières
Mme Ortagus pourrait insister sur la formation de comités de travail pour résoudre les questions frontalières avec Israël, notamment la démarcation des frontières. Washington soutient également la normalisation des relations entre les deux pays, un point qui divise profondément les responsables libanais. Le Liban reste inflexible, limitant les négociations à des discussions strictement sécuritaires et techniques, sans aborder la question des armes du Hezbollah pour l'instant.
Le président Aoun et le chef du Parlement, Nabih Berry, conditionnent toute avancée à un retrait israélien des territoires occupés. Lors de sa rencontre avec le président français, Emmanuel Macron, à Paris, M. Aoun a insisté sur la nécessité de traiter les questions frontalières, en particulier les 13 points litigieux. “La libération des prisonniers libanais et le retrait israélien des cinq positions contestées sont des conditions nécessaires pour envisager des négociations sur les points litigieux”, avait affirmé le président libanais. Toutefois, il n’a pas exclu de manière définitive l’option de normalisation avec l’État hébreu, soulignant que “le Liban s’aligne sur la position arabe” concernant cette question.
Signaux inquiétants
Selon les sources du média Al-Anbaa, Beyrouth aurait reçu ces dernières heures des signaux inquiétants selon lesquels Israël poursuivrait sa politique d’assassinats ciblés et d’attaques contre les dépôts d’armes du Hezbollah, où qu’ils se trouvent.
Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a affirmé jeudi que son pays “souhaitait la stabilité au Liban, mais ne permettrait pas à la formation pro-iranienne de se réarmer”. On rappelle que les forces israéliennes avaient ciblé deux fois la banlieue sud de Beyrouth depuis l'entrée en vigueur du fragile cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël. “Nous souhaitons normaliser nos relations avec le Liban”, a déclaré Saar, estimant que cela “pourrait être prématuré pour le Liban”, tout en mentionnant “le début des négociations sur certains différends frontaliers.”
Extension de la mission de la Finul?
Une proposition surprise pourrait marquer un tournant dans la gestion de la situation sécuritaire au Liban: l’extension de la mission de la Finul au-delà de la frontière sud, pour couvrir également la frontière libano-syrienne. Bien que cette question soit sensible et incertaine à l’heure actuelle, elle est juridiquement possible. En vertu de l’article 12 de la résolution 1701, le Premier ministre libanais peut demander aux forces internationales de se déployer où il le souhaite. Le déplacement des forces internationales vers la frontière syrienne permettrait d'annuler l'argument des partisans du maintien des armes du Hezbollah sous prétexte de la menace syrienne.
Situation régionale
Le succès de ces efforts dépendra de la situation sur le terrain et des dynamiques régionales, où le bras de fer entre Téhéran et Washington se poursuit. Israël et les États-Unis intensifient la pression sur plusieurs fronts: à Gaza pour libérer les otages et éradiquer le Hamas, au Liban en vue de désarmer le Hezbollah et au Yémen afin de neutraliser les Houthis et sécuriser le commerce en mer Rouge. Trump œuvre pour un accord avec l'Iran et veut surtout empêcher les mollahs de se doter de l’arme atomique. Dans ce contexte, Washington a multiplié les menaces de frappes contre les installations nucléaires iraniennes, ce qui pourrait exacerber les tensions – l’Iran promettant de répliquer fermement à toute attaque – et raviver la guerre au Liban.
Un rapport du journal américain The Washington Post publié jeudi indique qu'il est probable que les États-Unis et Israël mènent une frappe militaire contre l'Iran au cours du premier semestre de cette année, soit dans moins de trois mois. Bien que cette option soit envisageable, elle ne semble ni souhaitable ni facilement réalisable pour un Trump qui se veut faiseur de paix.
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