
Minimalisme, formules épurées, esthétique sobre: le «quiet luxury», déjà triomphant dans la mode, conquiert désormais l’univers de la beauté. Finis le bling et l’ostentation: une nouvelle élégance s’impose, misant sur la qualité discrète et l’efficacité raffinée.
Après avoir révolutionné les podiums et les dressings, le «quiet luxury» s’immisce avec subtilité dans nos salles de bains et nos routines beauté. Si l’on a vu depuis deux saisons la mode plébisciter les tissus nobles, les coupes impeccables et les palettes neutres au détriment des logos ostentatoires et des couleurs criardes, la beauté suit désormais le même chemin. Les paillettes et les effets tape-à-l’œil laissent place à une sophistication silencieuse, qui fait l’éloge du soin, du naturel et de la discrétion.
Mais qu’est-ce que le «quiet luxury» dans la beauté? Il s’agit de cette nouvelle vague qui privilégie la qualité sur la quantité, le geste juste sur l’accumulation de produits, le rituel intime sur la performance affichée. Les packagings se font plus épurés: finis les flacons surchargés de motifs, place au verre dépoli, au métal brossé, aux lignes minimalistes. Les formules sont courtes, sans additifs superflus, promouvant des ingrédients reconnus pour leur efficacité et leur innocuité. Le luxe se vit dans le détail, la sensation, la science, plus que dans la démonstration.
C’est un retournement majeur pour une industrie qui, longtemps, a célébré l’extravagance: le mascara effet faux-cils, le rouge à lèvres satiné, les highlighters irisés, la surenchère de pigments et de textures. Aujourd’hui, les consommatrices – et consommateurs! – en quête de sophistication cherchent autre chose: un luxe plus intérieur, moins bruyant, à l’image d’une peau saine et lumineuse, d’un maquillage à peine perceptible, d’un parfum confidentiel, d’une crème à la texture sensorielle irréprochable.
Moins, mais mieux: l’essor d’une beauté invisible mais désirée
La montée du «quiet luxury» dans la beauté trouve ses racines dans plusieurs tendances sociétales profondes. D’abord, l’essor du skinimalisme, ce courant qui invite à simplifier sa routine pour se recentrer sur l’essentiel: nettoyer, hydrater et protéger. Les marques pionnières du secteur misent désormais sur des gammes resserrées, des formules «clean» et transparentes, misant sur la performance et la sécurité plutôt que sur la promesse marketing tapageuse.
Ensuite, le culte de l’intimité et de l’expérience sensorielle: appliquer sa crème dans un pot lourd, sobrement griffé d’un nom discret, relève du geste précieux. Le plaisir de la texture, du parfum subtil, de la composition irréprochable prime sur l’ostentation. «Nous vendons une expérience avant de vendre un résultat», résume la directrice artistique d’une marque française, qui vient de repenser tout son univers visuel pour l’aligner sur cette nouvelle exigence.
Ce mouvement est aussi le reflet d’une prise de conscience écologique et éthique. Les packagings recyclables, les contenants rechargeables, la réduction du plastique sont devenus des arguments de vente, et le «quiet luxury» s’inscrit parfaitement dans ce minimalisme éco-conscient. La clientèle, plus informée, veut consommer moins, mais mieux : investir dans une crème vraiment efficace, quitte à y mettre le prix, plutôt qu’accumuler des soins gadgets.
Cette esthétique de la discrétion séduit les grandes maisons, qui s’emparent du concept pour réinventer leur image. Chez Hermès, Chanel ou Sisley, le nouveau luxe ne crie plus, il susurre. Les publicités mettent en avant des visages au naturel, des peaux nues, des gestes simples. Même les influenceuses qui font la tendance sur les réseaux sociaux prennent le contrepied du maquillage maximaliste, préférant exhiber une trousse restreinte, bien pensée, avec trois produits stars, plutôt qu’un arsenal cosmétique digne d’un studio de télévision.
C’est aussi une réponse à la saturation visuelle et émotionnelle du digital. Dans un monde où tout s’affiche, se commente et s’exhibe, la rareté et la discrétion deviennent des formes de distinction sociale: le vrai luxe, c’est ce que l’on ne montre qu’à soi-même. Porter un parfum signature que seuls les proches devinent, afficher un teint parfait, mais sans maquillage apparent, choisir une crème dont seul le toucher révèle la qualité: telle est la sophistication de notre époque.
Le «quiet luxury» s’affirme aussi dans la gestuelle et l’attitude: la beauté devient affaire d’assurance tranquille, de confiance en soi sans tapage. Prendre soin de sa peau, s’offrir un produit rare, maîtriser l’art du détail plutôt que de la démonstration: une philosophie bien ancrée dans le luxe contemporain.
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