«Épiphanie»: pour dire les révélations sacrées et profanes
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«Épiphanie» désigne à l’origine la manifestation du divin aux hommes. Fête majeure du christianisme célébrée le 6 janvier, elle se décline différemment en Orient et en Occident et s’accompagne de traditions populaires profondément enracinées. Mais le terme a aussi franchi les frontières du sacré pour entrer dans l’usage profane. Décryptage d’un mot à la croisée du religieux et du patrimoine culturel.

Du sacré au langage commun

Le mot «Épiphanie» vient du grec ancien epipháneia, qui signifie «apparition, manifestation». Transmis au français au XIIe siècle par le latin chrétien Epiphania, il désigne d’abord, dans le vocabulaire religieux, la manifestation visible du divin aux humains. Dans le christianisme, cette manifestation s’incarne dans la révélation de Jésus-Christ au monde.

Très tôt cependant, le terme dépasse le strict champ théologique. En français littéraire et philosophique, «épiphanie» prend un sens figuré: celui d’une révélation intérieure, soudaine et lumineuse, une prise de conscience qui fait apparaître une vérité jusque-là cachée.

Par exemple, on peut parler d’épiphanie artistique, amoureuse ou intellectuelle. Ces emplois prolongent l’idée originelle d’un surgissement du sens. Le mot conserve ainsi, même dans l’usage profane, sa charge symbolique: quelque chose se donne à voir, éclaire, transforme.


 

Le 6 janvier: une fête, plusieurs lectures

Sur le plan religieux, l’Épiphanie est célébrée le 6 janvier, mais sa signification varie selon les traditions chrétiennes. Née en Orient, la fête est d’abord liée à la Théophanie, c’est-à-dire à la manifestation de la divinité du Christ lors de son baptême par Saint-Jean Baptiste dans le fleuve du Jourdain. Lumière, eau et révélation y occupent une place centrale: le Christ y est reconnu comme Fils de Dieu au moment où commence sa mission publique.

En Occident, la fête évolue différemment. À partir du Vᵉ siècle, avec la fixation de Noël au 25 décembre, l’Épiphanie devient surtout la commémoration de l’adoration des Rois mages – Melchior, Gaspard et Balthazar –, venus d’Orient reconnaître en l’enfant Jésus le Messie. Elle symbolise ainsi l’universalité du message chrétien: le salut n’est pas réservé à un seul peuple, il se manifeste au monde entier.

Dans l’Église catholique latine, lorsque le 6 janvier n’est pas férié, la célébration est souvent reportée au dimanche le plus proche afin de permettre au plus grand nombre de fidèles d’y participer.

Traditions d’hier et gestes d’aujourd’hui

Les traditions populaires traduisent ces différences théologiques. En Occident, l’Épiphanie est indissociable de la galette des rois et de la fève cachée, héritage lointain des Saturnales romaines (fêtes en l’honneur du dieu Saturne). Le partage du gâteau, l’élection symbolique d’un roi ou d’une reine d’un jour et la convivialité familiale ont peu à peu éclipsé la dimension strictement religieuse, sans toutefois en effacer le sens symbolique: celui du retour de la lumière après l’obscurité de l’hiver.

En Orient chrétien – notamment au Liban, en Syrie, en Palestine ou en Jordanie – l’Épiphanie est vécue comme un temps d’attente et de bénédiction. La nuit du 6 janvier est traditionnellement associée à la visite du Christ sur terre. Les maisons restent ouvertes, portes et fenêtres grandes ouvertes, tandis que des lumières sont allumées pour l’accueillir.

Des gestes symboliques accompagnent cette veillée: on prépare un levain destiné à l’année à venir, on confectionne et partage des pâtisseries rituelles comme la zlébié ou le maacroun, et l’on place parfois une bouteille d’eau à l’extérieur pour qu’elle soit bénie, ou on rapporte de l’eau bénite de l’église. Les prêtres parcourent également les foyers pour les asperger d’eau bénite.

Ces pratiques inscrivent la fête dans un cycle de vie, de prospérité et de renouveau, étroitement lié à la nature. Le salut traditionnel Deyim Deyim, issu de l’arabe da’im (permanent), exprime cette conviction d’une présence divine continue.

L’Épiphanie demeure ainsi une fête profondément ancrée dans le quotidien et la mémoire collective.

Le saviez-vous?

Au Québec, L’Épiphanie est le nom d’une ville située sur les rives de la rivière L’Assomption. Fondée au XIXᵉ siècle, elle doit son nom à la paroisse catholique locale, elle-même placée sous le patronage de l’Épiphanie. Aujourd’hui, cette municipalité conjugue héritage religieux, cadre naturel et qualité de vie.

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