Le Venezuela détient le plus grand volume de réserves prouvées de pétrole au monde. Pourtant, sa production et ses exportations n’ont cessé de reculer au cours des trois dernières décennies, sous l’effet combiné des sanctions internationales, du sous-investissement chronique et des tensions géopolitiques. Alors que les États-Unis durcissent leur politique à l’égard de Caracas, les marchés pétroliers mondiaux scrutent l’évolution de la situation avec prudence.
Un géant pétrolier affaibli par les sanctions
À la mi-décembre 2025, le président américain Donald Trump a annoncé un embargo total sur l’ensemble des pétroliers soumis aux sanctions, qu’ils se rendent au Venezuela ou en repartent. Cette décision s’inscrit dans une stratégie de longue date de Washington, qui considère le gouvernement de Nicolás Maduro comme illégitime, l’accusant de dérives autoritaires et d’implication dans le narcotrafic.
Donald Trump a par ailleurs revendiqué l’intérêt stratégique des États-Unis pour les immenses ressources naturelles du Venezuela, estimant que Washington avait « perdu ses droits dans le secteur de l’énergie » et qu’il convenait de les récupérer. Historiquement, les compagnies américaines dominaient l’industrie pétrolière vénézuélienne jusqu’à la nationalisation du secteur dans les années 1970, puis son renforcement sous Hugo Chávez et Nicolás Maduro. En 2014, un tribunal arbitral international a d’ailleurs condamné le Venezuela à verser 1,6 milliard de dollars à ExxonMobil, jugeant insuffisantes les indemnisations proposées.
Des réserves colossales, une production en chute libre
Avec des réserves estimées à 303,8 milliards de barils, le Venezuela surpasse largement les États-Unis (38,2 milliards), l’Arabie saoudite (267 milliards) et l’Iran (208 milliards), selon l’Oil and Gas Journal. Il détient à lui seul près de 17,9 % des réserves mondiales prouvées, devant l’Arabie saoudite et le Canada.
Pourtant, la production pétrolière vénézuélienne a connu un effondrement spectaculaire. Elle est passée de plus de 3 millions de barils par jour dans les années 1990 à environ 1,339 million en 2024, puis à moins d’un million de barils par jour fin 2025, selon l’OPEP. Aujourd’hui, le pays produit autour de 900 000 barils par jour, un niveau dérisoire comparé à son pic historique de 3,5 millions.
Cette chute s’explique par les sanctions américaines, le manque d’investissements de la compagnie nationale Petróleos de Venezuela (PDVSA), la vétusté des infrastructures et le coût élevé de l’extraction d’un pétrole majoritairement lourd.
« Flotte fantôme » et détours asiatiques
Face au durcissement des sanctions, les États-Unis ont récemment intensifié leurs actions contre les exportations vénézuéliennes. Environ 70 % des cargaisons, notamment celles destinées à l’Asie, auraient été ciblées. Pour contourner ces restrictions, Caracas s’appuie sur une « flotte fantôme » composée de pétroliers anciens, enregistrés sous pavillons étrangers, pratiquant des transferts de navire à navire et désactivant les systèmes de géolocalisation.
Cependant, la hausse des risques sécuritaires en mer des Caraïbes a contraint plusieurs navires à rebrousser chemin, renforçant les perturbations logistiques.
La Chine, acteur clé du pétrole vénézuélien
Dans ce contexte, la Chine s’impose comme le principal acheteur du pétrole vénézuélien. Selon les données de Kpler, elle importait plus de 400 000 barils par jour fin 2025. Le Venezuela exporte également environ 135 000 barils par jour de fioul, dont l’essentiel est destiné au marché chinois.
L’Inde et l’Espagne bénéficient quant à elles de dérogations limitées, leur permettant d’importer respectivement 30 000 et 16 000 barils par jour. Une partie importante du pétrole vénézuélien reste toutefois stockée sur des pétroliers flottants, dans l’attente d’un dénouement politique.
Un pilier central de l’économie vénézuélienne
Le pétrole demeure vital pour l’économie du pays. Il représente environ 90 % des recettes d’exportation et près de 50 % des revenus publics, selon la Banque mondiale. Depuis les années 1940, le slogan « semer le pétrole » (Sembrando el petróleo) incarne l’ambition de transformer la rente pétrolière en moteur de développement économique.
Si le Venezuela a également développé d’autres secteurs – comme l’extraction de fer, de nickel, de charbon, de bauxite ou l’hydroélectricité –, la dépendance au pétrole reste écrasante. Les crises économiques, la volatilité des prix mondiaux, l’hyperinflation, la mauvaise gouvernance et la corruption ont largement freiné la diversification de l’économie.
Quel impact sur les prix mondiaux du pétrole ?
Malgré les tensions, l’effet des sanctions américaines sur les prix du pétrole est resté limité. Les marchés sont freinés par la crainte d’un excédent d’offre mondial et par l’incertitude entourant la stratégie de l’alliance OPEP+. En 2025, les prix du pétrole ont chuté de près de 20 %, leur plus forte baisse annuelle depuis 2020, malgré les risques géopolitiques.
Le Brent évolue actuellement dans une fourchette comprise entre 60 et 65 dollars le baril, dans un climat de prudence. Selon Goldwyn Global Strategies, le retrait d’un million de barils par jour – soit l’ensemble de la production vénézuélienne – pourrait faire grimper les prix d’environ 10 dollars par baril. À l’inverse, une levée des sanctions permettrait au Venezuela d’augmenter progressivement ses exportations jusqu’à 3 millions de barils par jour, exerçant alors une pression baissière sur les prix.
Entre incertitude politique et stabilité fragile
Si les tensions géopolitiques rendent le marché pétrolier particulièrement sensible, plusieurs sources assurent que les opérations de PDVSA, tant en production qu’en raffinage, se poursuivent normalement et que les installations clés n’ont pas été endommagées.
Le Venezuela demeure ainsi un acteur paradoxal : une superpuissance pétrolière sur le papier, mais un producteur affaibli dans les faits. Son avenir énergétique et son influence sur les marchés mondiaux dépendront largement de l’évolution de la situation politique et du régime de sanctions dans les mois à venir.



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