L’économie libanaise entame l’année 2026 sous la pression des échéances constitutionnelles et politiques, alors qu’une reprise de la croissance économique commence à se dessiner. Portée par une forte activité touristique, enregistrée fin 2025 — et auparavant durant la saison estivale —, ainsi que par le dynamisme du secteur privé, la croissance est attendue autour de 5 %, selon les premières estimations.
«Malgré les incertitudes et l’instabilité sécuritaire, économique et politique, la saison touristique de fin d’année a été globalement très bonne au Liban. Plusieurs hôtels cinq étoiles ont rouvert, comme le Gray, tandis que d’autres, à l’image du Four Seasons, ont véritablement entamé leurs travaux de rénovation. Tous ont affiché des taux d’occupation très élevés, y compris les chambres d’hôtes de Beyrouth et du Liban-Nord», explique Nagi Morkos, consultant et cogérant de Hodema Consulting Services, spécialisée dans le secteur de l’hôtellerie, à Ici Beyrouth.
Loyers des restaurants en hausse
«Les restaurants ont également très bien travaillé dans toutes les zones de Beyrouth, ainsi que dans les régions avoisinant la capitale, comme Antélias, Dbayeh ou Rabieh. Dans la capitale, de nombreux établissements ont affiché complet. Les locaux commerciaux sont pris d’assaut et il est devenu très rare de trouver un bon emplacement. Les loyers s’envolent, et il n’est pas rare que les prix au mètre carré atteignent 1 000 dollars par an», relève-t-il.
Cependant, Nagi Morkos souligne que « l’avenir du secteur demeure incertain, et nombreux sont ceux qui évoquent un risque de surcapacité, notamment dans la restauration et les chambres d’hôtes, surtout si l’embargo n’est pas levé, si les touristes ne reviennent pas et si la situation politique, économique et sécuritaire ne s’améliore pas ».
Pour rappel, le président du syndicat des restaurants et pâtisseries au Liban, Toni Rami, avait indiqué à notre média que 402 nouvelles enseignes de restauration avaient été enregistrées en 2025 auprès du ministère de l’Économie. Une croissance fulgurante qui, malgré son apparente dynamique, demeure préoccupante dans un pays à la population et aux flux touristiques limités. Dans ce contexte, il avait souligné que la majorité de ces projets était lancée par des non-professionnels, sans expérience ni étude de faisabilité. Résultat : un taux de réussite qui peine à dépasser les 20 %.
Hôtels: des taux d’occupation élevés
Pour Pierre Achkar, président du syndicat des propriétaires d’hôtels au Liban, l’activité était au vert pendant la période des fêtes de fin d’année. Il a estimé le taux d’occupation des hôtels situés à Beyrouth à environ 80 %, tandis que ceux situés en dehors de la capitale ont enregistré un taux avoisinant 60 %.
«Il s’agit d’une amélioration significative par rapport à la saison des fêtes de fin d’année 2024», souligne-t-il.
Un mois de décembre dopé par le retour des expatriés
Pour Roger, fondateur d’un spa et d’un salon de coiffure, le mois de décembre 2025 a été exceptionnel. Son chiffre d’affaires a bondi de près de 40 % en glissement annuel, porté par le retour massif des expatriés libanais venus passer les fêtes de Noël en famille.
«Ils sont tous venus, ils étaient tous là», résume-t-il. Une affluence toutefois de courte durée, nombre d’entre eux ayant quitté le pays entre le 27 et le 29 décembre pour célébrer le Nouvel An à l’étranger.
Même constat du côté de Joseph, vendeur de jouets en ligne, qui fait état d’une hausse de 35 % de ses ventes en décembre par rapport à la même période de l’année précédente. En temps normal, rappellent les professionnels, le dernier trimestre concentre près d’un quart du chiffre d’affaires annuel des commerçants, confirmant le caractère stratégique de cette période.
Les expatriés, principal moteur
Selon Nicolas Chammas, président de l’Association des commerçants de Beyrouth, l’activité commerciale a progressé d’environ 25 % sur l’ensemble du secteur. Il se montre prudemment optimiste, misant sur une poursuite de la dynamique en 2025, notamment si l’interdiction de voyage au Liban pour les ressortissants saoudiens venait à être levée.
Pour l’heure, les expatriés libanais demeurent le principal moteur de la consommation, particulièrement dans les centres commerciaux et les boutiques, où ils perpétuent leurs habitudes de shopping durant les vacances.




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