Alep paralysée après des affrontements entre forces gouvernementales et kurdes
Des agents de sécurité du ministère syrien de l'Intérieur se tiennent devant le palais de justice avant le premier procès de plus d'une douzaine de suspects liés aux massacres qui ont fait des centaines de morts dans le fief côtier alaouite de Syrie au début de l'année, à Alep, le 18 novembre 2025. ©Bakr Alkasem / AFP

La ville d’Alep connaît un regain de violences avec la reprise des affrontements entre l’armée syrienne et les Forces démocratiques syriennes (FDS), entraînant morts et blessés, principalement parmi les civils. Face à cette situation, les autorités ont pris des mesures exceptionnelles : suspension du trafic aérien et fermeture des établissements scolaires et administratifs, à l’exception des hôpitaux.

Les combats ont été particulièrement intenses dans les quartiers d’Achrafieh et d’Al-Sheikh Maqsoud, au nord de la ville. Selon l’AFP, au moins neuf personnes ont été tuées, en majorité des civils. L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté. L’agence a aussi rapporté la mort d’un enfant dans le quartier d’Al-Midan, touché par un obus tiré par les FDS.

Mercredi après-midi, l’armée syrienne a annoncé que les quartiers kurdes de Cheikh Maqsoud et d’Achrafieh seraient considérés comme une « zone militaire » à partir de 15h00 locales. Elle a précisé que deux « couloirs humanitaires » avaient été mis en place pour permettre l’évacuation des civils avant ce délai, alors que des accrochages sporadiques se poursuivaient dans la ville.

Parallèlement, l’armée syrienne a annoncé avoir riposté en neutralisant plusieurs points de tir et dépôts d’armes des FDS, après trois jours consécutifs d’escalade. Ces incidents interviennent alors que Mazloum Abdi, chef des FDS, avait rencontré dimanche dernier les autorités à Damas pour discuter de l’intégration de ses combattants dans l’armée nationale, conformément à un accord signé en mars dernier.

Ce plan, qui prévoyait également l’intégration des institutions civiles et militaires kurdes dans l’administration nationale d’ici la fin de l’année, peine à se concrétiser en raison de divergences persistantes entre les parties et sous la pression des acteurs régionaux.

Dans ce contexte, le ministre turc de la Défense, Yildirim Guler, a appelé toutes les factions kurdes armées, y compris les FDS en Syrie, à déposer leurs armes et à « cesser toute activité terroriste ».

Les affrontements de mardi sont les plus violents entre les deux parties, qui ont échoué jusqu'à présent à appliquer un accord signé en mars et prévoyant l'intégration des institutions de l'administration autonome kurde au sein du nouvel État syrien.

« C'était une ville fantôme cette nuit, aucune activité, les magasins fermés, les rues plongées dans le noir en raison des coupures de courant », a raconté à l'AFP Abdel Karim Baqi, un homme de 50 ans qui a fui avec sa femme le quartier kurde d'Achrafieh pour se réfugier chez des proches.

Le représentant de l'autorité autonome kurde à Damas, Abdel Karim Omar, a déclaré à l'AFP que « des efforts sont en cours pour calmer la situation, car l'escalade n'est dans l'intérêt de personne ».

Face aux violences, les autorités avaient décidé mardi soir de suspendre pour 24 heures tous les vols de l'aéroport de la deuxième ville de Syrie et de fermer mercredi les écoles, universités et services gouvernementaux.

Les affrontements de mardi « nous ont rappelé la guerre. Nous n'avons nulle part où fuir », a déclaré à l'AFP Joud Serjian, une mère de famille de 53 ans habitant le quartier syriaque d'Alep.

Au cours de la guerre civile en Syrie (2011-2024), Alep avait connu des combats entre les rebelles et les forces du président Bachar el-Assad avant qu'il ne reprenne le contrôle de la cité en 2016.

Les affrontements ont éclaté mardi alors que les discussions patinent pour la mise en œuvre de l'accord signé en mars, qui était censé intégrer avant fin 2025 les Forces démocratiques syriennes (FDS, à majorité kurde) au sein de l'État syrien.

AFP

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