Syrie: les États-Unis se rallient à Damas au détriment des Kurdes
Des membres féminins des Forces de sécurité intérieure kurdes, connues sous le nom d'«Asayish», et des habitants se rassemblent lors d'une manifestation contre les attaques des forces gouvernementales syriennes et en soutien aux combattants kurdes à Qamishli, la principale ville kurde du nord-est du pays, le 18 janvier 2026. ©DELIL SOULEIMAN/AFP

Les récents développements militaires en Syrie, marqués par l’offensive des nouvelles autorités syriennes contre les zones contrôlées par les Forces démocratiques syriennes (FDS) – dominées par les Kurdes – ont mis en lumière un changement significatif de la politique américaine dans le pays, jusqu’ici alliée des forces kurdes.

Selon une enquête de l’agence Reuters publiée le 22 janvier 2026, la reprise rapide par Damas des territoires tenus par les FDS dans le nord-est syrien s’est préparée lors d’une série de rencontres secrètes à Damas, à Paris et en Irak au début du mois. Les États-Unis n’y auraient pas fait obstacle, ont confié à Reuters neuf sources informées des discussions.

Washington ne s’oppose pas à l’offensive

Ces sources indiquent que, malgré le soutien de Washington aux FDS depuis 2015, notamment pour combattre l’organisation État islamique (EI), les responsables américains ont signalé qu’ils ne bloqueraient pas l’opération lancée par Damas. Celle-ci a profondément modifié l’équilibre des forces en Syrie. Ce changement de position témoigne de deux victoires majeures pour le président syrien Ahmad el-Chareh: réunifier l’ensemble du territoire syrien sous une autorité unique et s’imposer comme le partenaire syrien privilégié des États-Unis.

Le changement de posture se reflète notamment dans les déclarations de l’envoyé spécial américain en Syrie, Tom Barrack, qui a estimé que «la mission initiale» des FDS était désormais terminée, présentant l’intégration des forces kurdes au sein du gouvernement central comme «la meilleure opportunité» pour eux de se voir garantir «des droits et une sécurité durables au sein d’un État-nation syrien reconnu». Il a également affirmé que le nouveau pouvoir syrien était désormais capable de contrôler les centres de détention de l'EI établis par les Kurdes.

Le président américain Donald Trump a, lui aussi, assuré mardi soutenir Chareh, affirmant qu’on ne peut mettre «un enfant de chœur là pour accomplir le boulot». Une déclaration qui fait suite à un entretien entre les deux chefs d’État sur la question de «la nécessité de garantir les droits et la protection du peuple kurde dans le cadre de l'État syrien».

Si les Kurdes ont constitué dans le passé un allié de poids pour les Américains en Syrie face à la montée de l’EI et face à un État syrien proche de l’Iran et de la Russie, leur existence est devenue moins intéressante avec la prise de pouvoir du groupe islamiste Hay’at Tahrir al-Cham et la fin de l’EI. Alors que Chareh s’impose désormais comme un allié de poids pour les Américains et bénéficie aussi du soutien des Turcs et des Saoudiens, eux-mêmes alliés des États-Unis, la situation des forces kurdes demeure problématique pour Washington. Les Kurdes espèrent conserver une autonomie dans le nord-est syrien, mais cette perspective suscite de vives inquiétudes à Ankara, qui voit d’un très mauvais œil l’émergence d’une forme de proto-État kurde à ses frontières.

Entre soutien tactique à Chareh et garanties aux Kurdes

Si les autorités américaines ne s’opposent pas à l’offensive de Chareh, elles ont cependant fixé des conditions, notamment la protection des civils kurdes et la garantie de droits pour les Kurdes au sein de l’État syrien.

Selon Reuters, Tom Barrack aurait rencontré le 17 janvier le commandant des FDS, Mazloum Abdi, et lui aurait déclaré que les intérêts américains s’alignaient désormais sur Chareh, et non sur les FDS. Un responsable militaire américain et deux responsables kurdes auraient toutefois indiqué à Reuters que les États-Unis avaient assuré aux FDS qu’ils interviendraient si l’offensive menaçait les civils kurdes ou déstabilisait les centres de détention accueillant des prisonniers de l’EI.

Durant l’offensive, l’armée américaine a appelé les troupes syriennes à la retenue, tirant même des fusées éclairantes d’avertissement au-dessus de zones sensibles, notamment autour de prisonniers liés à l’EI. Toutefois, ces gestes ont été perçus comme symboliques et insuffisants par les responsables kurdes, certains dénonçant un abandon de la part de leur ancien allié.

Alors que les forces gouvernementales ont avancé au-delà des zones initialement envisagées, le gouvernement américain a exprimé son irritation, selon Reuters, et certains parlementaires américains ont envisagé de réimposer des sanctions contre la Syrie si les combats se poursuivaient.

Mais Chareh a annoncé mardi un nouveau cessez-le-feu, affirmant que ses troupes n’iraient pas plus loin si les FDS présentaient un plan d’intégration d’ici la fin de la semaine. Ceci a rassuré Washington, selon trois sources américaines à Reuters.

Négociations et cessez-le-feu

Dans un contexte de pression militaire, Damas et les FDS ont conclu, le 20 janvier, un nouveau cessez-le-feu et donné aux forces kurdes quatre jours pour accepter un plan d’intégration dans l’État syrien, un processus encouragé par Washington. L’offre comprend des garanties de citoyenneté, notamment des droits culturels et politiques pour les Kurdes.

Cette évolution symbolise un revirement stratégique américain, qui semble privilégier désormais un partenariat avec le gouvernement central de Damas plutôt que de maintenir un rôle indépendant pour les FDS, remettant en cause une décennie d’alliances façonnées autour de la lutte contre l’EI.

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