L’armée libanaise est désormais au cœur du dispositif de désarmement du Hezbollah, avec un plan opérationnel structuré et progressif déjà soumis au gouvernement et toujours en cours. C’est ce que, du moins, a affirmé le ministre des Affaires étrangères, Youssef Raggi, en soulignant que l’institution militaire est «entièrement et pleinement chargée du dossier», malgré des contraintes sévères en effectifs et en ressources.
Un plan en quatre phases géographiques
Dans un entretien accordé au Washington Institute for Near East Policy, le ministre a rappelé que ce plan, élaboré par l’institution militaire, repose sur quatre phases géographiques distinctes.
La première concerne la zone située au sud du fleuve Litani, où l’armée concentre actuellement ses efforts.
La deuxième s’étendra entre le Litani et le fleuve Awali, la troisième couvrira Beyrouth et sa banlieue, tandis que la dernière englobera le reste du territoire libanais.
Chaque région représente, selon M. Raggi, une étape autonome du processus, conçu pour avancer de manière graduelle et éviter une déstabilisation généralisée.
Initialement, la phase sud devait s’achever d’ici fin 2025, souligne le ministre. «Si le calendrier n’a pas été strictement respecté, l’engagement de l’État reste, lui, intact», ajoute-t-il. Et de poursuivre que certains Libanais estiment que l’armée avance trop lentement et y voient un manque de volonté politique. «Il faut savoir qu’en réalité, l’institution militaire mène une mission d’une extrême complexité, avec des moyens limités», a-t-il expliqué.
Le désarmement simultané du Hezbollah au nord et au sud du Litani étant jugé irréaliste, l’armée privilégie, d’après Raggi, une approche séquencée: des opérations intensives au sud, accompagnées, dans l’intervalle, d’une stratégie de confinement des armes au nord du Litani.
Cette dernière démarche, a insisté Youssef Raggi, ne constitue ni une alternative ni un renoncement au désarmement. Elle est temporaire, indique-t-il, et prendra fin avec le lancement de la deuxième phase, qui ouvrira la voie à un démantèlement progressif de l’arsenal du Hezbollah, région par région, jusqu’à sa neutralisation complète.
Interrogé sur la position du Hezbollah, le ministre a dénoncé une attitude qu’il juge contradictoire. Selon lui, la direction de la formation a accepté de retirer ses armes du sud du Litani, tout en refusant d’appliquer les résolutions du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU) et les dispositions de l’accord de cessez-le-feu de 2024, qui prévoient un désarmement sur l’ensemble du territoire. «Les textes sont explicites: soit le Hezbollah ment, soit il ne sait pas lire», a-t-il lancé.
Menaces et pressions
Joe Raggi a, dans ce contexte, mis en garde contre les menaces proférées par la milice chiite et ses alliés régionaux. «Le Hezbollah agite aujourd’hui le spectre d’une guerre civile si l’armée intervient au nord du Litani, tandis que des responsables iraniens tiennent un discours similaire. Il s’agit d’un chantage destiné à gagner du temps, nécessaire à la reconstitution de ses capacités militaires et à la préservation de son emprise sur le Liban», a-t-il affirmé.
«Restaurer l’État, pas provoquer une guerre»
À ses yeux, l’argument du chaos interne ne tient pas. «Lorsqu’un gouvernement démocratiquement élu s’attaque au désarmement d’une organisation armée illégale, il applique la Constitution et les accords de Taëf. Il ne déclenche pas une guerre civile, contrairement à ce que prétend le Hezbollah», a-t-il déclaré, assurant que l’armée libanaise est en mesure d’affronter militairement le groupe si cela s’avérait nécessaire.
Sur le plan régional, le ministre a tenu à rappeler que le Liban demeure, juridiquement, en état de guerre avec Israël. Toute discussion sur une normalisation ou une coopération est donc, selon lui, prématurée. «La normalisation vient après la paix, pas avant», a-t-il insisté, qualifiant cette question de largement taboue au Liban.
Il a en revanche salué la désignation d’un diplomate civil pour représenter le Liban au sein du mécanisme de surveillance du cessez-le-feu. Cette représentation, a-t-il précisé, n’élargira pas le cadre des discussions, qui resteront strictement techniques et limitées au cessez-le-feu.
En conclusion, Youssef Raggi a réaffirmé que le Liban aspire officiellement à la paix avec tous ses voisins, y compris Israël, mais uniquement dans le cadre de l’Initiative de paix arabe adoptée au sommet de Beyrouth en 2002, laquelle repose sur la solution à deux États.



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