Que reproche la justice américaine à Nicolas Maduro ?
Donald Trump au premier plan, suivi, au second plan de Nicolas Maduro et d'un agent de la DEA ©Ici Beyrouth

Le président vénézuélien déchu Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores, emmenés de force aux États-Unis lors d’une opération militaire américaine, doivent y répondre d’accusations de «narcoterrorisme» et d’importation de «tonnes de cocaïne».

Que leur reprochent précisément les autorités américaines?

Quel est le rôle de Nicolas Maduro dans ce trafic?

Nicolas Maduro apparaît depuis 2020 dans cette procédure devant un tribunal fédéral de New York, aux côtés d’autres personnalités vénézuéliennes et colombiennes.

Il était initialement présenté comme l’un des dirigeants du «Cartel des Soleils», décrit par Washington comme un réseau de narcotrafic orchestré par de hauts responsables vénézuéliens.

Dans l’acte d’accusation révisé publié le 3 janvier, qui comporte toujours quatre chefs d’accusation, dont deux pour détention d’armes automatiques, ce cartel est désormais qualifié de «système» de protection des narcotrafiquants par les «élites» vénézuéliennes.

L’administration Trump a néanmoins adopté en juillet une série de sanctions financières contre le «Cartel des Soleils» et l’a déclaré en novembre entité «terroriste», en raison de ses liens avec des organisations criminelles mexicaines et vénézuéliennes.

Selon les autorités américaines, Nicolas Maduro a personnellement été impliqué dans ce trafic pendant plus de vingt-cinq ans.

Il est accusé d’avoir, en tant que ministre des Affaires étrangères à partir de 2006, «vendu des passeports diplomatiques vénézuéliens à des individus dont il savait qu’ils étaient des trafiquants de drogue afin de les aider à transférer leurs bénéfices du Mexique au Venezuela sous couverture diplomatique», notamment en s’assurant que leurs avions ne soient pas inspectés.

En 2013, peu après la saisie en France de 1,4 tonne de cocaïne pure acheminée sur un vol Air France Caracas-Paris, dissimulée dans une trentaine de valises, Nicolas Maduro, qui venait de succéder à Hugo Chavez à la présidence, aurait convoqué une réunion avec plusieurs de ses complices présumés, selon l’acte d’accusation.

Il leur aurait reproché d’avoir fait transiter la drogue par l’aéroport international de Caracas, d’où était déjà partie en 2006 une cargaison de 5,5 tonnes interceptée au Mexique, et leur aurait recommandé d’utiliser à l’avenir «d’autres routes et sites bien établis pour acheminer la cocaïne», selon le texte.

En quoi consiste le «narcoterrorisme»?

Cette accusation repose sur la complicité présumée entre de hauts responsables vénézuéliens, dont Nicolas Maduro et le ministre de l’Intérieur Diosdado Cabello, également inculpé, et des mouvements de guérilla colombiens considérés de longue date par Washington comme «terroristes», notamment des dissidences des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

S’y ajoutent désormais des organisations criminelles mexicaines et vénézuéliennes, classées «terroristes» par l’administration Trump depuis février 2025.

Quel est le rôle de Cilia Flores, son épouse?

Son nom n’apparaissait pas jusqu’à présent dans la procédure. Elle est accusée d’avoir reçu des centaines de milliers de dollars en 2007 en échange de son intervention pour organiser une rencontre entre un trafiquant de drogue et le directeur de l’agence antidrogue vénézuélienne, Nestor Reverol Torres.

Nicolas Maduro dispose-t-il d’une immunité en tant que chef d’État? Peut-il invoquer l’«illégalité» de sa capture?

Dès sa première comparution devant la justice américaine lundi, Nicolas Maduro s’est présenté comme «président de la République du Venezuela», affirmant avoir été kidnappé depuis le 3 janvier.

Mais depuis 2019, les États-Unis ne reconnaissent plus Nicolas Maduro comme le président légitime du Venezuela, jugeant frauduleuse sa réélection lors du scrutin de 2018.

«En résumé, pour les faits postérieurs à 2019, Maduro n’aura probablement aucune immunité officielle», a estimé le chercheur Scott Anderson lors d’une discussion en ligne sur le site spécialisé Lawfare, citant le précédent de l’homme fort du Panama, le général Manuel Noriega, dans les années 1990.

À l’époque, la justice américaine s’était alignée sur la position diplomatique de Washington, qui ne reconnaissait pas la légitimité du général Noriega.

Concernant les conditions de sa capture, les tribunaux américains s’abstiennent, selon une jurisprudence ancienne, de vérifier la légalité de l’arrestation d’étrangers hors du territoire des États-Unis.
Selim SAHEB ETTABA / AFP

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