Washington a confirmé l’arraisonnement de deux navires soupçonnés de contourner les sanctions visant Caracas. Une opération maritime qui illustre le durcissement de la stratégie américaine autour du pétrole vénézuélien et des réseaux clandestins qui l’exportent.
La pression américaine sur l’industrie pétrolière vénézuélienne franchit un nouveau seuil. Les États-Unis ont annoncé mercredi la saisie de deux pétroliers soupçonnés de participer à des circuits «opaques» d’exportation d’hydrocarbures liés à Caracas. Les opérations ont été menées en haute mer, dans un contexte de durcissement assumé de l’embargo américain contre le Venezuela.
Mercredi, des images ont montré l’intervention de forces américaines à bord de navires battant pavillon russe. Une opération rare par son ampleur et sa portée politique. Washington assume désormais une stratégie active de contrôle maritime visant les flux de pétrole en provenance de pays sous sanctions.
Un tanker intercepté dans les Caraïbes
Le premier navire concerné est le M-Sophia, arraisonné dans les eaux de la mer des Caraïbes. Des images publiées par le département américain de la Sécurité intérieure montrent des garde-côtes américains prenant le contrôle du bâtiment alors qu’il naviguait en eaux internationales.
Selon les autorités américaines, le pétrolier menait des activités jugées illégales dans la région. Il a été escorté vers les États-Unis afin d’y être immobilisé. D’après des données issues de plateformes spécialisées dans le suivi maritime, le M-Sophia transportait près de deux millions de barils de pétrole. L’origine exacte de la cargaison n’a toutefois pas été confirmée à ce stade.
Washington affirme que cette saisie s’inscrit dans une politique visant à empêcher l’exportation non autorisée de pétrole vénézuélien. Le département d’État évoque un dispositif destiné à «faire respecter les sanctions existantes et limiter les revenus pétroliers de Caracas».
Une coopération évoquée avec le Venezuela
Fait notable, les autorités américaines affirment que cette opération ne se fait pas en totale rupture avec Caracas. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré que le Venezuela était en discussion avec Washington au sujet du pétrole saisi. Selon lui, les autorités vénézuéliennes auraient compris que toute reprise durable des exportations pétrolières passait par une forme de coopération avec les États-Unis. Washington estime que la vente de pétrole hors des circuits autorisés expose Caracas à des risques économiques majeurs, voire à un effondrement financier.
Un second navire suivi jusqu’à l’Atlantique Nord
Le deuxième pétrolier concerné se trouvait mercredi dans la zone économique exclusive de l’Islande. Connu sous le nom de Bella-1, il avait récemment été rebaptisé Marinera et naviguait sous pavillon russe. Le navire était suivi par les autorités américaines depuis plusieurs jours.
La chaîne russe Russia Today a diffusé des images filmées depuis l’intérieur du tanker, montrant l’approche de navires américains. Selon Washington, le Marinera faisait l’objet d’un blocus depuis l’annonce, le 16 décembre 2025, d’un renforcement des sanctions contre les pétroliers liés au Venezuela.
Escorté par des bâtiments militaires russes, le tanker avait déjà été ciblé par une tentative d’arraisonnement début décembre. Selon des sites spécialisés, il se dirigeait vers le Venezuela sans transporter de cargaison.
Des liens plus marqués avec l’Iran
Si Washington présente les deux navires comme liés aux circuits pétroliers vénézuéliens, le cas du Marinera apparaît plus nuancé. Les données satellitaires montrent que le tanker a laissé des traces de navigation dans les Caraïbes, sans preuve formelle d’un chargement ou d’un déchargement dans la région.
En revanche, son passage par l’île iranienne de Kharg (ou Khark), un terminal pétrolier stratégique, est clairement établi. Le navire est sous sanctions américaines depuis juin 2024. Le Trésor américain l’accuse de jouer un rôle dans le transport de marchandises sanctionnées et d’être lié à des réseaux proches du Hezbollah et des forces Al-Qods, l’unité d’élite des Gardiens de la Révolution iraniens. Des accusations rejetées par Moscou, qui nie toute implication dans des activités illégales.
Les flottes fantômes dans le viseur
Les deux pétroliers appartiennent à ce que les experts désignent comme des «flottes fantômes». Il s’agit de réseaux de navires opérant en marge des règles internationales afin de contourner les sanctions économiques. Selon le site spécialisé Tanker Trackers, plus de 1.500 navires seraient impliqués dans ces circuits à travers le monde. Environ 200 battraient pavillon russe, près de 100, pavillon iranien, et de nombreux autres étant enregistrés dans des pays tiers comme le Panama ou le Cameroun. Une partie de ces navires transportent du pétrole iranien vers la Chine, du brut russe vers l’Inde ou la Chine, ou encore du pétrole vénézuélien malgré les sanctions en vigueur.
Ces bâtiments changent régulièrement de nom et de pavillon, coupent parfois leurs systèmes d’identification automatique et pratiquent des transferts de cargaison en pleine mer, une méthode à haut risque sur le plan environnemental.
Washington assume!
Mercredi, le président américain Donald Trump a de nouveau affirmé que le Venezuela devait restituer 50 millions de barils de pétrole aux États-Unis. Une déclaration que plusieurs observateurs relient directement à cette série d’arraisonnements. Pour Washington, ces opérations s’inscrivent dans une stratégie globale visant à reprendre le contrôle des flux pétroliers issus de pays sous sanctions. Une approche qui dépasse largement la saisie de deux navires et illustre la dimension économique et géopolitique d’un bras de fer maritime appelé à durer.




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