L’Iran entre ce samedi dans son quatorzième jour consécutif de protestations, sur fond de répression accrue, d’arrestations massives et de réactions internationales de plus en plus fermes. Alors que les autorités tentent d’afficher leur contrôle de la situation, les appels à manifester de l’opposition en exil ont déjà donné lieu à de nouvelles mobilisations en soirée.
Bilan humain
Le bilan officiel actuel fait état d’au moins 65 morts depuis le début du mouvement. Un chiffre largement contesté par des témoins et des militants, qui estiment que le nombre réel de victimes est bien plus élevé. Plusieurs sources locales affirment avoir vu «des centaines de cadavres», notamment à Téhéran, évoquant un usage généralisé de tirs à balles réelles.
Selon l’agence iranienne Tasnim, sept membres des forces de sécurité ont été tués à Mashhad ces derniers jours. À Qom, deux policiers auraient été mortellement blessés après avoir été attaqués par des manifestants et poignardés. Dans la province de Fars, le procureur local affirme que six membres des forces de sécurité ont été tués et que plus de 120 policiers et agents ont été blessés lors des affrontements.
Tirs de snipers
À Téhéran, des récits concordants font état d’une répression particulièrement violente. Un manifestant a déclaré au Guardian que des snipers avaient été déployés dans la capitale, affirmant avoir vu «des centaines de corps». Un autre activiste assure que les forces de sécurité ont ouvert le feu sur la foule, évoquant «un très grand nombre de morts».
Arrestations massives
Les médias d’État iraniens rapportent l’arrestation d’environ 200 leaders de manifestations à Téhéran, avec la saisie d’armes, dont des grenades. D’autres arrestations ont eu lieu dans la capitale, impliquant des individus venus de provinces occidentales.
Selon Tasnim, certains des interpellés auraient collaboré avec le Parti Komala du Kurdistan iranien, classé comme organisation terroriste par Téhéran, et auraient reçu des instructions de sabotage et des armes. Dans un autre communiqué, l’agence affirme que l’identité de 600 personnes accusées de liens avec le Mossad israélien dans le but de «créer des troubles» a été révélée par un groupe nommé Hanzeh.
Coupure d’internet et des communications
Depuis jeudi, les autorités iraniennes ont décidé de bloquer l’accès à Internet à l’échelle nationale pour limiter la diffusion des informations et la coordination des manifestations.
Selon l’ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks, cette coupure se poursuivait samedi soir depuis 48 heures, et le commandement iranien pour le cyberespace a prolongé de 48 heures supplémentaires l’autorisation d’un black-out total.
Internet et les lignes téléphoniques restent donc coupés, affectant l’ensemble du pays et rendant le suivi des événements en temps réel particulièrement difficile.
Démonstration de force
Les autorités iraniennes tentent parallèlement de montrer leur capacité de mobilisation. Tasnim annonce qu’un grand rassemblement de soutien au régime est prévu lundi à 14h, place Enghelab, à Téhéran.
Appels de Reza Pahlavi et nouvelles mobilisations
Reza Pahlavi, fils de l’ancien shah d’Iran, a appelé à des manifestations de masse tout au long du week-end, invitant les Iraniens à descendre dans la rue à partir de 18h. Il a salué la mobilisation de vendredi comme «magnifique» et appelé à des actions plus ciblées.
Dans un message vidéo, il a affirmé que «l’objectif n’est plus seulement de descendre dans la rue», mais de se préparer à «prendre et tenir les centres-villes». Il a également déclaré se préparer à un retour en Iran, estimant ce moment «très proche».
À 18h heure locale, les mobilisations à l’appel de Reza Pahlavi avaient déjà commencé dans plusieurs zones du pays, selon des informations circulant sur les réseaux sociaux.
Soutien européen à la contestation
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a exprimé le soutien de l’Union européenne aux manifestants iraniens, dénonçant une «répression violente» contre des revendications légitimes. Elle a affirmé que l’Europe se tenait «pleinement aux côtés» des Iraniens réclamant la liberté et averti que les responsables seraient «du mauvais côté de l’Histoire».
Les cinéastes iraniens primés Mohammad Rasoulof et Jafar Panahi ont également accusé les autorités d’utiliser «les outils les plus flagrants de la répression».
Washington hausse le ton
Aux États-Unis, le secrétaire d’État Marco Rubio a déclaré que Washington soutenait «le courageux peuple iranien». Le président Donald Trump a relayé un message du sénateur Lindsey Graham, avertissant que la brutalité contre les manifestants «ne restera pas sans réponse».
Dans la soirée, Trump a publié un message sur sa plateforme Truth Social: «Iran is looking at FREEDOM, perhaps like never before. The USA stands ready to help!!!»
En parallèle, le Wall Street Journal, citant des responsables américains, a rapporté que l’administration Trump avait tenu des discussions préliminaires sur la manière de mener une attaque contre l’Iran si cela devenait nécessaire pour donner suite aux avertissements présidentiels. Les options envisagées comprendraient une frappe aérienne à grande échelle sur plusieurs cibles militaires iraniennes.
L’un des responsable a précisé qu’il n’y avait pas de consensus sur la ligne de conduite et qu’aucun équipement militaire ni personnel n’avait été déplacé. Tous ont insisté sur le fait qu’il n’y avait pas de projet immédiat d’attaque contre l’Iran.
Washington se dit également préoccupé par des informations selon lesquelles l’Iran utiliserait des combattants du Hezbollah et des milices irakiennes pour réprimer les manifestations.
Iran: les États-Unis accusent le régime d'utiliser des milices étrangères pour la répression

Téhéran en état d’alerte maximal
Face à l’escalade, l’Iran a porté son niveau d’alerte sécuritaire au maximum, selon des sources iraniennes et des médias israéliens. Le président Masoud Pezeshkian a accusé Washington d’attiser le chaos intérieur, affirmant que le peuple soutenait davantage le régime.
L’armée iranienne a publié un communiqué promettant de protéger les intérêts nationaux, les infrastructures stratégiques et les biens publics. Elle a accusé Israël et des «groupes terroristes hostiles» de chercher à saper la sécurité intérieure et a appelé la population à déjouer ce qu’elle qualifie de «complots de l’ennemi».



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