Le Venezuela est un monument à l'échec du populisme. Jadis loué par toute une classe intellectuelle comme une révolution prometteuse, le chavisme n’a fait qu’engendrer une crise humanitaire d’une magnitude rare dans un pays qui faisait partie des plus prospères du monde il y a quelques décennies.
Alors que certains attribuent cette catastrophe aux sanctions américaines imposées à partir de 2017, une analyse approfondie des données révèle que les politiques chavistes mises en œuvre depuis 1999 constituent la cause principale de cet effondrement.
Une crise antérieure aux sanctions
Les chiffres sont sans appel : la détérioration de la situation vénézuélienne a débuté bien avant l'imposition des sanctions financières par les États-Unis en août 2017. Selon un rapport de la Brookings Institution publié en mai 2019, «entre 2013 et 2016, les importations alimentaires ont chuté de 71% et les importations de médicaments et d'équipements médicaux de 68%». Durant cette même période, la mortalité infantile a augmenté de 44%.
Un rapport du Center for Strategic and International Studies (CSIS) de septembre 2019 confirme ces données : «En 2016, un an avant la mise en œuvre des premières sanctions financières par les États-Unis, le bolívar vénézuélien avait déjà atteint un taux d'inflation de 255%». Plus frappant encore, les Vénézuéliens ont perdu en moyenne 10.8 kilogrammes entre 2016 et 2017. Sur la même période, la malnutrition sévère chez les enfants a atteint 15,5 %, une période qui précède l'essentiel des sanctions sectorielles.
Les piliers de la politique chaviste destructrice
Selon le Manhattan Institute, plusieurs politiques principales mises en œuvre par Hugo Chávez depuis 1999 ont produit la crise actuelle, dont la nationalisation généralisée de l'industrie privée et les contrôles de change et de prix.
Les nationalisations massives ont constitué le premier pilier de cette stratégie. «De 1999 à 2016, le régime a confisqué plus de 6 millions d'hectares de terres à leurs propriétaires légitimes», rapporte le Manhattan Institute. Le Cato Institute précise qu'« entre 2002 et 2012, le gouvernement a saisi 1 168 entreprises et fermes». Les conséquences ont été désastreuses : «Alors que le contrôle étatique du secteur agricole augmentait, la production alimentaire du Venezuela a chuté de 75% en deux décennies tandis que la population du pays augmentait de 33%», note le Manhattan Institute.
Les contrôles de change et de prix ont aggravé la situation. Introduits en 2003, ces contrôles ont créé un système où «le régime devait rationner les dollars américains disponibles aux importateurs», explique le Manhattan Institute. Ce système a engendré une corruption massive et réduit les revenus pétroliers du gouvernement, forçant le régime à «imprimer de l'argent pour couvrir le déficit budgétaire qui en résultait».
L'effondrement de la production pétrolière
Le secteur pétrolier, pourtant vital pour l'économie vénézuélienne, n'a pas été épargné. Le Council on Foreign Relations rappelle qu'en 2003, «Chávez a pris le contrôle de Petróleos de Venezuela SA (PDVSA), la compagnie pétrolière appartenant à l’État vénézuélien, a licencié plus de 18 000 de ses employés les plus qualifiés et les a remplacés par des loyalistes ayant peu d'expérience dans l'industrie».
Les résultats sont édifiants : le CSIS note que la production pétrolière au Venezuela est passée d'environ 2,4 millions de barils par jour en 2015 à environ 1 million de barils par jour fin 2018, avant que les sanctions générales contre PDVSA ne soient mises en œuvre.
L'argument selon lequel la chute des prix du pétrole serait responsable de la crise ne résiste pas à l'analyse comparative. L'Arabie saoudite, le Nigeria et le Koweït sont des pétro-États qui ont vu leurs revenus chuter lorsque les prix du pétrole ont baissé, mais sont sortis de la récession avec leurs économies intactes.
Le Council on Foreign Relations qualifie le Venezuela d'«archétype d'un pétro-État raté», notant que «même aux prix actuels du pétrole plus bas, le pétrole vénézuélien se vend deux à trois fois plus cher qu'en 1999 ajusté de l'inflation», selon le Manhattan Institute.
Une dimension criminelle
Au-delà de l'incompétence, la dimension criminelle du régime a aggravé la situation. Reuters rapportait, le 2 février 2016, que Hector Navarro et Jorge Giordani «deux anciens ministres devenus critiques, estiment que plus de 300 milliards de dollars de revenus pétroliers ont été volés au cours de la dernière décennie». Cette corruption systémique a détourné des ressources vitales qui auraient pu atténuer la crise.
Les données convergent vers une conclusion claire : si les sanctions américaines ont pu exacerber certaines difficultés, l'effondrement du Venezuela trouve ses racines dans deux décennies de politiques chavistes. Comme le résume la Brookings Institution, «le poids des preuves semble indiquer qu'une grande partie de la souffrance et de la dévastation au Venezuela a été, conformément à la plupart des comptes rendus, infligée par ceux au pouvoir depuis déjà plus de 20 ans. Près de 8 millions de Vénézuéliens ont fui leur pays, témoignant de l'ampleur d'une tragédie dont les causes sont avant tout internes et idéologiques.




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