Est-ce la fin d’une ère?
©Ici Beyrouth

Chaque période de l’histoire obéit à un cycle. Les régimes, les empires, les idéologies naissent, prospèrent puis s’éteignent. Leur longévité varie, quelques décennies, parfois plusieurs siècles, mais tous finissent par atteindre leur date de péremption.

L’Empire ottoman aura duré près de quatre cents ans. Le régime baasiste irakien, trente-cinq ans, tandis que le Baas syrien a franchi le cap des cinquante ans avant de s’effondrer avec la chute de Bachar el-Assad.

À l’aune de cette lecture de l’histoire, il est désormais évident que la République islamique d’Iran arrive, elle aussi, au terme de sa trajectoire. Tout tend à croire que le régime rend son dernier souffle.

Depuis 1979, la relation entre la révolution islamique et les États-Unis a toujours été profondément complexe. Alors que certains témoignages évoquent des garanties données par l’imam Khomeiny, par des canaux discrets, visant à préserver les intérêts américains en Iran, cet équilibre fragile a volé en éclats avec la prise d’assaut de l’ambassade américaine et la séquestration de diplomates durant 444 jours. La rupture diplomatique fut immédiate, tout comme l’instauration de sanctions américaines durables.

La signature de l’accord sur le nucléaire en 2015 a sans doute constitué la dernière véritable occasion historique pour résoudre la crise iranienne par la voie diplomatique. Mais cette opportunité fut manquée. Donald Trump s’en est retiré en 2018, et le voilà aujourd’hui qui ne cache plus son intention de mettre fin à la République islamique, estimant qu’elle a épuisé son utilité dans le cours de l’histoire.

L’époque actuelle est désormais celle de la sécurité d’Israël. Ceux qui n’en ont pas pris la mesure, notamment après le 7 octobre, peinent à décrypter les recompositions géopolitiques en cours. La tendance générale est claire: le Moyen-Orient cherche à se délester de l’Iran et de ses relais régionaux, l’hostilité frontale envers Israël n’ayant plus sa place dans le nouvel ordre régional en gestation.

Plus largement, l’extrémisme confessionnel recule dans l’ensemble de la région. L’extrémisme sunnite a été largement neutralisé avec l’élimination des principaux groupes djihadistes. Le rigorisme religieux s’est atténué avec l’ouverture progressive de l’Arabie saoudite sur le monde et sur le divertissement. L’extrémisme alaouite s’est effondré avec la chute du régime Assad. Quant aux autres formes de radicalisme, druze, chrétien, kurde ou autres, elles ont été considérablement affaiblies par les évolutions militaires et politiques dans plusieurs pays.

C’est désormais l’extrémisme chiite, incarné par l’Iran de Khamenei et ses réseaux, du Hachd el-Chaabi au Hezbollah, qui se retrouve dans la ligne de mire. Le Hamas à Gaza a perdu son rôle stratégique, les routes d’approvisionnement via la Syrie d’Assad ont été coupées, et le Hezbollah libanais apparaît exsangue, prisonnier de ses contradictions et de son isolement.

Partant, que reste-t-il du régime iranien? Quelques mises en scène numériques, parfois générées par l’intelligence artificielle, destinées à donner l’illusion d’un soutien populaire à Khamenei à une communauté internationale de plus en plus sceptique.

Mais l’issue semble inéluctable. Si le coup final n’est pas assené par l’extérieur, il viendra inexorablement de l’intérieur.

 

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