Désarmement du Hezbollah: quid de la phase 2?
©Armée libanaise

L’armée libanaise a annoncé, le 8 janvier, avoir achevé les objectifs de la première phase du plan de désarmement qui lui a été confié par le gouvernement. Le 5 août 2025, le Conseil des ministres avait officiellement chargé l’armée d’élaborer et de mettre en œuvre un plan visant à garantir le monopole de l’État sur la détention des armes, conformément à la Constitution libanaise et aux résolutions internationales pertinentes.

Dans un contexte sécuritaire et politique tendu, cette annonce entraîne des questionnements sur l’enclenchement de la deuxième phase du plan. Notre contributeur Fred Khair, consultant et analyste politique, a répondu aux questions d’Ouest France sur le sujet.

Une première phase axée sur le sud du Litani

Selon le communiqué publié par le commandement de l’armée, cette première phase s’est concentrée sur le secteur sud du Litani. Elle a consisté à étendre la présence opérationnelle de l’armée, à sécuriser les zones vitales et à renforcer le contrôle effectif de l’État dans le secteur sud du Litani, en coordination avec la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (Finul) et le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu conclu en novembre 2024, à l’exception des zones où Israël maintient une présence militaire.

Les opérations ont également porté sur le déminage des munitions non explosées, la neutralisation de tunnels et le traitement des demandes d’action, afin d’empêcher toute reconstitution des capacités militaires des groupes armés.

L’armée souligne que cette phase a permis des résultats «effectifs et tangibles» sur le terrain, tout en annonçant une évaluation globale du dispositif «Bouclier de la Patrie», destinée à servir de base à la définition des phases suivantes.

Une phase 2 sans calendrier clair

La deuxième phase doit porter sur l’extension du processus de restriction des armes à l’ensemble du territoire libanais. Or, à ce stade, aucun calendrier précis n’a été annoncé par l’exécutif.

Pour Fred Khair, ce flou affaiblit la position de l’État. «En l’absence d’un calendrier précis, l’exécutif libanais donne l’impression de subir les événements, ce qui affaiblit l’État et laisse le champ libre aux accusations israéliennes comme au double discours du Hezbollah», avance-t-il.

Le processus de désarmement se heurte en effet à des accusations mutuelles entre Israël et le Hezbollah. Le mouvement pro-iranien refuse d’étendre le désarmement au-delà de la première phase, estimant qu’Israël ne respecte pas ses engagements, notamment en maintenant son «occupation de cinq points en territoire libanais», en contradiction avec les termes du cessez-le-feu du 27 novembre 2024.

De son côté, Israël accuse le Hezbollah de reconstituer ses capacités militaires, justifiant ainsi des frappes quasi quotidiennes et le maintien de ses positions au Liban-Sud. Selon les Nations unies, 340 Libanais ont été tués depuis novembre 2024, dont de nombreux civils.

«Ce décalage nourrit une spirale de défiance: chacun invoque la mauvaise foi de l’autre, bloquant toute avancée», résume Fred Khair.

Entre contraintes sécuritaires et pressions internationales

Dans son communiqué du 8 janvier, l’armée libanaise pointe plusieurs facteurs entravant la poursuite du plan: la poursuite des attaques israéliennes, l’occupation de sites stratégiques, l’établissement de zones tampons restreignant l’accès à certaines zones, mais aussi le retard dans la livraison des capacités militaires promises à l’institution.

Autant d’éléments qui compliquent l’extension de l’autorité de l’État et la restriction exclusive des armes à l’armée, malgré la coordination maintenue avec la Finul et le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, avec l’appui des équipes américaine et française.

Si la première phase du désarmement marque une étape symbolique et opérationnelle, la suite du processus dépendra désormais de choix politiques clairs, d’un calendrier assumé et d’un environnement sécuritaire qui, pour l’heure, reste profondément instable.

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