Les scénarios d’une chute inévitable 
©Ici Beyrouth

La chute du régime iranien est désormais inscrite dans une trajectoire aux entrées multiples. Contrairement aux supputations qui présument l’impossibilité d’un tel scénario, la viabilité du régime est remise en cause pour de multiples raisons. La fin du narratif appartient depuis belle lurette au répertoire des multiples oppositions qui se sont succédé tout au long de quatre décennies. L’érosion n’a cessé de progresser alors que la capacité répressive du régime s’abattait lourdement sur toute velléité de dissidence. 

La résistance à la politique de la mise au pas qui vise toutes les sphères de la vie politique, économique, sociale et culturelle en vue d’imposer le pouvoir total (Gleichschaltung) reproduit des pans entiers de la politique de domination totalitaire des régimes communiste et nazi, et répercute les schémas identiques de dissidence ouverte ou insidieuse. L’aura pseudo-messianique de la révolution khomeyniste célébrée par Jean-Paul Sartre et Michel Foucault et la gauche plurielle s’est estompée rapidement au bénéfice d’une dictature obscurantiste qui s’est peu embarrassée de liquider les oppositions plurielles qui l’avaient portée au pouvoir.

Le véritable visage de cette dictature meurtrière s’est dévoilé par une politique de répression indiscriminée et sans merci au sein de l’Iran, ainsi que par une politique de conquête impériale au niveau régional et international. Il a fallu presque cinq décennies pour venir à bout du mythe et de la politique impériale qui lui était associée. Les échecs multiples et croisés de gouvernance se sont déployés avec les crises systémiques en matière économique, financière, écologique et sociale, le discrédit total de l’utopie islamique qui a tourné en dystopie meurtrière, et la déroute répétée des tentatives d’expansion impériale et des élucubrations projetées d’un contre-ordre international menées de concert avec les États voyous et les axes néototalitaires. 

La rébellion en cours en Iran annonce la fin d’une ère quelle que soit la pesanteur des facteurs de pondération politique ou stratégique. La rupture est consommée alors que la fin du régime est une question de temps. La chute programmée du régime islamique a été amorcée avec le démantèlement météorique de la politique des plateformes opérationnelles intégrées esquissée au Moyen-Orient, la défaite de la stratégie altermondialiste tentée avec le régime Chavez, le régime des sanctions économiques qui a succédé à l’abrogation des accords de Vienne en 2015, et l’incurie de l’axe néototalitaire. 

La contreoffensive israélienne engagée au lendemain des attaques du 7 octobre marque le début du processus de désintégration graduelle d’une politique de puissance qui se croyait victorieuse à terme. La défaite alternée des proxies, la destruction des infrastructures balistiques et nucléaires menée conjointement avec les États-Unis ont mis fin aux délires de la toute-puissance, réduit à néant les illusions de la sanctuarisation et ouvert la voie à la rébellion civile. L’infiltration du Mossad et de la CIA ont mis à nu les fragilités structurelles d’un régime miné par la corruption, les dissensions internes et entièrement délégitimé. 

Le régime iranien n’a plus d’autre recours que l’usage aveugle de la violence pour mater des rébellions civiles qui se répétaient de manière cyclique. C’est la première fois où les chances d’une dynamique conjointe où les facteurs de subversion externe et de contestation civile se recoupent. Le régime se voit acculé pour la première fois à des concessions diplomatiques d’ultime recours. L’offre de négociation du ministre iranien des Affaires étrangères iranien est une tentative de déjouer la politique d’encerclement, de prévenir une attaque israélienne ou israélo-américaine, de solliciter des appuis défaillants du côté de l’axe néototalitaire russo-chinois, et de mener à terme une politique de répression à huis clos qui se solde par des massacres de masse. 

Aucune des politiques suggérées n’est à même de contenir les effets d’une entropie de longue durée ou de dissuader la contreoffensive israélo-américaine qui opère à des niveaux divers. Le seul atout dont dispose le régime est celui de la prise en otage de la population civile iranienne et du redoublement en intensité de la politique de répression. Autrement, il essaye de remobiliser ses mandataires via des scénarios de guerre civile et de chaos institutionnalisé. 

La plausibilité d’un retour au statu quo ante est invraisemblable, surtout que sa cohérence institutionnelle et ses consensus stratégiques sont plus que jamais controversés. Le fait de proposer la recherche d’une solution négociée avec les États-Unis révèle ses défaillances cumulées tout en sachant que l’objet de la négociation est indéterminé et renvoie à des rapports de force défavorables. Le régime essaye de se repositionner comme partenaire dans un jeu où les enjeux et les rapports de force ont changé, il ne reste plus que la violence, le nihilisme et la sauvagerie d'une secte apocalyptique. L'hypothèse d'une transition pacifique suppose une coalition dûment négociée entre les centres disparates d'un pouvoir totalitaire et mafieux et les acteurs de la société civile en rébellion et l'arbitrage direct des États-Unis.

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