Iran: pourquoi les marchés pétroliers réagissent au quart de tour
Des traders travaillent dans la salle des marchés de la Bourse de New York (NYSE) à New York, le 12 janvier 2026. ©ANGELA WEISS / AFP

Le mouvement de contestation en Iran et les menaces répétées de Donald Trump contre le régime ont ravivé les craintes d’un embrasement régional, susceptible de perturber l’approvisionnement pétrolier mondial et de faire flamber les prix.

À l’inverse, l’adoucissement du ton du président américain dans la nuit de mercredi à jeudi a rassuré les marchés, qui ont immédiatement réagi, faisant plonger les prix du pétrole.

L’Iran, un producteur important

L’Iran figure parmi les dix plus grands producteurs mondiaux de pétrole, même si sa production a nettement reculé depuis les années 1970, avant la chute du chah et l’imposition de sanctions américaines.

«En 1974, l’Iran était le troisième plus grand producteur mondial après les États-Unis et l’Arabie saoudite, devant la Russie, avec une production d’environ six millions de barils par jour», relève auprès de l’AFP Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management.

Selon l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), le pays produit aujourd’hui environ 3,2 millions de barils par jour, avec une industrie en meilleur état que celle du Venezuela, autre pays soumis à des sanctions.

L’Iran disposerait en outre des troisièmes réserves mondiales de brut, ce qui en fait un acteur stratégique à long terme.

Un pétrole très rentable

L’or noir iranien «est relativement facile à extraire avec un coût pouvant être aussi bas que 10 dollars le baril», souligne Arne Lohmann Rasmussen, le rendant particulièrement rentable à la vente.

Seuls l’Arabie saoudite, l’Irak, le Koweït ou encore les Émirats arabes unis affichent des coûts comparables. À titre de comparaison, le coût de production des grands producteurs occidentaux, comme le Canada et les États-Unis, se situe généralement entre 40 et 60 dollars le baril.

Malgré cette rentabilité, l’Iran a intérêt à des prix élevés, son économie étant largement dépendante des revenus pétroliers.

Une dépendance à la Chine

Sous sanctions américaines depuis la révolution islamique de 1979, l’Iran voit ses débouchés commerciaux très limités, d’autant plus que Donald Trump a annoncé dès son retour à la Maison Blanche une politique de «pression maximale».

En 2025, Washington a ciblé des raffineries chinoises indépendantes des compagnies pétrolières étatiques, accusées d’acheter du brut iranien. La Chine continue cependant d’acquérir l’or noir de Téhéran en contrepartie d’un rabais.

Selon la plateforme spécialisée Kpler, l’Iran a exporté en moyenne 1,74 million de barils par jour au quatrième trimestre 2025, la totalité étant destinée aux raffineries chinoises.

Le pays produit à parts presque égales du brut léger et lourd, rappelle M. Lohmann Rasmussen, un facteur rendant le pays encore plus stratégique pour Pékin «qui n’a plus accès au pétrole très lourd du Venezuela» depuis l’intervention américaine à Caracas le 3 janvier.

Les prix suspendus aux déclarations de Donald Trump

Les tensions avaient fait monter le baril de Brent - référence internationale du brut - jusqu’à 66 dollars en séance mercredi, au plus haut depuis octobre.

À l’inverse, des propos du président américain assurant que les «tueries» en Iran «ont pris fin» font plonger les cours du pétrole jeudi.

Le président américain a cependant entretenu le flou sur une éventuelle intervention militaire, indiquant que Washington suivrait de près la situation.

En cas d’attaque américaine, «on pourrait retrouver rapidement des niveaux autour de 80-85 dollars», comme lors de la guerre de 12 jours entre l’Iran et Israël en juin dernier, explique Homayoun Falakshahi de Kpler.

La suite dépendrait «de la nature de l’attaque et de la réponse du régime», affirme l’analyste, notant que lors des dernières tensions «il y a surtout eu des grandes annonces mais des réponses iraniennes toujours calculées» contre les États-Unis afin d’éviter l’escalade.

Dans un scénario extrême où le régime jouerait sa survie, la réaction du marché pourrait être bien plus importante. Les principaux risques seraient que «l’Iran s’en prenne à des installations pétrolières des autres pays du Golfe» ou cherche à bloquer le détroit d’Ormuz, par où transite 20 % de la production mondiale d’or noir.
Pol-Malo LE BRIS / AFP

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