Moscou et Pékin, partenaires de l'Iran mais soutiens limités en cas de frappes américaines
Une femme tient un portrait du fils du dernier shah d'Iran, Mohammad Reza Pahlavi, Reza Pahlavi, lors d'une manifestation de solidarité avec les manifestants iraniens, dans la ville centrale israélienne de Holon, le 14 janvier 2026 ©JOHN WESSELS / AFP

La Russie et la Chine, deux grands partenaires de l'Iran, soutiennent la République islamique ébranlée par les manifestations et menacée par Donald Trump, mais n'iront pas jusqu'au bras de fer avec Washington en cas de frappes américaines, selon différents experts.

L'Iran est un partenaire de poids pour Pékin et Moscou: fournisseur de drones que la Russie a utilisés en Ukraine, pourvoyeur important de pétrole pour la Chine et membre du bloc des BRICS.

«Malgré les efforts de Téhéran depuis des décennies, ils ne sont pas parvenus à créer une alliance avec Pékin et Moscou», tempère cependant Ellie Geranmayeh, spécialiste de l'Iran au centre de réflexion Conseil européen pour les relations internationales (ECFR), rappelant que pendant la guerre des 12 jours en juin «la Chine et la Russie n'ont pas voulu s'opposer frontalement aux États-Unis ».

En cas d'attaque américaine, «les deux pays donneront la priorité à leur relation bilatérale avec Washington», estime-t-elle. «La Chine est dans un processus de rapprochement très délicat avec Washington, et les Russes veulent évidemment avoir Trump avec eux sur l'Ukraine: ils ont chacun des priorités bien plus importantes que l'Iran».

«La Russie et l'Iran sont alliés, mais les accords portent sur un soutien politique, diplomatique, économique, sans volet de soutien militaire», pointe pour sa part l'analyste russe Sergei Markov auprès de l'AFP.

«La crise ukrainienne est existentielle pour Moscou et beaucoup plus importante que la crise iranienne», souligne M. Markov.

Pour Moscou, «l'Iran est important», rappelle le chercheur russe Alexander Gabuev du Carnegie Endowment for International Peace, et «quoi qu'elle puisse faire pour maintenir le régime à flots, elle le fera, mais les options sont très limitées».

«La Russie ne peut devenir un marché géant pour l'Iran (en plein crise économique, ndlr) et ne peut pas accorder un prêt géant» à Téhéran, relève-t-il. Elle peut fournir du matériel militaire utile aux autorités, mais dans la limite de ses propres besoins en Ukraine.

En cas de frappes américaines, Moscou «ne pourrait presque rien faire», abonde Nikita Smagin. «Ils ne veulent pas risquer une confrontation militaire avec une grande puissance», dit à l'AFP ce spécialiste de la relation Russie-Iran basé à Bakou, excepté «envoyer des armes».

Cette position n'est pas nécessairement liée aux délicates négociations en cours avec Washington sur l'Ukraine, ajoute-t-il, même si «utiliser l'Iran comme objet de marchandage serait tout à fait normal pour la Russie, elle l'a déjà fait par le passé».

«Retenue» de Pékin 

Pour la Chine, dont la relation avec Washington est structurante pour le monde entier, une aide à Téhéran est envisageable «sur les plans économique, technologique, militaire et politique» face à des actions non armées de Washington, pressions commerciales ou cyberattaques, explique à l'AFP Hua Po, commentateur chinois indépendant basé à Pékin.

En cas de frappes, «elle condamnerait les États-Unis sur le plan diplomatique. Et elle renforcerait ses relations économiques avec l'Iran et l'aiderait à se militariser, afin de contribuer à enliser les États-Unis dans une guerre au Moyen-Orient», selon lui.

Jusqu'ici, les Chinois «se montrent prudents comme toujours et s'expriment avec retenue», relève le chercheur Théo Nencini de Science Po Grenoble, spécialiste de la relation Iran-Chine, pointant «deux enjeux pour la Chine: le pétrole et la stabilité de la région».

«La Chine profite d'un Iran en situation de faiblesse, qui lui permet de garantir du pétrole à bas coût, représentant de 10% à 13% de ses approvisionnements, et d'avoir pour pas trop cher un partenaire géopolitique de taille», selon lui.

Comme M. Hua, il n'envisage pas d'escalade en cas de frappes américaines. «Ils vont condamner diplomatiquement, mais sans doute pas prendre des mesures de rétorsion. Ils ne l'ont pas fait sur de nombreux points dans le passé, je les vois mal engager un bras de fer avec les Américains pour l'Iran».

«La crise iranienne actuelle aura un impact très limité sur les relations sino-américaines», reprend M. Hua, «car la question iranienne n'est pas au cœur des relations entre les deux pays. Aucun des deux ne rompra ses relations avec l'autre à cause de l'Iran».



Fabien ZAMORA Ludovic EHRET / AFP

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