Syrie: l'armée accorde un délai aux civils pour fuir des zones qu'elle veut reprendre aux Kurdes
Des renforts militaires du gouvernement syrien arrivent par l'autoroute internationale M4 dans la région de Dayr Hafir, à l'est de la ville d'Alep, le 14 janvier 2026 ©BAKR ALKASEM / AFP

Des civils fuyaient jeudi des zones du nord de la Syrie que l'armée a l'intention de reprendre aux combattants kurdes, après les avoir délogés de la ville d'Alep, selon des correspondants de l'AFP sur place.

Les forces syriennes ont massé d'importants renforts à Deir Hafer, à une cinquantaine de kilomètres à l'est d'Alep, et sommé les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, d'évacuer un secteur entre cette région et l'Euphrate, plus à l'est.

Le pouvoir islamiste syrien avait pris dimanche le contrôle de l'ensemble d'Alep, principale ville du nord de la Syrie, après avoir délogé les combattants kurdes de deux quartiers qu'ils tenaient.

Jeudi, des civils, à pied ou à bord de voitures chargées de matelas, de camionnettes et même de tracteurs empruntaient un «couloir humanitaire» mis en place par l'armée jusqu'à 17H00 (14H00 GMT).

L'armée avait utilisé ce même procédé à Alep la semaine dernière, accordant des délais aux civils pour fuir avant de bombarder les quartiers tenus par les Kurdes.

«Beaucoup de gens veulent fuir», a déclaré à l'AFP Mahmoud al-Moussa, 30 ans, qui a affirmé que les forces kurdes «ne laissent pas les gens partir et veulent les utiliser comme boucliers humains».

Les autorités syriennes ont accusé les FDS d'empêcher les civils de fuir, mais leur porte-parole, Farhad Shami, interrogé par l'AFP, a rejeté des affirmations «sans fondement».

«Nouvelle guerre»

Cette poussée de tension intervient alors que l'application d'un accord conclu en mars 2025 pour intégrer les institutions civiles et militaires kurdes au sein de l'Etat syrien est bloquée en raison des exigences contradictoires des deux parties.

Les Kurdes avaient profité du chaos de la guerre civile (2011-2024) pour s'emparer de vastes territoires du nord et du nord-est – incluant champs pétroliers et gaziers – après avoir défait le groupe jihadiste Etat Islamique (EI) avec l'appui d'une coalition multinationale.

Jeudi, l'autorité autonome kurde a affirmé qu'elle restait prête au «dialogue» avec Damas tout en appelant la communauté internationale à empêcher «une nouvelle guerre».

Les FDS ont pour leur part prévenu dans un communiqué que «l'escalade militaire pourrait mener à une instabilité générale, menaçant la sécurité des prisons où sont détenus des membres de l'EI».

Plus de six ans après la défaite de l'EI, les camps et prisons gérés par l'administration autonome kurde abritent encore des dizaines de milliers de personnes ayant des liens présumés avec l'organisation jihadiste.

De son côté, le président syrien Ahmad al-Chareh a affirmé dans une interview accordée dimanche à la chaîne kurde irakienne Al-Chams, qu'elle a choisi de ne pas diffuser mais dont la télévision officielle syrienne a publié des extraits, que «la balle est dans le camp de Mazloum Abdi», le chef des puissantes FDS soutenues par les Etats-Unis.

Il a appelé les Kurdes à «œuvrer main dans la main avec nous pour reconstruire la Syrie», tout en soulignant que l'accord de mars 2025 ne prévoyait «ni fédéralisme ni administration autonome».

Il a souligné que les Kurdes «contrôlent près du quart du territoire syrien» dont les ressources énergétiques, mais que les habitants de ces régions sont en majorité «des tribus arabes» alors que les Kurdes «ne constituent que 12 à 15% de leur population».



AFP

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