«Trop dangereux d'aller à l'hôpital» : un témoin raconte la répression en Iran
Farhad, témoin iranien, raconte à l'AFP comment les forces de sécurité ont tiré sur des manifestants et arrêté les blessés, alors que les protestations contre le régime continuent dans plusieurs villes. ©CARLOS JASSO / AFP

Des jeunes abattus dans le dos, des plombs tirés dans le visage d’un médecin, des blessés qui craignent de se rendre à l'hôpital : «chaque famille a été touchée», confie à l'AFP un manifestant iranien de passage à Istanbul.

Cet ingénieur de 45 ans qui se présente sous le nom d'emprunt de Farhad s'est retrouvé au coeur des manifestations qui ont secoué sa ville d’un million d’habitants, non loin de Téhéran et qu'il préfère ne pas nommer.

L'Iran restant coupé du monde, faute d'internet, après des semaines d'actions de protestation massives réprimées dans le sang, les témoignages de première main sont essentiels pour comprendre ce qui s'est joué dans ce pays de plus de 92 millions d'habitants.

La colère a d'abord éclaté contre la crise économique fin décembre pour déboucher sur les plus grands mouvements antigouvernementaux depuis la révolution islamique de 1979.

«Le premier jour, il y avait tellement de monde dans les rues que les forces de sécurité sont simplement restées à distance» se souvient Farhad.

«Mais, le deuxième jour, elle ont compris que si elles n'ouvraient pas le feu, les gens n’allaient pas se disperser».

«Atteint en plein visage» 

À mesure que les manifestations prenaient de l’ampleur, la répression s'est accentuée, puis, le 8 janvier, les communications ont été coupées.

Assis dans l'ombre d'une église sur la rive européenne d’Istanbul, cet employé discret de l’industrie pétrolière iranienne raconte qu’il se trouvait dans sa voiture avec sa sœur la nuit où les tirs ont commencé.

«Nous avons vu une vingtaine de militaires jaillir de leurs véhicules et ouvrir le feu sur des jeunes à une centaine de mètres. J’ai vu les gens courir mais ils leur tiraient dans le dos», dit-il, précisant qu'ils utilisaient aussi des fusils de chasse.

«Sous mes yeux, un de nos amis, un médecin, a été atteint au visage par les plombs d'un fusil de chasse», poursuit Farhad qui ignore ce que cet homme est devenu.

Les ONG Amnesty International et Human Rights Watch ont accusé les forces de sécurité d’avoir utilisé des balles métalliques pour viser la tête et la poitrine des manifestants.

«J’ai vu deux personnes qu’on emportait, très grièvement blessées, peut-être mortes».

Beaucoup d'autres ont été touchées «dans leur voiture parce que les balles fusaient de partout».

«Interrogés à l'hôpital» 

Les blessés étaient souvent trop effrayés pour se rendre à l’hôpital, assure Farhad, «parce que les autorités et la police s’y trouvaient».

«Tout blessé par balle ou ayant reçu des plombs était arrêté et interrogé».

«Des médecins se rendaient au domicile des victimes pour leur prodiguer des soins», affirme-t-il.

Lui-même a été frappé à coups de matraque par deux personnes à moto et a cru avoir le bras cassé. Mais il n'est pas allé à l’hôpital parce que c’était «trop dangereux».

Malgré les risques, la solidarité a joué, enchaîne-t-il.

Beaucoup de gens «ont ouvert leur maison pour laisser entrer les manifestants et leur apporter les premiers soins», comme sa sœur et son amie qui ont accueilli «une cinquantaine de garçons et leur ont offert du thé et des gâteaux».

Farhad précise qu'il y avait beaucoup de très jeunes gens dans les rues et «beaucoup de femmes et de filles». Il a vu des enfants de «six ou sept ans» scander des slogans hostiles au guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei.

Les forces de sécurité procédaient à des contrôles ponctuels, ciblant quiconque présentait des blessures liées aux manifestations, épluchant les vidéos sur les téléphones portables, poursuit-il.

«C’était très dangereux parce qu’ils vérifiaient alors les téléphones au hasard. S’ils voyaient quoi que ce soit de lié à cette révolution, vous étiez fichu. Ils obligeaient aussi les gens à relever leur chemise pour rechercher des traces de blessures par balle».

«S'ils en trouvaient, ils emmenaient tout de suite la personne pour interrogatoire».

Malgré tout cela, les gens étaient encore prêts à manifester, affirme-t-il, «parce qu’ils sont tellement en colère».

Farhad a décidé de parler à l'AFP juste avant de repartir en Iran - «parce que j’ai un travail qui m’attend» — et a insisté sur le fait qu’il n'avait «absolument pas peur» de rentrer.

Il reste convaincu que le président américain Donald Trump tiendra finalement bientôt sa promesse d’intervenir, faisant valoir de récentes informations sur l’arrivée de navires de guerre américains dans la région.

«Le système ne peut pas survivre. En Iran, tout le monde est écrasé par cette dictature. Nous en avons assez d’eux», les actuels dirigeants, assure-t-il.

Par Hazel WARD/AFP

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