Possible impasse politique, ingérence des États-Unis, menace de guerre chez le voisin iranien: l'Irak qui avait gagné en stabilité ces dernières années va-t-il de nouveau plonger dans les turbulences?
La vie politique irakienne reste minée par des divisions internes et le délicat équilibre à trouver entre les alliés iraniens et américains, eux-mêmes ennemis.
Washington ne se cache pas d'intervenir en Irak: alors que le choix du prochain Premier ministre faisait débat, des représentants américains ont fait pression contre le candidat favori.
Le président Donald Trump a ainsi lancé un ultimatum, affirmant qu'il retirerait son soutien si Nouri al-Maliki, un homme politique influent proche de l'Iran, reprenait les rênes du gouvernement.
Pour l'analyste irakien Ihsan al-Shamari, «l'administration Trump ne fait pas de distinction entre l'Iran et l'Irak, elle les traite au contraire comme une seule et même question, indissociable».
Quelle est la situation en Irak?
Après d'intenses discussions, le Cadre de coordination, une alliance qui détient la majorité au Parlement et a des liens avec Téhéran, a soutenu la semaine dernière la candidature de M. Maliki au poste de Premier ministre, après les élections de novembre.
Figure de la vie politique et seul Premier ministre à avoir effectué deux mandats (2006–2014), M. Maliki avait à l'époque bénéficié du soutien des États-Unis avant de se brouiller en raison de liens croissants avec l'Iran et d'accusations de sectarisme. Sous pression américaine, il avait dû quitter le pouvoir en 2014.
Si l'appui du Cadre de coordination aurait dû suffire à lui garantir un retour à la tête du gouvernement, les déclarations du président Trump ont brouillé les cartes.
Des discussions sont en cours au sein du Cadre de coordination pour trouver une solution, a indiqué à l'AFP une source proche de l'alliance chiite, évoquant une «situation compliquée».
Certains dirigeants veulent que M. Maliki se retire pour protéger l'Irak, quand d'autres insistent pour rejeter l'ingérence américaine.
Selon un responsable proche de M. Maliki, ce dernier ne souhaite pas la confrontation et son équipe oeuvre à trouver un terrain d'entente avec l'administration américaine.
«La situation est difficile, mais pas impossible», d'après cette source, qui assure qu'il faudra «du temps» pour trouver une solution.
Quels sont les enjeux ?
Les États-Unis disposent d'un moyen de pression important sur l'Irak: ils contrôlent une large partie des recettes de l'exportation de pétrole, conformément à un accord conclu après l'invasion américaine de 2003, qui avait renversé Saddam Hussein.
De nombreuses entreprises américaines investissent en Irak et le gouvernement du Premier ministre sortant, Mohammed Chia al-Soudani, qui entretient de bonnes relations avec Washington, espérait attirer davantage d'investissements, en particulier dans le secteur pétrolier qui fournit environ 90% des recettes nationales.
Bagdad craint des sanctions américaines en cas de retour de M. Maliki au pouvoir, selon la source proche du Cadre de coordination.
L'Irak pâtit d'une croissance économique faible et ne peut se permettre des mesures punitives, Washington ayant déjà sanctionné plusieurs entités accusées d'aider Téhéran à contourner ses propres sanctions.
En raison de ses liens avec l'Iran, l'Irak risque «l'isolement à travers des sanctions ou une campagne de pression maximale de Trump, qui s'étendrait à l'économie et aux systèmes financiers», prédit M. Shamari.
La guerre au loin?
Tenir l'Iran à distance n'est pas chose facile pour Bagdad.
Téhéran ne soutient pas seulement des politiciens influents, mais aussi des groupes armés.
Si ces groupes, sanctionnés par les États-Unis, ont longtemps promis d'intervenir pour défendre la République islamique, ils n'avaient pas ouvert le feu lors de la guerre Iran-Israël en juin 2025.
Mais aujourd'hui, alors que le président Trump menace l'Iran, deux de ces groupes se sont dit prêts à la guerre, allant jusqu'à ouvrir des bureaux de recrutement pour ceux qui seraient prêts à mourir pour la cause.
Pour Ihsan al-Shamari, les menaces américaines de «renverser le pouvoir (en Iran), de cibler le guide suprême ou de mener une frappe (...) pourrait affecter l'Irak à tous les niveaux» et en faire «un champ de bataille».
Et si le pouvoir tombe à Téhéran, poursuit l'analyste, «les forces pro-iraniennes en Irak devront se lancer dans une bataille politique et militaire pour leur survie», pouvant conduire à une restructuration du système politique.
Christy-Belle GEHA / AFP



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